lundi, juin 24, 2024
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Yandé Ndiaye : Baba, pourquoi ça ? Par Adama Gaye*

par pierre Dieme

Serait-ce l’énième version d’un combat de coqs pendant que les eaux du Sénégal avalent, par dizaines, de jeunes victimes qui tentaient désespérément de rallier l’Europe pour échapper à la banqueroute économique et sociale du pays ? Est-ce une détestable compétition, mettant en duel, deux ressortissants de Kaolack, ville située à 192 kms de la capitale, Dakar, autour de la paternité, ou, en l’espèce aussi, la maternité, d’un projet de capteurs de moustiques écologiques ? Fait-il sens, n’est-il pas dérangeant, d’évoquer cette querelle qu’à bien des égards on pourrait penser être celle d’égos surdimensionnés voire portés par des ambitions crypto-personnelles, si elles ne sont politiciennes, dans une guerre de positionnement, à mesure que les échéances électorales locales s’approchent ? Sommes-nous dans une guerre civile Kaolackoise, pendant que Covid, inondations et chômage affligent autant la ville que le reste du pays ? Bref, une coquetterie…autour d’un projet dont elle ne se passerait qu’à ses détriments.


Alors que les familles des victimes pleurent les leurs, perdus dans le ventre de l’Atlantique et privés, à jamais, du rêve de la traverser pour rejoindre ce qu’ils pensaient être l’eldorado, et que les Sénégalais s’interrogent sur la multiplication de leurs malheurs en tous genres, parler de l’affaire qui agite le landerneau Kaolackois peut, à bien des égards, relever d’une distraction de mauvais aloi, si ce n’est une sortie de route inappropriée, presqu’identique à un hors sujet lors d’une rédaction sur un sujet précis.
Ce serait cependant grave de ne pas voir la corrélation entre les migrants, desperados, notamment de ne pas lire l’une des causes de leur hargneux retour en force pour affronter les périls du grand large, avec l’agitation autour d’un projet d’investissements certes utile dans le cœur de ce qui fut naguère le bassin arachidier du Sénégal. Ne sommes-nous pas en présence d’un phénomène significatif des errements autour des activités économiques sans lesquelles nul ne peut freiner les vagues migratoires vers les pays considérés comme le symbole du développement économique, c’est-à-dire principalement ceux du Vieux continent ?


Je ne vis pas à Kaolack mais tout ressortissant de cette ville, comme c’est mon cas, garde dans ses gênes un attachement atavique, profond, avec elle, et justement, par la force des choses, je me vois contraint de prendre position parce que l’affaire dont il est question n’est pas si banale qu’elle apparaît au premier chef.
De quoi s’agit-il ? Ville réputée par son passé agricole donc, Kaolack est aussi celle où la chaleur a élu domicile avec une telle vigueur qu’y avoir vécu permet d’être pratiquement immunisé où que ce soit face aux rayons de soleil quelle que soit leur puissance.
L’eau salinisée qu’y déverse le Fleuve Saloum est une autre de ses facettes marquantes, si distinctive de la région qu’elle couve, jusqu’à y créer une carte dentaire locale, reconnaissable parmi toutes, par les dents des populations locales qu’elle jaunit, du fait du chlore qu’elle contient. Plus difficile est cependant pour le Kaolackois, un teigneux en diable, le défi qu’il doit affronter, tous les jours, afin de contenir, surtout la nuit venue, les assauts des moustiques. Elles y pullulent.


