L’ancien ministre, qui avait promis de rentrer au Sénégal, peut être arrêté à tout moment.
La Commission d’instruction de la Haute Cour de Justice a émis un mandat d’arrêt international
contre Me Moussa Bocar Thiam.Mieux ou pire, le Bureau central national d’Interpol, la police des
polices, a été saisi pour exécution. Avant d’en arriver là, la Commission d’instruction avait émis un mandat de comparution puis un mandat d’amener contre Me Moussa Bocar Thiam. Les
mandats revenus tous les deux infructueux, la Commission d’ins‐ truction a décidé de passer à
l’étape supérieure
Il ressort du dossier de mise en accusation que par lettre du 05 août 2025, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, avait saisi le président de l’Assemblée na‐ tionale à cet effet.
Il résulte des pièces que, dans le courant du mois de mars 2024, l’Etat du Sénégal, à travers le mi‐ nistère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique dirigé à l’époque par Me Moussa Bocar Thiam, avait
consenti à la société Ewan Assets une concession d’exploitation du Parc des technologies numé‐ riques du Sénégal pour une durée de vingt ans, moyennant le paiement d’une redevance fixée à 15 000 000 d’euros.
A la suite du versement par le concessionnaire de la somme de 5 000 000 d’euros, représentant le tiers de la redevance, sur le compte de Senegal connect, le ministre Moussa Bocar Thiam a, par trois correspondances da‐ tées des 22 et 27 mars 2024, donné instructions à Bassirou Abdoul Ba, coordonnateur du Parc des Technologies numé‐ riques du Sénégal, de mettre en urgence une partie des fonds à la disposition du ministère. Ces ins‐ tructions se sont traduites par l’émission de trois chèques d’un montant global de 2 351 790 600
Fcfa, correspondant aux sommes mentionnées dans les correspondances précitées.
Il ressort des courriers susvisés que les fonds ainsi mobilisés étaient destinés au financement
de travaux à réaliser au Parc des technologies numériques du Sénégal par Aminata Marie Samaké, responsable des sociétés Romou Sasu et Sortracorp Sas, en perspective de la visite de
Macky Sall alors Président de la République.
L’enquête diligentée sur ce dos‐ sier par la Section de recherches de Dakar a révélé que ces tra‐ vaux n’ont pas été intégralement réalisés et n’ont fait l’objet d’aucune procédure de passa‐ tion de marché, conformément aux exigences du Code des marchés publics. Un écart significatif a été relevé entre les montants payés et le coût des ouvrages effectivement exécutés. En effet,
les investigations et études géo‐ techniques effectuées sur le site avec le concours de structures spécialisées, notamment l’Ageroute, ont mis en évidence plusieurs anomalies et n’ont pas
permis d’identifier la plateforme de 650 mètres de long et 27 mètres de large, objet d’une facturation de 901 355 000 Fcfa au profit de la société Romou Sosu.
Par ailleurs, aucune procédure d’appel d’offres n’a été engagée et qu’il ressort des éléments du
dossier que l’ancien ministre avait directement contacté Ami‐ nata Marie Samaké. Ni la Cellule
de passation des marchés ni la Commission des marchés du ministère, encore moins les or‐ ganes étatiques de contrôle compétents (Dcmp, Arcôp),
n’ont été saisis du dossier, et les sociétés bénéficiaires ne figuraient pas parmi les entreprises attributaires régulièrement im‐ matriculées.
L’exploitation des différents do‐ cuments produits, des études techniques menées sur le site et
l’analyse du coût estimatif global ont permis d’évaluer les travaux (routes et autres plateformes) du Parc des technologies numé‐ riques du Sénégal à la somme de 875 327 834 Fcfa, faisant apparaî‐ tre un écart de 1 476 462 766 Fcfa.
Devant les gendarmes, Aminata Marie Samaké avait indiqué avoir effectivement été contactée par Moussa Bocar Thiam à la fin de l’exercice 2023 pour la réalisation du projet à Diamniadio. Elle a
confirmé avoir reçu de la Directrice de l’administration générale et de l’équipement (Dage), les trois chèques libellés au nom du ministère, émis sur instructions de l’ancien ministre et endossés au profit de ses deux sociétés, spécialisées dans les travaux publics et les prestations de services. Madame Samaké avait également souligné avoir exécuté les travaux convenus, et que l’ancien ministre lui avait précisé qu’il ne s’agissait pas de marché public, mais plutôt de fonds provenant d’un financement extérieur.
Parallèlement, Bassirou Abdoul Ba, coordonnateur du Parc des technologies numériques du Sénégal à l’époque des faits en cause, avait confirmé que son service avait, à la demande de Moussa Bocar Thiam, émis les chèques au nom du ministère, en
précisant que ces instruments de paiement avaient été récupérés par la Dage.
Cette dernière a reconnu, à son tour, avoir remis, sur instructions de Moussa Bocar Thiam et contre décharge, les chèques au coursier envoyé par la responsable des sociétés impliquées, en soutenant que Madame Samaké avait travaillé directement avec l’ancien ministre.
L’enquête a, par ailleurs, révélé l’acquisition de biens ainsi que des opérations de dépôt et de retrait de fonds à hauteur de 796 186 442 Fcfa. D’où la mise en accusation de Me Moussa Bocar
Thiam pour association de mal‐ faiteurs, détournement de de‐ niers publics portant sur la
somme de 1 476 482 766 Fcfa et blanchiment de capitaux.
CMG, Libération

