samedi, mai 25, 2024
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Les marchés, des poudrières latentes en permanence

par pierre Dieme

Encombrement, anarchie, manque de bouches d’incendie, problème d’accès, insalubrité…Sud Quotidien fait le point sur quelques projets en cours ou annoncés et la situation de l’essentiel des marchés où les usagers côtoient le danger en permanence

Suite à une série d’incendie déplorée dans plusieurs établissements marchands ces dernières années, l’Etat a mis en place le Programme de modernisation et de Gestion des Marchés (Promogem), notamment dans les localités et sites prioritaires ciblés que sont les marchés Ndoumbé Diop de Diourbel, Tillène de Ziguinchor, Sandikat de Pikine, Tambacounda et Kaolack…). En Conseil des ministres qu’il a présidé, le mercredi 11 janvier 2023, le président de la République, Macky Sall, a engagé le Premier ministre, Amadou Ba, à faire prendre toutes les dispositions requises en vue d’accélérer la mise en œuvre du Promogem, enjoignant le ministre de l’Intérieur, Antoine Félix Abdoulaye Diome à veiller à la fonctionnalité et à la mise aux normes des dispositifs de protection civile dans les marchés et espaces commerciaux. En attendant, entre encombrement, anarchie et installations électriques non conformes, souvent à l’origine de court-circuit ; manque de bouches d’incendie et problème d’accès des secours en cas de sinistres ; incompréhensions entre autorités et commerçants souvent à l’origine du retard dans la mise en œuvre de projets, insalubrité et manque de sanitaires ou toilettes non praticables… Sud Quotidien fait le point sur quelques projets en cours ou annoncés et la situation de l’essentiel des marchés où les usagers côtoient le danger en permanence.

MODERNISATION DES MARCHES : Un chantier en suspens

En Conseil des ministres, avant-hier mercredi 11 janvier, le président de la République, Macky Sall, a donné instruction à son gouvernement d’accélérer le programme de modernisation des marchés. Seulement, le constat est qu’après plusieurs années d’exécution de ce projet de reconstruction, nombre de marchés sont encore en léthargie.

A la suite d’incendies dans plusieurs marchés, dont Ndoumbé Diop à Diourbel, Pétersen, Sandaga à Dakar, marché central de Kaolack, marché Tillène de Ziguinchor, entre autres, l’Etat avait entrepris un Programme de modernisation et de gestion de ces lieux de commerce. Après un Conseil interministériel tenu le mercredi 20 mars 2019, au total 6 mesures d’urgence ont été annoncées. Il s’agissait de : l’installation des bouches d’incendie dans les marchés pour 300 millions F CFA ; la finalisation du Programme de modernisation et de gestion des marchés (Promogem) pour 69 500 000 000 F CFA. Parmi les mesures du gouvernement, il y a aussi la consolidation du cadre institutionnel et de gestion des marchés. L’accélération des procédures de reconstruction et de modernisation des marchés Sandaga et Petersen (Dakar), Ndoumbé Diop (Diourbel), Tillène (Ziguinchor), Sandikat (Pikine) et Thiaroye avait été décidé par l’Etat.

Plusieurs années donc, après cette rencontre gouvernementale, les marchés ne sont pas encore sortis de leur désordre habituel. Pire, Sandaga est encore dans le statuquo. A cause du différend entre l’Etat et la Ville de Dakar aucune avancée n’est notée ici dans le cadre de la modernisation de ce lieu de commerce. Le bâtiment central, le «Soudanais», objet du désaccord, a été rasé, sans que les travaux de reconstruction décidés par l’Etat démarrent. Un peu plus loin, dans la grande banlieue dakaroise, le marché Sandikat de Pikine continue de recevoir ses clients, avec sa saleté habituelle. Rien n’a changé au niveau de cet établissement marchand recevant de nombreux commerçants et des produits venant surtout de l’intérieur du pays, de la sousrégion notamment des fruits et légumes, des huiles (de palme, de coco…), des calebasses… A quelques encablures de là, toujours dans le département de Pikine, le marché de Thiaroye, grand pourvoyeur du reste de Dakar, la capitale en légume frais, n’est pas mieux loti. Les usagers se demandent à quand la fin des travaux. Surtout que pendant l’hivernage, une bonne partie des installations de ce marché délocalisé dans l’enceinte du camp militaire de Thiaroye devient impraticable à cause des inondations qui transforment les lieux en champ de patate. Bref, ce constat est valable pour d’autres marchés qui tardent à recevoir les aménagements promis.

