La quête d’Afrique – le titre du livre de Manthia Diawara (1998) – de Du Bois requalifie, d’une part, l’histoire universelle pour dénoncer l’expropriation et la disqualification de l’Afrique, des Africains et des Noirs du récit historique et, d’autre part, elle restitue au continent sa contribution à la réalisation de la condition humaine. Les opérations historiographiques mises en œuvre consistent à repérer et combler la béance laissée par l’absence de l’Afrique en retournant aux archives délaissées par l’historiographie européenne. L’indispensable travail historique qui établit la communauté noire et légitime ses revendications et décline sa contribution à l’histoire de la réalisation continue de la condition humaine.
Entre The Star of Ethiopia (1913) et Black Folk Then and Now, Du Bois poursuit son entreprise en publiant ces brochures. Il souligne avec acuité que la civilisation ne naît jamais de races isolées, mais bien de contacts répétés entre peuples et du développement de ce qui est étrange ou inconnu. Il rappelle qu’en raison de son isolement géographique – mers, montagnes, déserts –, l’Afrique a dû affronter seule les défis de la nature, n’accueillant l’extérieur que par quelques accès soigneusement contrôlés. Dans le premier, Africa, Its Geography, People and Products, il réitère le statut de berceau de l’humanité du continent de son « importance suprême » pour le « monde grec », « l’Empire romain » et « les mondes modernes, européen et américain » (Du Bois 1030 : 1). Il fait ensuite l’état des connaissances géographique, climatique, démographique, politique et économique sur l’Afrique et propose une interprétation de leurs effets sur « la civilisation africaine » (Du Bois 1930 a : 5). La seconde brochure, Africa. Its Place in Modern History ouvre sur la continuelle importance de l’Afrique dans l’histoire du monde depuis l’Antiquité. La preuve de la place centrale occupée par le continent dans l’histoire antique (Semper novi quid ex Africa du proconsul romain) et moderne (la cause première du terrible retournement civilisationnel causée par la guerre 1914-1918), illustre la place du continent noir dans l’histoire moderne (Du Bois 1930 b : 35).
Le Musée des civilisations noires est une nouvelle page de cette longue histoire de la recomposition de l’histoire des communautés noires et de leur réintroduction dans l’histoire universelle. Il est le lieu où se réalise la double opération de l’unité culturelle africaine et du dévoilement des continuités, discontinuités et des ruptures créatives, en Afrique et au sein des diasporas africaines. Autant de manifestations qui sont les expressions des multiples imaginations de l’Afrique. Le musée est un appel au remembrement (remember) des fragments épars (dismember) de l’Afrique et de ses diasporas, pour reprendre les images du romancier kényan Ngugi Wa Thiong’o (Wa Thiong’o 2009). Il est le lieu de la recomposition et de la recréation par le son, les textes, les couleurs, le rythme, la récitation et le geste, des civilisations noires, dans le dialogue et la confrontation des civilisations en devenir.
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