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samedi, avril 20, 2024
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Teliko : La horde des hypocrites (Par Adama Gaye*)

par pierre Dieme

Il a déjà gagné son duel face à un régime emberlificoté dans ses tentatives d’instaurer un climat de terreur au Sénégal pour raboter les libertés démocratiques, mais la fanmania autour du juge Souleymane Teliko, président de l’union des magistrats du Sénégal (UMS), pourrait lui revenir au visage, comme un boomerang.
Attendons-nous à ce que cet unanimisme vienne éclairer d’un jour nouveau, d’une lumière crue, la magistrature sénégalaise.

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C’est donc le lieu de se demander si la horde d’hypocrites surgie d’on-ne-sait où en guise de soutiens à la vedette du moment, au point de susciter autour d’elle l’atmosphère d’une soap-opera, sur le modèle des télénovelas Brésiliennes, populistes en diable, n’est pas un coup de poignard fatal à ce corps professionnel.
Voir, dans ces conditions, des juges s’animer comme des clowns en perte de popularité ou des échassiers rêvant d’attirer le chaland, et les observer faire de la rue ou des plateaux de télés le siège de leur débats, n’est-ce pas, en effet, le meilleur moyen d’éroder ce qui reste du respect, naguère indéniable, qui entourait leur profession quand elle s’appuyait alors sur sa discrétion et son professionnalisme, pour tout dire sur sa gravité. Les temps ont manifestement changé. Le folklore n’épargne même les plus vénérables des professions.
Le showmanship ose désormais planter son chapiteau pour offrir aux magistrats un espace d’expression de leur talent de comédiens. Comme tant d’autres victimes d’une gouvernance aventurière, leur aura n’est plus qu’un souvenir lointain.


La crédibilité de la magistrature s’épuise rapidement et tout porte à croire que si les gesticulations infantilisantes autour du litige Teliko ne sont pas évitées, il n’en restera bientôt plus rien.
Il y a de quoi s’étrangler de voir ces politiciens incapables de participer à la définition et à l’animation de l’agenda national, se déchaînant de leur verbe, pour monter la…résistance au nom d’un juge brusquement hissé au rang de parangon de la vertu. Quid des mouvements dits de droits de l’homme, souvent le refuge de toutes les taupes et des corrompus manipulés par le pouvoir qu’ils disent combattre, et de tous ces syndicats professionnels, celui de la presse, le Synpics, n’en étant que l’un des plus proéminents, qui montent aux barricades comme pour faire de l’affaire Teliko celle d’un do-or-die, une question de vie ou de mort, de la démocratie sénégalaise.
Outre que la mobilisation derrière le président des magistrats dévoile l’opportunisme de bas étages des animateurs de la vie publique, ce qu’elle révèle davantage c’est leur manque de retenue, de distance, pour froidement apprécier ses contours, dans leurs justes proportions, sans tomber dans cet excès béat, proche du fanatisme, déresponsabilisant et aveugle. L’heure, disons-le, sans détours, est grave.


En temps normal, ce grabuge autour de la convocation du juge Souleymane Teliko en conseil de discipline des magistrats pour statuer sur sa prise de parole, que certains considèrent non-autorisée alors que ses alliés, principalement des magistrats la mettent sur le compte de son droit à s’exprimer es-qualité de Président d’une instance reconnue, aurait été facile à vider.
Les textes de loi, les plus importants, les conventions internationales, la coutume, la doctrine, les écrits des éminents juristes, notamment les grands professeurs de droit, tels qu’énoncés par l’article 38 des statuts de la Cour internationale de Justice (CIJ), sont les normes qui peuvent aisément contribuer à résoudre son cas, somme toute banale.
Hélas, parce que nous vivons au Sénégal sous une justice dévoyée, décrédibilisée, politisée, voire médiatisée, sous le double sceau d’un ministre de la justice et de son président, unis dans la médiocrité et le recours à la tortuosité, grands bandits devant l’Eternel, qui peut dire si nous sommes vraiment en face d’une question de droit ou, plus probablement, d’une comédie participant à la risible, inacceptable, volonté de pousser la culture d’un Etat dictatorial sur une terre qui en était jusqu’ici épargnée.
Autant dire que le fait est peu banal. La justice, tout le monde en convient, requiert d’abord de la sérénité voire de la distance, du calme.
Or, c’est tout le contraire qui se donne à voir depuis le déclenchement de ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Teliko.


