lundi, juillet 22, 2024
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Quelle reconfiguration pour l’opposition ?

par pierre Dieme

La reconfiguration de l’opposition qui a suivi la victoire de Bassirou Diomaye Faye a été marquée par une certaine léthargie des anciens candidats à la Présidentielle qui ont brillé par leur mutisme. Dans cette perspective, les prochaines élections législatives anticipées risquent de devenir un marqueur des nouveaux rapports de force qui se dessinent chez les opposants.

Depuis l’avènement du nouveau régime, les anciens candidats à la Présidentielle se distinguent par leur mutisme. Beaucoup d’états-majors issus de la galaxie Yewwi Askan Wi (Yaw) ou d’autres candidats comme Anta Babacar Ngom, Pape Djibril Fall, entre autres, semblent avoir choisi la voie de la retenue face au nouveau pouvoir. ‘’Il s’agit de permettre aux nouvelles autorités de mettre en œuvre leur programme. Ainsi, l’heure n’est pas à la critique ou à la réaction politicienne’’, nous rapportent nos interlocuteurs.

De ce fait, le mot d’ordre du côté des partis issus de Yewwi Askan Wi (Yaw) est à la prudence, face à leurs anciens camarades de Yaw dans l’optique des prochaines élections législatives anticipées.

Néanmoins, la présence de la coalition DiomayePrésident risque, selon des spécialistes, d’agréger de nouvelles forces qui, à terme, pourraient supplanter la coalition Yaw. Déjà, quelques responsables de Yaw comme Moustapha Guirassy, Cheikh Bamba Dièye, Habib Sy et Aïda Mbodj présents dans l’attelage gouvernemental, pourraient partir sous la bannière de DiomayePrésident au détriment de Yaw.

Une situation qui risque de marginaliser des formations comme le Parti républicain pour le progrès (PRP) de Déthié Fall, le Grand parti de Malick Gakou ou encore d’autres formations politiques fortement attachées à l’esprit Yaw.  La dynamique de la nouvelle coalition qui semble se dessiner en vue de la constitution d’un grand pôle souverainiste risque de laisser peu de marge de manœuvre aux formations issues de Yewwi Askan Wi.

Pour sa part, l’économiste Boubacar Camara, candidat à la Présidentielle avec son parti PCS/Jengu Tabax, semble aussi ménager le régime Sonko-Diomaye en indiquant que la date des 100 jours n’est qu’illusoire et que la vraie durée du mandat est de cinq ans, a déclaré l’ancien directeur des douanes sur le plateau de la 7TV. L’économiste est resté aphone après la levée des emprunts obligataires sur le marché financier régional de l’UEMOA, d’un montant total de plus de 265 milliards F CFA et le lancement des eurobonds sur le marché obligataire international. Le Sénégal a aussi réalisé avec succès une émission d’eurobonds d’un montant de 750 millions de dollars les 3 et 4 juin. Des pratiques de l’ancien régime qui ont été souvent dénoncées par l’opposition qui évoquait une politique économique irresponsable basée sur une dette qui constitue plus 80 % du PIB.

La seule femme candidate à la Présidentielle, Anta Babacar Ngom, s’est distinguée par un post dans lequel elle n’a pas manqué d’invectiver le nouveau chef du gouvernement Ousmane Sonko, à la suite de sa conférence politique au cours de laquelle ce dernier s’était attaqué aux patrons de presse, le 10 juin 2024.  ‘’Si l’opposition et la majorité des Sénégalais sont restées aussi discrètes depuis votre élection, c’est qu’elles vous observent, mais surtout qu’elles vous accordent le temps nécessaire pour mettre le pays au travail. L’heure n’est pas à la politique, encore moins à cette politique politicienne qui privilégie les discours et les promesses plutôt que les actes concrets’’, avait-elle déclaré sur sa page X.

De son côté, Taxawu Sénégal de Khalifa Sall est aussi dans la dynamique des retrouvailles avec la grande famille socialiste avec le Parti socialiste (PS) dirigé par Aminata Mbengue Ndiaye.  Cette volonté de constituer un grand pôle socialiste doit ainsi permettre aux camarades de Khalifa Sall exclus de Yaw de se créer une nouvelle dynamique en essayant d’agréger l’électorat socialiste. Un Parti socialiste qui, pendant plus d’une décennie, a été bridé par l’hégémonie de l’APR au sein de Benno.

