Thierno Hady Ndao, premier accusé à passer devant la chambre criminelle du Pool judiciaire financier (Pjf) risque 10 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs et trafic international de drogue.
Vêtu d’un djellaba blanc froissé, Thierno Hady Ndao se tient debout devant le prétoire, le regard tantôt fuyant, tantôt fixé sur les juges. Dans la solennité, sa silhouette tranche avec l’atmosphère qui entoure l’ouverture de ce procès. Arrêté et placé sous mandat de dépôt courant 2025, ce jeune homme, né en 2000, est le premier accusé à comparaître devant la chambre criminelle du Pool judiciaire financier (Pjf), dont les audiences ont officiellement démarré le mercredi 1 avril 2026. Poursuivi pour association de malfaiteurs et trafic international de drogue, il risque une peine de 10 ans de réclusion criminelle.
L’accusé, qui a fait neuf mois de détention préventive, a été arrêté à la suite d’une information anonyme faisant état d’un intense trafic de drogue à Ouest Foire. Une descente sur les lieux a permis aux enquêteurs de trouver sur lui une quantité d’ectasy, drogue communément appelée «Souss». Dix-sept képas conditionnés de cette drogue, du chanvre indien en vrac ainsi que du haschich ont été aussi trouvés dans sa chambre à la suite d’une perquisition.
Entendu sur procès-verbal, Thierno Hady Ndao a reconnu s’adonner au trafic de drogue, précisant que c’est le Gambien Mouhamed Ba qui est son fournisseur. Il avait même révélé que ses clients sont éparpillés à Dakar. Devant le juge d’instruction, il a confirmé ses déclarations faites à l’enquête. Il a toutefois précisé qu’il ne se rendait pas lui-même en Gambie, mais on lui envoyait la drogue. D’après l’accusé, son fournisseur dissimulait la marchandise dans des pots de mayonnaise, remis ensuite à un chauffeur assurant la navette entre les deux pays.
Trafiquant ou consommateur ?
Il a également révélé que, lors de son dernier ravitaillement, il avait acquis 100 comprimés d’ecstasy pour un montant de 100 000 FCfa. Devant la barre, hier, M. Ndao s’est complètement dédit en revenant sur l’ensemble de ses déclarations faites à l’enquête préliminaire et devant le magistrat instructeur. Il a tout de même reconnu qu’il est consommateur. A l’en croire, il a été arrêté avec seulement deux grammes de haschich et trois pièces de poudre d’ectasy destinés à sa consommation personnelle.
«J’avais acheté ces drogues pour lutter contre l’insomnie. A chaque fois que je prends cette drogue, je dors bien», a fait savoir M. Ndao, reconnaissant qu’il fume de temps en temps du chanvre indien. Dans son réquisitoire, le maître des poursuites a soutenu que l’accusé a fait des dépositions contradictoires qui font ressortir une volonté manifeste de cacher la vérité.
Convaincu de la constance des faits, il a requis 10 ans de réclusion criminelle. Un réquisitoire jugé sévère par l’avocat de la défense. La constance dans ce dossier, explique-t-il, est que son client détenait de la drogue. «Celle-ci était destinée à sa consommation personnelle». Or, ajoute la robe noire : «quand on parle de trafic international de drogue, les quantités sont évaluées en kilogrammes et non en gramme».
Estimant que l’instruction n’a pas permis de caractériser les éléments constitutifs d’un trafic international de drogue, l’avocat défenseur a demandé la disqualification des faits en détention de drogue en vue de la consommation personnelle et sollicité l’application bienveillante de la loi. Par rapport à l’association de malfaiteurs, il a plaidé l’acquittement, soutenant qu’aucune entente préalable entre l’accusé et un autre individu n’a été établie. La chambre criminelle rend son délibéré le 13 mai prochain.
Aliou DIOUF