Passons sur les sorties de route autour de sa nationalité sénégalaise remise en doute par Malick Bédié et le moulineur de toutes les saletés, Madiambal ; oublions les égarements que les analystes passés d’un communisme trahi vers une ventrologie assumée pour justifier des prébendes, sinécures, offertes par des maroquins immérités ; et laissons le régime illégitime de Macky Sall continuer de s’empêtrer, par son incompétence, dans ses micmacs qui, de jour en jour, confirment son incapacité à tenir la barre du pays.
En pieds-nickelés, ses principaux responsables ont fini de faire d’une simple convocation procédurière, si elle n’était marquée au coin d’une chasse aux sorcières évidente, sur fond d’une intimidation tranchant par sa lourdeur, le point de cristallisation des rancunes, du rejet et de la résistance d’un corps dit d’élite mais transformé en passoire ces dernières années.
Ils lui ont donné le prétexte pour le réveil de ses troupes, le ralliement des juges, au nom d’une réhabilitation, longtemps mise sous le boisseau, pour se redonner bonne contenance face à un pouvoir exécutif n’ayant eu de cesse de les mettre à mal avec leurs…consciences.


On ne tentera pas ici de solder la crise ouverte que ce bras de fer est devenu. Surtout qu’en faisant montre d’un amateurisme et d’une fébrilité aussi loufoques, le plus minable ministre de la Justice de l’histoire du Sénégal, en plus d’être un faussaire aux parcours et accointances louches, Malick Sall a permis au tribunal du peuple de se substituer d’avance à celui des pairs du juge.
La bataille judiciaire n’a plus de sens. Elle est perdue par ceux qui ont convoqué, sur ordre ou, ironie du sort, selon les strictes règles de sa corporation, le magistrat des magistrats, pour qu’il se défende de n’avoir pas violé les préceptes qui le gouvernent. En d’autres lieux, même si cela crée un dangereux précédent, le dossier aurait été clos, puisqu’il apparaît de plus en plus évident qu’à force de vouloir insister sur le respect de sa saisine, le tribunal des juges court le risque d’écorner davantage son image déjà accolée à celle indéfendable d’un pouvoir politique classé dans la catégorie des destructeurs de valeurs juridiques les plus consensuelles.
La cause est donc entendue. Advienne que pourra dès lors dans les délibérations de ses pairs, notamment si cela se fait, le jour du passage du juge Teliko devant leur Conseil de discipline, sous la pression physique des magistrats, en robe, massivement mobilisés à ce tribunal Kangaroo, en soutien à leur collègue, avec l’aide non seulement des autres corps de la famille judiciaire mais de l’opinion publique, pareillement remontés contre celui qu’ils répugnent à considérer comme leur ministre !
Condamné ou exonéré formellement, le verdict de ce procès spécial n’en laissera pas moins une éraflure sur le label, déclinant, de la justice sénégalaise. C’est dire qu’en le convoquant devant cette juridiction, le ministère de la justice, comme à son habitude, s’est derechef engagé dans un pari perdant-perdant.


Il n’est pas sûr cependant que les magistrats sénégalais méritent d’en sortir gagnant, sans coup férir, ni sans que cet engouement fou autour d’eux ne soit revisité à la baisse.
Bon sang, en quoi le juge Teliko s’est-il distingué par ses postures à la promotion d’un Etat de droit au Sénégal par le biais d’une distribution juste et courageuse de la justice ? Lequel des magistrats sénégalais, en commençant par le Président de la Cour suprême, mérite d’être cité en référence tant ils se sont tous, sans exception, montrés d’une servilité qui donne la chair de poule aux justiciables et aux citoyens pour peu que l’on ose passer en revue leurs actions et décisions de ces vingt dernières années. Parfois même, ils sont devenus des politiciens ondoyants, en quête de lambris médiatiques, s’ils ne sont les champions de l’ambivalence, clamant une probité qu’un examen de leur vécu fracasse aisément. On peut, à cet égard, évoquer le cas du juge Hamidou Dème, précocement érigé en nouveau zorro quand il avait démissionné de ses fonctions pour se lancer en politique. Ces derniers temps, il est piteusement revenu sur sa verve, pour se poser, dans une honteuse réinvention, en avocat de la famille de Macky Sall, son épouse en particulier, jetant aux orties ses convictions décidément molles. On n’oubliera pas non plus le juge Baal, dont on disait naguère salué en justicier modèle et hissé en homme humble et…pauvre, quand la pluralité de ses voitures, qu’il tente de cacher, son regard fuyant, tête baissée, sa conversion politicienne, ont fait découvrir au monde entier qui il était derrière les apparences.