Rappelons qu’en Conseil des ministres, du mercredi 11 janvier 2023, le président Macky Sall, a instruit son Premier ministre, Amadou Ba, de faire prendre toutes les dispositions requises en vue d’accélérer la mise en œuvre du Programme de Modernisation et de Gestion des Marchés (Promogem) dans les localités et sites prioritaires ciblés (marchés Ndoumbé Diop de Diourbel, Tillène de Ziguinchor, Sandikat de Pikine, Tambacounda et Kaolack…). Par ailleurs, il a demandé au ministre de l’Intérieur, chargé de la Sécurité publique, Antoine Félix Abdoulaye Diome, de veiller à la fonctionnalité et à la mise aux normes des dispositifs de protection civile dans les marchés et espaces commerciaux.

SEDHIOU – LA FACE LUGUBRE DU MARCHE CENTRAL INQUIETE LES USAGERS : Installations anarchiques, absence d’issues de secours, branchements clandestins, l’horreur avant l’heure !

Le constat qui s’offre à tout primo visiteur du marché central de Sédhiou reste incontestablement l’exiguïté des labyrinthes qui servent de passage et des points d’entrée à la fois ringards et isolés à tout bout de champs. A ce décor inquiétant s’ajoutent des branchements clandestins à des câbles électriques, l’absence d’issues de secours pour les véhicules d’intervention d’urgence, l’insuffisance de sanitaires et l’occupation anarchiques et incongrue, que ce soit dans le cœur du marché ou sur les emprises qui le bordent de part et d’autres. Le cocktail détonnant d’un sinistre est déjà constitué. Des projets et programmes de réhabilitation sont morts à leur naissance et tous ou presque sont dans l’expectative. L’association des consommateurs sonne l’alerte rouge et redoute que les décideurs ne viennent jouer au sauveur, quand le mal se serait peut-être accompli.

Le marché central de Sédhiou se situe au pied du fleuve Casamance, sur la façade Est de la ville et capitale régionale. Il s’étend sur un hectare au plus et abrite une grande diversité de magasins de commerce, de souks et d’étals. Le cœur du marché est occupé par les vendeurs de vêtements, de produits cosmétiques, d’appareils électroniques et des ustensiles de cuisine. On y retrouve aussi pêle-mêle des vendeurs de fruits et légumes au niveau des points d’entrée, par endroit des cordonniers, des couturiers par-là et de la charcuterie par-ci.

Officiellement, l’institution municipale déclare avoir recensé au moins 302 cantines, selon le secrétaire municipal, Boubacar Biaye. Le désordre est indescriptible et manifeste. Plus à l’Est, vers le fleuve, se trouve le hangar qui fait office de marché au poisson. Ici, l’insalubrité et l’odeur fétide que dégagent les restes des captures des produits halieutiques, mêlées aux eaux usées, donnent un décor lugubre. De part et d’autre de l’emprise de la voie étroite qui ceinture le marché, se dressent des cantines spontanées, ayant fait l’objet de plusieurs déguerpissements, quelques fois même installées sur des canaux d’évacuation des eaux de ruissellement. Ce périmètre annexe de commerce de tous genres, à ciel ouvert, accueille les vendeurs de poulets, de friperie, de poissons, de céréales ; bref, tout y passe et même des personnes, pour regagner l’embarcadère d’à côté, en partance (ou en provenance) pour les bourgades de la rive gauche à savoir Simbandi Brassou, Sanoufili, Kindombalicounda, Boraya, entre autres.

