Au King Fahd, on croyait assister à la naissance d’un parti. En réalité, c’est le pronom possessif qui a décroché la carte de membre numéro un.
« Sama » par-ci, « Sama » par-là. Sama tool, Sama récolte, Sama mil, Sama famille… À la fin du discours, on se demandait si le micro n’allait pas lui-même réclamer son « Sama ».
À force de semer du « moi », difficile de récolter du « nous ». Le meeting avait des airs d’exploitation agricole où chaque épi semblait porter une seule étiquette : propriété du locataire de la tribune.
Et comme si les mots ne suffisaient pas, certains verront même dans le logo au parapluie un clin d’œil involontaire à cette mise en scène du pouvoir : un parapluie au-dessus de tous, comme si un seul homme tenait le manche pendant que les autres se contentaient d’attendre l’abri. Une lecture symbolique, certes, mais qui nourrit l’impression d’un leadership fortement personnifié.
Les grands discours politiques ressemblent à des phares : ils éclairent un horizon collectif. Celui-ci évoquait davantage un miroir soigneusement orienté vers son unique reflet. À chaque phrase, le « nous » reculait d’un pas, pendant que le « moi » prenait toute la lumière.
Il existe des orateurs qui soulèvent les foules. Et puis il existe des discours qui soulèvent surtout les sourcils. Au King Fahd, le public attendait un cap ; il a parfois eu le sentiment d’assister à un interminable inventaire personnel.
Un parti naît normalement autour d’une idée, d’une vision, d’un destin commun. Ce jour-là, les mauvaises langues diront que le véritable président de séance s’appelait… « Sama ». Le programme attendra ; le pronom possessif, lui, avait déjà obtenu la majorité absolue.
Malick BA

