Les 3 000 récupérateurs présents à Mbeubeuss vont tirer profit de la réhabilitation de la décharge. Le Projet de promotion de la gestion intégrée et de l’économie des déchets solides (Promoged) a, en effet, mis en place un dispositif destiné à les accompagner vers une insertion dans les nouvelles filières de gestion des déchets ou une reconversion professionnelle.
La réhabilitation de la décharge de Mbeubeuss, située dans le département de Keur Massar, s’accompagne d’un important volet social. La direction du Projet de promotion de la gestion intégrée et de l’économie des déchets solides (Promoged), saisie par « Le Soleil », explique avoir élaboré un Plan d’action et de réinstallation (Par) ainsi qu’un Plan de restauration des moyens de subsistance (Prms) pour accompagner les quelque 3 000 récupérateurs recensés.
Selon le projet, le Plan de restauration des moyens de subsistance repose sur trois options clairement définies et proposées aux récupérateurs en fonction de leurs profils, de leurs compétences et de leurs choix personnels.
En premier lieu, il s’agit de leur insertion dans les nouvelles infrastructures de traitement des déchets. Deuxièmement, il est prévu leur intégration dans les filières porteuses de valorisation. Enfin, une reconversion vers d’autres corps de métiers leur est proposée.
Pour faciliter cette transition, le Promoged indique avoir recruté une structure facilitatrice spécialisée et ouvert un bureau de proximité. « Sa mission consiste à accompagner, de manière participative, l’identification, la co-construction et la mise en œuvre de solutions durables d’insertion économique et de reconversion professionnelle », précise la direction dans un document.
Le Promoged souligne également que de nombreux récupérateurs participent au processus. « Plusieurs ont été recrutés en tant que relais facilitateurs. Ces derniers jouent un rôle clé dans la mobilisation, l’information, la remontée des préoccupations et l’appropriation des dispositifs mis en place », fait savoir la structure.
Pour les personnes qui souhaitent quitter définitivement le secteur des déchets, le Promoged annonce un accompagnement spécifique. Il comprend des formations qualifiantes, un appui à la création d’activités génératrices de revenus ainsi qu’un accompagnement social et sanitaire.
« Un plan de formation a été élaboré et sera mis en œuvre durant ce premier semestre de l’année 2026 », indique la direction. Sur les risques d’exclusion, le Promoged assure avoir prévu des garde-fous. « Des mécanismes transparents de suivi social et de gestion des plaintes et recours sont opérationnels et permettent de traiter rapidement toute préoccupation ou situation de marginalisation », souligne-t-il.
En outre, le Promoged insiste sur la philosophie qui guide cette réforme. « La réhabilitation de la décharge de Mbeubeuss est conçue comme une réforme structurante et inclusive, transformant progressivement une activité informelle et à haut risque en opportunités économiques durables, tout en assurant la protection des enfants et des personnes vulnérables », lit-on dans le document.
Les récupérateurs craignent pour leur avenir
À Mbeubeuss, décharge exploitée depuis 1968, la réhabilitation suscite de fortes inquiétudes chez les récupérateurs. Arona Niasse, président de l’Association des récupérateurs de Mbeubeuss, joint au téléphone, redoute la disparition progressive de leur activité. « Sur plus de 3 000 récupérateurs qui travaillent ici depuis des années, seuls 500 seront recrutés dans le cadre du projet. Cela signifie que la majorité risque de se retrouver sans moyens de subsistance », déplore-t-il.
D’après lui, la réhabilitation a créé plus de problèmes qu’elle n’en a réglés. « Nos espaces de travail se sont réduits ; ce qui entraîne un manque à gagner. Nous souffrons toujours des dangers sanitaires et environnementaux liés à la décharge. Nous ne sommes pas à l’abri de maladies comme le cancer », affirme M. Niasse. Le président de l’Association des récupérateurs lance enfin un appel aux pouvoirs publics. « Nous demandons à l’État de nous appuyer afin de créer des coopératives d’habitat », souligne-t-il.
Babacar Guèye DIOP