Qui peut fermer les yeux sur les juges Demba Kandji, celui qui s’est fait rouler dans la farine après avoir été l’un des principaux artisans de la validation de la fraude électorale de l’an dernier, en osant proclamer des résultats qui donnaient la victoire dès le premier tour à l’usurpateur au pouvoir quand il savait combien ils étaient faux, fabriqués ? Ne parlons pas du juge Badio Camara, incarnation suprême du carriérisme et da la chasse aux avantages corporatistes, du pouvoirisme, qui sont les seuls marqueurs véridiques chez les magistrats de ce pays.
Même la récente sortie de l’ancien président de l’union des magistrats du Sénégal (UMS), le juge Aliou Niane, flétrissant l’attitude de son successeur, n’est que l’ultime preuve que les magistrats sénégalais ne sont mus que par la quête d’intérêts personnels. En s’alignant derrière les ordres donnés par le ministère de la justice, il savait qu’un chocolat l’attendait : il l’a reçu sous la forme d’une nomination à la cour suprême à un poste lucratif.
Tout observateur attentif vous dira qu’un autre juge, Doudou Ndir, continue depuis vingt-ans de sévir à la commission électorale nationale dite autonome (Cena) où il est connu pour les petits crimes électoraux qu’il diligente au nom des maîtres politiques qu’il sert sans états d’âme, au nom de cette culture de la préservation des avantages acquis.
En vérité, la magistrature sénégalaise ne mérite pas le soutien populaire que déclenche le cas Teliko. Personne n’est dupe. Ce corps ne fait que se parer des plumes du paon. Ses faits de gloire sont du toc. Ses ténors ont tous une identité commune : l’asservissement au pouvoir politique pour en tirer des bénéfices privés.
Seul le juge Mody Coumba Bâ (à un degré moindre Tidiane Coulibaly) sort du lot, qui a eu le cran d’affronter le pouvoir d’Etat sous les socialistes. Dans une atmosphère surchauffée, lors d’un procès mémorable dont je fus l’un des témoins, ramant contre le vœu du pouvoir, il avait libéré les manifestants de l’opposition sénégalaise, en particulier un certain Abdoulaye Wade, après une marche anti-apartheid durement réprimée en 1985 dans le pays alors dirigé par un Abdou Diouf qui présidait les destinées de l’alors Organisation de l’Unité africaine (OUA), ancêtre de l’Union africaine (UA) sous les ricanements du régime ségrégationniste sud-africain trop pressé de rappeler aux militants anti-apartheid sur son sol que même dans le pays dirigé par le patron de l’OUA ils étaient brimés.
Ne mâchons pas les mots. Autant il n’est pas question de donner quelque confort à la politisation de la justice par un ministre et son chef, indignes de veiller sur nos valeurs, autant il serait naïf de prendre les magistrats réunis autour de Teliko, lui y compris et ceux qui louvoient autour du pouvoir, comme des modèles de vertu. Ils ne le sont pas.
Ce sont, pour l’essentiel, des cyniques. Pour s’en convaincre encore plus, il suffirait de fouiller dans leurs décisions et postures intellectuelles ou professionnelles sur les questions ou dossiers majeurs relatifs au respect des libertés ou de la démocratie. Il faut avoir été victime de l’abus de droit dont j’ai été victime de la part de l’Etat sénégalais pour mesurer combien la magistrature sénégalaise n’est qu’une mare où se baigne, repues, des crocodiles sans foi ni loi. Le doyen des juges d’instruction, Samba Sall, m’en a donné une preuve éclatante lorsque face à lui au deuxième jour d’une détention qu’il savait arbitraire, il n’a pas eu le courage de dire le droit. Pis, le soir de mon face-à-face avec lui, il s’est prêté aux ordres criminels d’un Etat bandit en me convoquant en catimini pour m’annoncer, devant mon avocat, Maître Cheikh Koureyssi Bâ, qu’il allait appliquer le…droit. Quelques heures plus tôt, il n’avait pu oser trancher le dossier que j’avais balayé sous ses yeux au point qu’il me demanda d’attendre le lendemain pour qu’il livre sa décision. Quand il me convoqua cette même nuit, mes voisins de cave, de jeunes détenus sénégalais, s’étaient montrés plus humains. D’un même élan, ils avaient hurlé : «votre place n’est pas ici, vous n’avez commis aucune faute».


