Le 24 mars 2026 marque le deuxième anniversaire de l’élection du président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Cette consécration couronne une décennie d’itinéraire du Pastef, jalonnée d’événements successifs qui ont profondément marqué l’histoire politique du Sénégal.
24 mars 2024-24 mars 2026. Deux ans que le président de la République Bassirou Diomaye Faye est élu 5e président du Sénégal. Même si c’est le 02 avril 2024 qu’il avait officiellement été installé comme successeur du président Macky Sall, la date du 24 mars 2024 symbolise le choix porté sur sa personne par les Sénégalais. Le 24 mars 2024 est aussi une date historique car elle sonne comme une victoire de la démocratie sénégalaise, pas parce qu’elle consacre la victoire de Bassirou Diomaye Faye, mais parce qu’elle est la date qui s’est imposée au calendrier électoral pour empêcher le report de la présidentielle. Initialement prévu le 25 février 2024, le scrutin a été reporté par le chef de l’Etat sortant Macky Sall après son discours du 03 février 2024. Lors d’une séance le 05 février 2024, l’Assemblée nationale avait adopté la loi portant dérogation aux dispositions de l’article 31 de la Constitution pour le report de la présidentielle.
Cependant, plusieurs initiatives de l’opposition et de la société ont été lancées pour dénoncer le report de cette élection présidentielle au 15 décembre 2024. Le front « Aar Sunu élection » a alors organisé des manifestations pour appeler au respect du calendrier électoral.
Le Front des candidats à l’élection Présidentielle (Fc 25) a été mis en place par 16 candidats sur les 19 de la liste définitive des candidats publiée par le Conseil constitutionnel après le retrait de Rose Wardini. Le Fc 25 disait condamner « fermement toute tentative de retarder le processus électoral et de violer les droits légitimes des candidats » et avait appelé à l’organisation la présidentielle avant la fin du mandat du président de la République, le 02 avril 2024.
Ces initiatives ont fini par porter leurs fruits puisque le jeudi 15 février 2024, le Conseil constitutionnel, dans sa décision n° 1/c/2024, avait indiqué que la loi portant dérogation aux dispositions de l’article 31 de la constitution, adoptée sous le n°4/2024 par l’Assemblée nationale, en sa séance du 5 février 2024, était contraire à la Constitution. Dans la même décision, les 7 sages avaient aussi annulé le décret n° 2024-106 du 03 février 2024 portant abrogation du décret convoquant le corps électoral pour l’élection présidentielle du 25 février 2024.
Résistance citoyenne contre le report de la présidentielle
La présidentielle est finalement fixée par le président Macky Sall au dimanche 24 mars 2024. 19 candidats étaient en lice dont Bassirou Diomaye Diakhar Faye, candidat du Pastef et de la coalition « Diomaye Président ». La candidature du président du Pastef, Ousmane Sonko, avait été invalidée par le Conseil constitutionnel du fait d’une condamnation pour diffamation dans une affaire l’opposant à l’ancien ministre Mame Mbaye Niang. Quelques mois auparavant aussi (31 juillet 2024) le parti Pastef-Les Patriotes avait été dissous par le ministère de l’Intérieur.
Cela n’avait pas empêché ce parti d’avoir un candidat grâce à leur ingéniosité. Ousmane Sonko avait désigné Bassirou Diomaye Diakhar Faye sous le slogan original « Diomaye Moy Sonko-Sonko Moy Diomaye » (Sonko c’est Diomaye-Diomaye c’est Sonko). Tous les deux étaient en prison au début de la campagne électorale. Ils ont été libérés le 14 mars 2024, 10 jours avant la présidentielle. Cependant, cela n’a pas été un handicap pour leur campagne électorale. En quelques jours, la coalition « Diomaye Président » mobilise les citoyens autour de la candidature de Bassirou Diomaye Faye.
Cela fait que pour la première fois dans l’histoire du Sénégal, on a assisté à l’élection d’un opposant dès le premier tour de la présidentielle. Après le scrutin, le Conseil constitutionnel a déclaré vainqueur Bassirou Diomaye Diakhar Faye, candidat de la coalition « Diomaye Président » avec 54,28% soit 2.434.751 voix. Amadou Bâ, le candidat de la majorité présidentielle d’alors (coalition Benno Bokk Yaakaar) était arrivé en deuxième position avec 1 605 223 voix soit 35,79% des suffrages valablement exprimés. Le candidat du Parti de l’Unité et du Rassemblement (Pur), Aliou Mamadou Dia s’est retrouvé à la troisième position avec 2,80% des voix devant Khalifa Sall de « Taxawu Sénégal » qui s’est retrouvé avec 1,56% des voix. Les 15 autres candidats ont eu moins de 1% chacun dont Idrissa Seck (0,90%).
La présidentielle de mars 2024 a acté, d’après plusieurs spécialistes, le déclin des partis classiques. Cette dégringolade s’est poursuivie aux élections législatives du 17 novembre 2024.
Dissolution de l’Assemblée nationale et majorité pour Pastef
En deux ans aussi, la majorité parlementaire a changé de côté. Avec l’avènement de Bassirou Diomaye Diakhar Faye à la tête du Sénégal, le 24 mars 2024, l’exécutif avait changé de chef mais l’Assemblée nationale était toujours contrôlée par la coalition Benno Bokk Yaakaar (Bby) avec ses 83 députés sur 165. Le 12 septembre 2024, deux ans après l’installation de 14e législature le président de la République avait acté la dissolution de l’Assemblée nationale conformément à la constitution et annoncé la date des élections législatives pour le dimanche 17 novembre 2024.
Pour ces élections législatives, 41 listes ont été déclarés recevables par le Direction générale des élections. Cependant, il y avait 4 principales coalitions dont : le parti présidentiel Pastef dont la tête de liste fut Ousmane Sonko, la coalition « Takku-Wallu Sénégal » avec comme tête de liste l’ancien président de la République Macky Sall, la coalition « Jam Ak Njeurin » dirigée par le candidat arrivé deuxième à la dernière présidentielle, Amadou Ba et la coalition « Sam Sa Kaddu » avec comme tête de liste Barthelemy Dias, le maire de Dakar d’alors.
Selon la décision du Conseil constitutionnel numéro 20/E/24 publié, le mercredi 27 novembre 2024 et prononçant les résultats officiels des élections législatives du 17 novembre, Pastef a été classé largement devant avec 1 991 770 voix et 130 députés. La coalition « Takku-Wallu Sénégal » est arrivée en deuxième position avec 16 députés. Cette coalition a eu 531 466 voix. La coalition « Diam Ak Njarin » dirigée par Amadou Bâ a eu 330 865 voix et 7 députés. La coalition « Sam Sa Kaddu » dirigée par Barthelemy Dias a eu 3 députés. La coalition « La Marche des territoires/ Andu-Nawlé » dirigée par Maguette Sène s’est retrouvée avec 2 députés.
D’autres listes ont eu un député chacune grâce au plus fort reste : « Sénégal Kesé » avec Thierno Alassane Sall, « pôle Alternative 3ème voix Kiraay natangué » avec Birama Mangara, « And Ci Koolute Nguir Sénégal (Aks) » de Abdoul Karim Sall ; l’Entité Indépendante Les Nationalistes/Jel Linu Mom » de Papa Tahirou Sarr et de la coalition « And Bessal Sénégal » avec Abdoulaye Sylla.
Par Oumar KANDE