INACCESSIBLE EN CAS DE SINISTRE ET SANS BOUCHE D’INCENDIE

Cette description rocambolesque du marché central de Sédhiou confirme le constat d’un centre de commerce assez vieux et dont les toitures et pans de mur manifestent des signes d’une fin de vie certaine et préjudiciable. L’accès est réservé aux seuls piétons, sur des labyrinthes exigus qui mouillent les pieds à chaque fois que la pluie laisse tomber ses noisettes. Tous les jours, le marché central de Sédhiou est fréquenté par plusieurs centaines de personnes, avec une forte affluence, en provenance des localités environnantes de la vieille ville. Cette affluence est plus accrue, bien entendu, à la veille de chaque grande fête religieuse (Tabaski, Korité et Noël et Pâques). Toutes descriptions qui dénotent un énorme potentiel de risques, en cas de sinistre par voie d’incendie notamment. Et cela y arrive souvent, du fait des branchements clandestins au courant électrique à l’origine des courts-circuits. Le dernier incendie en date remonte à quatre ans, sans toutefois faire de dommages importants. Mais, quoi qu’il en soit, les équipes d’intervention d’urgence, comme les Sapeurs-pompiers, n’auront jamais issue de secours si ce marché reste en l’Etat et sans aménagement normé. En plus, il n’a pas de bouches d’incendie pouvant rendre accessible l’eau aux Sapeurs-pompiers, pour combattre les flammes, en cas d’incendie. L’entrée à ce marché se fait aussi à partir de tous les coins. Ce qui constitue également une source d’insécurité, avec les incursions de malfaiteurs dès la nuit tombée. «Il est vrai que ce marché est très âgé et ne dispose d’aucun passage pour les services d’intervention en cas de sinistre. Certains branchements sont clandestins. Ce marché est fréquenté par des centaines de personnes par jour et il faut un programme de réhabilité d’urgence», a déclaré Djiby Camara, le vice-président du Comité de gestion du marché central de Sédhiou.

DEUX TOILETTES FONCTIONNELLES POUR TOUT LE MARCHE

Cette forte concentration humaine contraste d’avec l’offre de service de salubrité publique disponible. Avec ses deux toilettes fonctionnelles, certains, en situation de détresse digestive, se précipitent dans les coins ringards pour se soulager. Le visiteur qui se met sur l’esplanade du Fort Pinet Laprade constate aisément des individus qui viennent régulièrement pisser sur les murs et gravats au pied des cantines. D’autres juste pour ne pas payer une participation financière modique et symbolique de 25 F CFA, destinée à l’entretien des lieux, préfères les garder en poche et déféquer à l’air libre. En revanche, le service de nettoiement de la mairie assure régulièrement la collecte et l’enlèvement des ordures sur tout le périmètre du marché central.

AUCUN PROJET DE REHABILITATION EN VUE, SELON LE SECRETAIRE MUNICIPAL

«En l’état actuel des choses, il n’y a aucun projet de construction ni de réhabilitation du marché central de Sédhiou», dixit Boubacar Biaye, le secrétaire municipal de Sédhiou. Et de poursuivre, sur des velléités inassouvies dans le passé : «l’ancien ministre du Commerce avait promis de réhabiliter notre marché. Il y avait même dépêché une mission de prospection qui a survolé l’espace en drone. Mais le projet n’a pas abouti, hélas», a fait observer Boubacar Biaye. Et le secrétaire municipal de Sédhiou de relever que «le maire Abdoulaye Diop a promis de délocaliser ce marché et de construire un autre à Santossou. Mais, ce n’est pas dans l’immédiat», dit-il.

USAGERS ET CLIENTS DANS L’EXASPERATION, LES CONSOMMATEURS ALERTENT !

