S’exprimant ce vendredi à l’Assemblée nationale, la ministre de la Justice Yassine Fall a dressé un bilan sévère du fonctionnement du Pôle Judiciaire Financier (PJF), avant d’annoncer une réforme déjà approuvée par le président de la République. Malgré l’ambition affichée par le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye en faveur d’une justice économique et financière efficace, les résultats du PJF demeurent, selon la ministre, « en deçà des attentes légitimes du peuple sénégalais ». L’analyse des rapports mensuels et trimestriels de la juridiction révèle un constat accablant : depuis 2024, aucune affaire de détournement de deniers publics ni de blanchiment de capitaux n’a été jugée. Les seuls dossiers ayant abouti à une décision concernent des infractions de droit commun: trafic de migrants, trafic de drogue, escroquerie ou abus de confiance sans lien avec la mission première de cette juridiction spécialisée.
Cette inertie a eu des conséquences directes. Les retards accumulés dans le traitement des procédures ont conduit, dans plusieurs cas, à la remise en liberté de mis en cause, au détriment des victimes et de la crédibilité de l’institution. La ministre a également pointé une anomalie de communication : des statistiques internes, non encore officiellement transmises au ministère, ont circulé dans la presse, un fait qui « nécessite des éclaircissements ».
Face à cette situation, Yassine Fall a indiqué avoir personnellement saisi l’Inspection générale des Services judiciaires pour une inspection approfondie visant à identifier les causes des dysfonctionnements. Elle a par ailleurs rappelé avec fermeté qu’il ne saurait être toléré que des magistrats bénéficiant d’indemnités spéciales liées à une charge de travail accrue produisent des résultats inférieurs à ceux de leurs collègues des juridictions ordinaires, moins rémunérés.
Pour corriger le tir, le gouvernement a engagé une réforme structurelle du PJF. Un décret, soumis par la ministre et approuvé par le président de la République, prévoit de relever significativement le seuil de compétence de la juridiction, qui passerait de 50 millions à 500 millions de francs CFA. L’objectif est de recentrer le Pôle sur les grandes affaires économiques et financières, tout en rationalisant la répartition des compétences avec les juridictions de droit commun pour les infractions connexes comme le trafic de drogue ou de migrants.