«Kaolack est la capitale des moustiques», fut donc la proposition de valeur mercatique par laquelle les initiateurs du projet de capteur des bestioles décidèrent de participer à une compétition écologique dotée d’un prix et lancée par le gouvernement français avec un financement de 326 millions de francs cfa.
Qui, dans cette ville, ne pouvait se féliciter de la plausibilité d’une éradication des moustiques qui rendent invivable de Kaolack ? Et quel politicien ou aspirant politicien (ne) ne serait pas ravi (e) de pouvoir brandir sur sa scorecard, son bilan ou son actif, la réalisation de ce qui est un rêve remontant, y conte-t-on, à plus de 60 ans, c’est-à-dire, à la nuit des temps ?
Le revers de la médaille, c’est qu’il y avait le risque de transformer ce qui était apriori une bénédiction pour ses habitants en ce qu’elle est en passe de devenir : une «Dallassisation» d’une cité soudain tirée de sa torpeur des dernières années qui l’ont vue s’enliser et sembler mourir à petit feu en raison du manque d’imagination et de l’absence de résultats de ses principaux responsables.
Justement, la ville compte une Diaspora importante éparpillée à travers le monde –et elle ne respire que par elle, prête à tout pour lui donner le coup de collier indispensable pour qu’elle retrouve ses couleurs, son dynamisme d’antan.

