mercredi, juin 19, 2024
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La culture commune de la dictature des chefs

par pierre Dieme

Le président de la République Macky Sall a plébiscité le maire de Ndiob Omar Ba pour diriger l’Association des maires du Sénégal (AMS) au détriment du directeur de l’AGETIP El Hadji Malick Gaye qui était le choix de la majorité des élus

Le président de la République Macky Sall a plébiscité le maire de Ndiob Omar Ba pour diriger l’Association des maires du Sénégal (AMS) au détriment du directeur de l’AGETIP El Hadji Malick Gaye qui était le choix de la majorité des élus. Cette décision unilatérale du chef de l’État n’est pas simplement l’apanage de l’APR. Le PS, l’AFP, le PDS et même le PASTEF sont quasiment dans les mêmes travers de la dictature du chef concernant les décisions qui engagent la vie des formations politiques.

Quel est le dénominateur commun entre la désignation du président de l’Assemblée nationale Amadou Mame Diop et celle du nouveau président de l’Association des maires du Sénégal Omar Ba, maire de Ndiob dans la région de Fatick ?

Manifestement la réponse sonne comme une évidence : le président de la République Macky Sall qui a choisi ces deux élus dont les élections n’ont ni les mêmes envergures ni les mêmes conséquences par rapport aux enjeux du pays, mais qui renseignent de l’État de la démocratie interne dans les partis politiques, à commencer par le parti présidentiel.

En effet, sur l’élection du président de l’AMS qui est la plus actuelle, il y avait, il faut le noter, près de 14 candidats. Et parmi ces prétendants, il y en avait un qui faisait presque l’unanimité au sein des maires de la mouvance présidentielle en la personne du directeur de l’AGETIP El Hadji Malick Gaye, maire de Ndiandane dans le département de Podor. Cette présidence était presque acquise pour lui. Mais à la surprise générale, le président de la République lui a demandé de se retirer au profit du maire de Ndiob, Omar Ba .

Et s’il y a une chose que cette décision de Macky Sall confirme, c’est qu’il est l’alpha et l’oméga au sein de la mouvance présidentielle. La base n’a pas son mot à dire. Le chef de l’Etat Macky Sall a réussi, comme Lénine avec le parti communiste russe, à faire de l’APR une structure ultra-centralisée, hiérarchisée et totalement dévouée à son chef.

Depuis le début de son règne, ses décisions, que ça soit sur le plan de la désignation des élus, des personnes nommées, sont rarement remises en question. Il règne en souverain au sein de l’APR et de la mouvance présidentielle. Et l’illustration la plus parfaite est qu’on est à quelques mois d’une élection présidentielle, et jusqu’à présent, c’est l’omerta sur le prochain candidat. Et toutes les velléités au sein de son alliance sont tuées dans l’œuf. Et à part quelques récalcitrants, personne n’ose ramer à contre-courant de son «ni oui ni non ».

Et sur ce plan, comme ses prédécesseurs, Macky Sall n’a pas fait évoluer les mentalités et les pratiques de « chef de parti omnipotent » qui sont une survivance de l’époque du parti unique. Rien de révolutionnaire à mettre à son actif sur cet aspect. Etil n’est pas le seul d’ailleurs au sein du paysage politique à diriger de main de maître son parti.

Le fonctionnement du PASTEF du président Ousmane Sonko subodore les mêmes tares observées au sein de l’APR, à savoir des décisions non concertées prises par le chef. En effet, alors que plusieurs militants attendaient un congrès pour restructurer cette formation politique créée en 2014, c’est un communiqué qui est servi récemment pour désigner les membres du nouveau bureau. Le maire de Ziguinchor a nommé des secrétaires généraux sans qu’il y ait une consultation globale de la base du PASTEF. D’autant que la désignation des candidats pour les mairies etla confection des listes pour les élections législatives ont causé beaucoup de frustrations au sein de cette formation politique. Mais là aussi visiblement, c’est l’ex-inspecteur des Impôts qui estla tour de contrôle, même si plusieurs cadres affirment le contraire.

En finir avec le messianisme politique

Dans le même ordre d’idées, il faut dire que les partis dits historiques ont éclaté à cause de ces mêmes insuffisances de pluralité d’opinions. Si le PS est dans l’agonie, c’est à cause de ces genres de problèmes. Aux divergences issues du congrès de 1996 qui a fini par affaiblir le parti avec les départs mouvementés de Moustapha Niasse et de feu Djibo Leyti Ka s’ajoutent celles qui sont plus récentes avec les départs des personnalités de premier plan comme Khalifa Sall, Barthélemy Dias ou encore Aissata Tall Sall. Même son de cloche pour le PDS qui a perdu son lustre d’antan et plusieurs de ses barons à cause de l’entêtement du président Abdoulaye Wade à mettre son fils au-devant.

Si l’envergure des partis Rewmi et de l’AFP s’est effritée aussi, c’est à cause de dissidences qui résultent de la suprématie des chefs de ces formations politiques. Pour la plupart en outre, les congrès et les renouvellements des bureaux des partis politiques sont juste des simulacres d’élection pour faire passer des décisions impopulaires et un personnel politique qui ne fait pas l’unanimité.

Mamadou Mbakhé NDIAYE

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