Après plus d’une décennie passée au sein de la coalition Benno Bokk Yakaar, le Parti socialiste (PS) avait engagé une réflexion destinée à retrouver son autonomie politique et à envisager une participation sous sa propre bannière aux prochaines échéances électorales. À travers la création d’une Commission nationale de relance, l’ancienne formation au pouvoir affichait sa volonté de se réinventer, de renouveler ses instances dirigeantes, d’attirer de nouveaux militants et de retrouver une place centrale dans le paysage politique sénégalais.
Toutefois, cette dynamique de refondation est aujourd’hui fragilisée par de profondes dissensions internes qui secouent le parti fondé par Léopold Sédar Senghor. À l’approche des élections locales de 2027, ces tensions risquent de compromettre les ambitions de reconquête politique affichées par ses dirigeants.
Affaibli par l’absence d’un leadership clairement identifié et réduit depuis 2012 à un rôle d’allié au sein de Benno BokkYakaar, le Parti socialiste avait entrepris, au lendemain de l’alternance de 2024, un vaste chantier de repositionnement destiné à préparer son avenir. Cette démarche visait à tourner la page d’une longue période d’alliance afin de poser les fondements d’un nouveau projet politique.
C’est dans cette optique que le porte-parole du parti, Abdoulaye Wilane, avait annoncé en 2025 la création d’une commission spéciale chargée de conduire un processus inclusif de relance et de refondation. Cette initiative devait permettre au PS de retrouver son influence politique tout en se préparant activement les importantes échéances que représentent les élections locales de 2027 et la présidentielle de 2029.
La mission confiée à cette commission était clairement définie. Elle consistait à traduire les intentions en réalisations afin de renouveler les structures du parti, de favoriser l’émergence d’une nouvelle génération de cadres, de redynamiser son fonctionnement et de lui permettre de retrouver son rôle historique qui fut longtemps le sien dans la vie politique nationale.
Mais cet élan s’est peu à peu heurté à une contestation interne de plus en plus visible. L’apparition du manifeste « Dundal PS » a révélé l’existence de divergences profondes entre la direction actuelle, conduite par Aminata Mbengue Ndiaye, et une partie des responsables et militants. Les initiateurs de ce mouvement dénoncent un manque de transparence dans la gestion du parti et remettent en cause, la manière dont est conduit le processus de relance.
Le principal sujet de discorde porte sur le rapport élaboré par la commission de relance. Les contestataires reprochent à la direction de n’avoir pas partagé son contenu avec l’ensemble des instances concernées, voyant dans cette attitude, une volonté d’imposer des orientations sans concertation suffisante. Une accusation que les dissidents présentent comme le symbole d’un déficit de gouvernance interne.
En dépit des multiples alertes et correspondances adressées à la direction dès le début du mois de mars, les tensions ont continué à s’aggraver. Ce qui semblait initialement relever d’un simple désaccord sur la méthode s’est progressivement transformé en une véritable crise politique interne.
Cette situation intervient à un moment crucial pour le Parti socialiste. Alors que la formation cherchait à reconstruire son identité et à préparer un retour en force sur la scène politique nationale, les divisions actuelles risquent de freiner cette dynamique. Si aucun compromis n’est trouvé, elles pourraient affaiblir davantage le parti et réduire ses chances de concrétiser son ambition de participer seul aux prochaines échéances électorales.
Ousmane GOUDIABY
Sud quotidien