Entre en jeu Yandé Ndiaye. Derrière l’élégance et le sourire…d’un blanc qui fait jalouser, ex-Miss locale en 1987, se cache derrière cette dame, désormais consumée par sa passion pour les interventions humanitaires dans son beffroi, une détermination inextinguible. «Quand on sent qu’il y a la possibilité de faire quelque chose pour Kaolack, son ressortissant se serre les reins et saute pour ne pas la rater», explique-t-elle dans un long audio dont la tonalité et la teneur suffisent à convaincre de leur véracité, aussi bien par la passion que par les preuves, la précision chirurgicale, de son rôle fondamental dans l’initiation du projet.
On aurait pu lui objecter qu’en tant qu’ex-Consule du Sénégal à Marseille, ville où se situe l’entreprise avec qui elle s’est liée pour introduire Kaolack dans la compétition, il pouvait y avoir un conflit d’intérêts. Elle balaie la suspicion d’un revers de main, en expliquant que le projet est signé avec une institution qu’elle a introduite, qui n’est autre que le Conseil Départemental de Kaolack. «Œuvrer pour ma ville natale, en y faisant venir des équipements médicaux ou des missions de médecins, entre-autres, c’est ma passion», affirme-t-elle. Ses activités à cette cause n’étaient dès lors pas antinomiques avec sa mission à la tête du Consulat du Sénégal à Marseille, avant qu’elle ne s’achève le 24 Octobre 2020. En l’écoutant, elle n’a aucun doute qu’elle avait fait son devoir vis-à-vis de sa ville d’origine, en profitant de ses relations avec la Chambre de commerce de Marseille, plus particulièrement avec son Vice-Président, Féderico Ronal. Lequel l’introduisit auprès d’une société locale spécialisée dans les capteurs de moustiques. Nous sommes le 8 Juin 2019 quand la jonction se fait d’abord virtuellement avant de l’être physiquement 4 jours plus tard et donc qu’elle mette dans la boucle sa chère ville…
Arrive l’autre pièce du puzzle, le partenaire initial, qui s’est soudain mué en rival sur le ring. Il s’agit de Baba Ndiaye, patron de cette structure locale. Tout avait commencé comme une lune de miel, dans une relation de partenariat avant de virer en une mer de fiel…
Ecoutons Yandé : «Après avoir appris l’offre du gouvernement français de financer un projet écologique, je me suis mise dare-dare en contact avec la société Techno Bahm, devenue par la suite Qista, et qui se trouve à Aix-En-Provence, non loin de Marseille». Spécialisée dans la pose et la fabrication de capteurs de moustiques, la firme était une partenaire stratégique idéale pour prendre en charge le défi posé par les moustiques à Kaolack tout en le faisant de façon conforme aux nouvelles normes écologiques anti-pesticides les plus pointues.
Il fallait, bien sûr, parer au plus pressé, puisqu’il y avait 225 autres villes candidates. S’engage, dès lors, une partie serrée. Le temps court et les exigences de la confection d’une offre de qualité autour de l’objet du projet, à savoir mener la guerre contre les moustiques ne laissaient aucune marge de manœuvre pour ne pas aller vite.
Yandé, qui était devenue depuis 2014 l’ambassadrice chargée d’apporter des projets au profit de sa ville natale ne réfléchit pas une seconde dès qu’elle obtint l’accord de principe de Techno Bahm-Qista pour s’attaquer à l’empire tropical des moustiques.
Elle appela immédiatement le patron du Conseil départemental de Kaolack pour lui faire part de la possibilité qu’il y avait d’entrer avec elle dans la course qui pouvait sauver Kaolack de son histoire répugnante avec ses moustiques. Elle le fit aussitôt après sa rencontre avec la firme d’Aix-En-Provence, raconte-t-elle, en des termes qui ne souffrent d’aucun doute, tant ils résonnent vrais.
La suite conforte son argumentaire. En Janvier dernier, du 13 au 18, c’est-à-dire quelques mois après sa première rencontre du 12 Juin avec la société contractante, puis suite à l’attribution du marché, le 30 Octobre par le gouvernement français, elle accompagne à Kaolack une délégation de Qista pour repérer les lieux et les localités où seraient implantés les capteurs de moustiques. Le récit coule de source. Le langage est clair, net et concis. S’y ajoute une invitation à un duel public afin d’exhiber ses preuves, ses messages électroniques prouvant sans risque de pouvoir être démentie qu’elle fut la première à entrer en contact avec la société et à la mettre en relation avec les autorités départementales de sa municipalité d’origine.
Baba Ndiaye met en question ses affirmations en se posant comme le déclencheur d’un processus qu’il dit procéder d’une procédure officielle procédant d’un appel d’offres impliquant les autorités officielles de France et du Sénégal. Il ne semble donner aucun droit au fait que la connexion est partie d’une rencontre de networking à la chambre de commerce de Marseille où Ronal fit le lien entre Yandé, par l’entremise du réseau Africa Link, et la société Qista…
Qui a raison ? Qui a tort ? Le débat enfle dans la bonne ville de Kaolack soudain agitée par le combat de boxe entre deux poids lourds locaux.
J’ai eu la chance de les rencontrer respectivement en des lieux différents. En 2015, c’est au terme d’une journée funéraire que me fut présentée Yandé, qui, alors, n’était pas Consule mais menait ses activités humanitaires en France où elle vivait alors depuis 25 ans. Sa joie de vivre est restée, son enthousiasme aussi. On la sent blessée, comme si elle était trahie en récompense des efforts faits pour sa ville. Comment, en effet, peut-on se demander, la voir exclue, non-informée, d’une cérémonie prévue le 31 Octobre, à Kaolack, en présence des Ministres sénégalais de la Santé et des Collectivités Territoriales, de l’Ambassadeur de France et qu’organise Baba Ndiaye, soudain présenté en promoteur, comme un grand, du projet ? Sans compter les publicités qui passent en boucle depuis le 7 Octobre donnant à penser que tout a été organisé du début à la fin par le Président du Conseil Départemental alors qu’il n’a connu les responsables de la société Qista qu’en Janvier lorsqu’ils ont été amenés à Kaolack par Yandé.
Sa colère s’explique. Le minimum, en conviennent les Kaolackois, c’est que Baba Ndiaye lui reconnaissent sa part essentielle dans l’initiation jusqu’à l’aboutissement de la procédure qui a fini par donner le marché à la ville. Certains se demandent s’il n’y a pas là un prototype de manque de galanterie ou, pis, un de ces exemples nombreux hélas d’officiels qui détournent les projets portés par d’autres…
Il est évident que ce ne sont pas les explications, un tantinet tirées par les cheveux, des dirigeants de Qista, semblant soutenir la thèse de Baba Ndiaye, qui vont inverser le sentiment largement répandu qu’il y a eu un coup de poignard dans le dos d’une dame, pour l’empêcher de briller dans le ciel de sa ville, et, qui sait, y avoir des ambitions, ou juste rabaisser les prétentions d’un édile dont le rêve est de surfer sur cette initiative pour revendiquer plus, convaincre un électorat pressé de juger ses soupirant (e) s par leur palmarès.
Du Baba Ndiaye que j’ai brièvement connu lors d’une cérémonie organisée à la chambre de commerce de Kaolack par son Président, Serigne Mboup, qui m’avait fait l’honneur de m’y inviter, en compagnie de mon cadet Thione Niang, je garde le souvenir d’un homme fermé, peu souriant, et…calculateur. Est-il cynique ? Cachotier ? Insécure ? Politicien?