Tel n’était pas l’avis de Samba Sall –et probablement celui de ses pairs, tous unis dans un Club des échines souples, à la disposition de la volonté de l’Etat, qu’ils soient parquetiers ou non tant rien ne vient prouver une culture de l’audace, un prisme pour suivre le droit quand l’Etat est impliqué dans un dossier. C’est la détestable image que je garde de ce juge Sall. On lui avait dit, pour des raisons d’un fétichisme devenu la religion d’Etat sous Macky Sall, qu’il fallait que je sois déferré en prison à la tombée de la nuit en prison pour que les gris-gris de Macky Sall aient raison de ma résistance. Sans le refus de mon avocat, connaisseur de leurs stratagèmes, de s’opposer à cette méthode cavalière, qui sait ce qu’il serait advenu de moi ?
Je revois encore le visage blême, d’un parfait salaud, en rupture de ban avec le droit, que ce juge me renvoie depuis que, par lui, j’ai fait la connaissance de la magistrature sénégalaise en action.
Son cas n’est pas isolé. Ni l’Union des magistrats ni l’un quelconque de ses membres, n’est entré dans l’histoire ou ne semble y aspirer, en exprimant directement ou par des voies détournées une opposition face au délitement de l’Etat de droit dont ils sont parmi les plus enthousiastes contributeurs. “Ils sont capables de te condamner même si tu as raison”, m’a soufflé un Abdoulaye Wade dépité, qui sait de quoi il parle. “C’est pourquoi je suis intervenu pour freiner cette machine infernale”.
Ces propos que Wade m’a tenus à son domicile dakarois après ma libération sont glaçants.
Que la vérité soit donc dite, froidement, et que Teliko et les siens se le tiennent pour dit : nous attendons d’eux moins de shows ou de proclamations d’une participation non prouvée à l’enracinement d’un Etat qui respecte les droits et libertés des individus et des collectivités au Sénégal.
En termes plus clairs, ceux qui parent les magistrats de vertus qu’ils n’ont pas, en les faisant passer pour les symboles d’un Etat de droit, arlequin invisible, font fausse route.
Ils encouragent la horde des hypocrites, courageusement aplatis lors de dossiers pendant en justice plus condamnables, mais attirés par leurs semblables qui se retrouvent dans cette union des magistrats scélérats, et qui perturbent le déroulement serein de cette affaire. Ce n’est que dans de tels cas qu’ils sortent du bois pour saluer quelque star qu’ils se donnent selon ses appuis, ici les magistrats.


Il faut arrêter le cirque. Les magistrats sénégalais ne doivent pas être célébrés mais rappelés à l’ordre.
Disons-leur, s’ils ont le goût, selon la parlance Québécoise, d’écouter autre chose que leur fatuité et faussetés, qu’ils ont lourdement fait progresser ce sentiment d’impunité et d’invincibilité du pouvoir politique sénégalais, criminalisé, sous leur…chapiteau clownesque, jusqu’à ce qu’il ne se gêne plus de s’en prendre à eux désormais.
What goes around, comes around, enseigne un proverb Américain. Les Wolofs le disent autrement, mais la substance est la même : «Ce qu’on souhaite à autrui, c’est une chambre, et l’émetteur y passera la nuit ».
La magistrature est avec d’autres forces nocives un autre nom du cancer mortel qui ronge la justice sénégalaise. Trêve de naïveté !
Juges sénégalais, sortez de votre prétention à être des modèles. Vous ne l’êtes pas. Dégustez cet autre diction Yankee: « The chickens have come home to roast ». C’est votre tour chez le coiffeur, pardi !


Adama GAYE, Exilé politique au Caire, 7 Octobre 2020
PS: Un Souleymane en cache un autre. Dans la dérive de la justice Sénégalaise, si Macky et Malick sont les deux plus visibles fauteurs de troubles, n’oublions pas le frimeur de la nation, Souleymane Nasser Niane, Directeur de cabinet de Malick Bédié. Transhumant des transhumants, il m’avait demandé de l’introduire chez Wade, chez qui il se rendit à son arrivée au pouvoir pour se bazarder lui l’ex-socialiste, avant de revenir me demander de ‘l’aider à avoir une « mission » auprès de Macky Sall.
Puuah. Ce frère de Thierno Seydou Niane, ex-Directeur de la Caisse de Dépôts qu’il a pillée, notamment par un projet immobilier à milliards, qu’il disait être un PPP, et tombé en faillite, est l’une des têtes de génocidaires planquées au coeur de l’administration de la justice. Il faut le débusquer…
Trois juges, une même réalité, la faillite de la magistrature: Aliou Niane, Souleymane Teliko et Samba SALL.

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