Pour sa part, le Rewmi d’Idrissa Seck est aussi plongé dans une certaine léthargie et ne semble pas tenté de se joindre aux différentes entités politiques. Surtout que les anciens du PDS, dont Babacar Gaye, responsable politique de Kaffrine, se dit engagé à bâtir un grand pôle libéral à l’exclusion du PDS. Une alliance qui doit regrouper des partis comme le Rewmi, le PLD (Parti libéral démocrate/Suxali Sénégal) et l’Union des centristes du Sénégal (UCS) d’Abdoulaye Baldé.

Cette reconfiguration du champ politique dans la perspective des Législatives anticipées risque de produire d’importantes déflagrations au sein de la classe politique. La nature du scrutin législatif (scrutin uninominal majoritaire à un tour) laisse peu de champ aux petites formations politiques comme celles d’Anta Babacar Ngom, de Boubacar Camara et de Daouda Ndiaye. De ce fait, seule l’appartenance aux grandes coalitions peut permettre à ces candidats de survivre à ce type d’élection. Même si, lors des dernières Législatives, Pape Djibril Fall et Les serviteurs avait réussi à intégrer l’Assemblée nationale avec près de 56 303 voix.

La coalition DiomayePrésident supplante Yaw pour la poursuite du Projet

Dans cette reconfiguration, la constitution d’un grand pôle de gauche est aussi devenue une nécessité pour plusieurs partis politiques. Ainsi, des retrouvailles entre le Parti socialiste et Taxawu de Khalifa Sall ont été signalées. Le 9 mai dernier, dans leur résolution finale, les sages ont salué ‘’l’heureuse rencontre à l’initiative de M. Khalifa Ababacar Sall, accompagné de MM. Barthélemy Dias et Jean-Baptiste Diouf avec Mme Aminata Mbengue Ndiaye, secrétaire générale du Parti socialiste’’.

La bataille des pôles politiques doit aussi prendre en compte la question du principal opposant du duo Diomaye-Sonko. Les différentes formations politiques comptent s’arroger ainsi un second souffle politique en vue des Législatives anticipées. Les principales formations politiques s’emploient à s’unir autour de grandes coalitions pour faire face à la déferlante Pastef où s’agrègent les forces souverainistes.

Dans cette optique, l’ex-candidat de BBY,  Amadou Ba, a aussi affiché sa volonté de créer son propre mouvement. Surtout que les partis alliés, les technocrates membres de l’APR pourraient être tentés de rallier l’ancien Premier ministre qui veut s’imposer comme le chef de l’opposition.

Le PDS semble aussi dans la retenue. Le parti, qui s’est rallié à Diomaye avant le scrutin présidentiel, a proposé une réforme du règlement intérieur de l’Assemblée nationale afin de permettre à Ousmane Sonko de faire sa déclaration de politique générale (DPG). Les libéraux, qui se présentent en force de collaboration du nouveau régime, entendent ainsi jouer un rôle capital dans la perspective des Législatives afin de tirer leur épingle du jeu et résister à la possible déferlante de Pastef.

Le mouvement d’Amadou Ba, encore en gestation, risque d’accentuer cette saignée dans les rangs de Benno et plus particulièrement de l’APR.  Pour réussir cette opération, Amadou Ba souligne l’importance de créer une nouvelle dynamique politique orientée vers le développement et le bien-être de tous les citoyens. L’ancien Premier ministre veut aussi se constituer un pôle centriste qui compte réunir plusieurs personnalités comme Aliou Sall et des cadres comme Demba Diop ‘’Diopsy’’, Cheikh Oumar Hann, Samba Sy, entre autres, pour renforcer son camp.

L’ancien ministre des Finances compte ainsi s’imposer comme le nouveau chef de l’opposition et se positionner comme l’un des opposants les plus importants en vue de la présidentielle de 2029.

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