Aussi bien les propriétaires de cantines et souks de commerce que les acheteurs, la clameur d’un marché exigu est sans conteste. Kandji, un tenant de cantine, déclare ne jamais avoir l’esprit tranquille une fois rentré chez lui, avec la hantise d’un sinistre qui pourrait tout dévorer, en raison de l’anarchie et de l’étroitesse du marché. Ndèye Ami et Fatou Sonko, deux dames venues faire leurs achats, vendredi 13 janvier, ont déclaré à notre micro éprouver un sentiment de «désolation et d’abandon de ce marché pourtant fréquenté par tous, pour assouvir la demande familiale au quotidien». Selon les femmes, l’état doit agir vite et mettre les marchés du Sénégal au rang des normes standards, au lieu de jouer au Sapeur-pompier au lendemain de chaque catastrophe, comme ce fut hélas le cas avec la collision tragique entre les deux bus à Kaffrine. Sentiment analogue et bien appuyé par Sankoung Sagna, ancien maire de la commune de Oudoucar et président de l’antenne régionale de l’Association des consommateurs du Sénégal (ASCOSEN) : «je suggère à ce que les autorités prennent les devants et anticipent donc sur les projets de construction des marchés au lieu d’attendre qu’il y’ai des sinistres mortels pour jouer au cinéma. Ce marché de Sédhiou date de très longtemps et est fréquenté aujourd’hui par des centaines de personnes par jour. L’anarchie qu’il y’a ne présage rien de sûr en cas de problèmes. Présentement même une moto Jakarta ne peut pas se frayer un passage à plus forte raison un véhicule ou camion-citerne», prévient-il.

MARCHE DE DIOURBEL – INSTALLATIONS ANARCHIQUES ET ENCOMBREMENTS : Les commerçants dans l’attente de la livraison de Ndoumbé Diop

Le marché Ndoumbé Diop de Diourbel fait partie du vaste Programme de modernisation et de gestion des marches (PROMOGEM) enclenché par l’Etat. Les acteurs du marché saluent ce programme et invitent les autorités à accélérer son ouverture. En attendant la réception définitive des travaux, les 500 occupants se bousculent au niveau du boulevard Ndiobène-Taye, créant beaucoup de désagréments.

L e coût des travaux du marché Ndoumbé Diop, entamés au lendemain de l’incendie mortel de 2017 où un soldat du feu avait péri, se chiffre à 500 millions de F CFA. Les travaux ont été entamés en juillet 2017, après ce violent incendie qui a ravagé une partie de cet établissement marchand. Les travaux sont presque termines. Mais les commerçants attendent avec impatience la livraison des travaux. Il ne reste que quelques travaux d’assainissement des eaux usées à faire, selon Assane Sylla Faye, l’agent voyer de la commune de Diourbel. Toutefois, ce volet assainissement n’était pas inclus dans les travaux initialement. D’ailleurs, l’entrepreneur en charge de la réalisation du marché Ndoumbé Diop déclare que tous les travaux sont terminés.

Mais, sur le terrain, la réalité est toute autre ; les commerçants ont occupés le boulevard Ndiobène-Taye, occasionnant beaucoup de désagréments aux passants. Cette situation s’explique, selon Modou Gueye Diop, le délégué général du marché, par le fait que les 500 commerçants qui avaient été déguerpis par le feu ont été recasés sur le boulevard Ndiobène-Taye. N’empêche, il salue la mise en place de du Programme de modernisation et de gestion des marchés (PROMOGEM) qui permet de mettre en œuvre des bouches d’incendies, d’aménager des voies d’accès notamment pour les secours, en cas de sinistre ou autre danger. C’est la raison pour laquelle, l’incendie qui s’est déclaré le lundi dernier, 9 janvier 2023, faisant de 2 cantines calcinées, a été vite maitrisé par les soldats du feu.

Néanmoins, Modou Gueye Diop invite les autorités municipales à prendre des mesures idoines pour mettre de l’ordre au niveau du marché. Car, souligne-t-il, on note beaucoup d’encombrements sur le boulevard Ndiobène-Taye, empêchant les véhicules de pouvoir l’emprunter, du Nord au Sud. Parfois, ce sont des vendeurs à la sauvette qui s’installent au milieu de la chaussée. Il n’y a que les deux roues qui peuvent passer difficilement, de la route de Gossas à la rue d’Avignon.

Les installations anarchiques, les fils électriques occasionnent une insécurité au niveau du marché. Pour Aldiouma Diop, un couturier installé au niveau du marché, «ce sont les installations anarchiques qui causent ces nombreux cas d’incendies. Il y a beaucoup de désordre ; il faut une réorganisation du marché en secteurs d’activité ou en corps de métiers : ceux qui vendent de la viande ne doivent pas cohabiter avec ceux qui vendent des tissus».

Fatou NDIAYE, Moussa DRAME et Adama NDIAYE

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