Ce que cette saga me rappelle c’est la propension des hommes politiques, des officiels africains, du Sénégal et d’ailleurs, à vouloir se parer des plumes du paon, à se faire passer pour les seuls responsables de projets que d’autres négocient au loin, et à écarter, dans la tradition des Ewings, de Dallas quiconque leur porte ombrage ou se dressent sur leur route pour le contrôle de projets politiquement et commercialement porteurs.

C’est le cas de celui qui profite d’une occasion destinée à endiguer le fléau des moustiques à Kaolack. Il ne faut pas accepter que le cynisme soit profitable. L’Afrique se doit de signifier que les court-circuitages, rire en coin, sont punis par un rejet social de leurs auteurs.

Je sais de quoi je parle. Parce que j’ai souvent vu des officiels agir ainsi, mon sentiment est qu’il y a des indices d’une telle pratique dans ce qui se présente autour de cette querelle suscitée par la lutte anti-moustiques dans une ville qui en a désespérément besoin.
Parce que de telles méthodes portent préjudice à nos pays, les rendent moins attractifs dans la course aux investissements directs étrangers et au financement de projets de développement, en encourageant la culture de la corruption et celle des alliances interlopes entre acteurs étrangers et locaux, il faut que la décence reprenne ses droits.
Baba Ndiaye, vous n’avez pas le droit d’évincer Yandé Ndiaye d’un projet dont elle est la cheville ouvrière et le plus grave c’est de tolérer que des hommes d’affaires français en profitent pour appliquer l’éternelle stratégie du diviser pour régner où les africains, ici les sénégalais, ont toujours été les perdants, même ceux qu’ils flattent, comme cela semble être votre cas avec Qista et sa stratégie de vous transformer en nouveau cheval pour s’enraciner et étendre la vente de son produit à Kaolack et au-delà.

Baba, pardon, tout Kaolack estime que vous devez admettre votre faute et restaurer votre sœur Yandé dans son statut dans ce projet, même si sa passion pour Kaolack lui a fait parfois titiller les frontières d’un patriotisme local au détriment d’autres localités. Est-ce un tort d’appliquer la préférence locale dans une région PACA (Provence, Alpes, Côte d’Azur) burinée par la culture nationaliste ?
Répondez Baba à la vraie question : osez-vous relever le défi qui vous a été lancé par Yandé de vous mettre sous les yeux, devant le monde entier, les preuves qu’elle vous a précédé dans le projet ? Alors, pourquoi faire ça ? Ressaisissez-vous.
N’en rajoutez pas à la litanie des coups tordus de ces officiels africains qui guettent les projets des autres pour les capter à leur profit. Ça a assez duré. Ça suffit !
Adama Gaye* vit en exil au Caire. Il est ressortissant de Kaolack.

Ps: Le projet qui devait démarrer en Mars dernier a été retardé par la survenue de la pandémie.
La société Qista, dans le cadre de sa responsabilité sociale, s’est engagée à financer un hangar pour la préservation des produits maraîchers de Djilor, village sérère, non loin de Kaolack, et ces villageois ainsi que ceux des bourgades environnantes vous attendent. Soyez, vous aussi, des hommes de parole.

Baba et Qista, la décence, d’abord, la parole donnée se respecte.

Gare aux complots, ils ne fonctionnent plus dans cette ère où la techtonique des plaques est d’une redoutable ubiquité…

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