L’Observateur national des lieux de privation de liberté a levé le voile sur les défis persistants dans les lieux de détention au Sénégal. Lors de la présentation de ses rapports annuels 2024 et 2025, son président, Madiaw Diaw, a indiqué que les 37 établissements pénitentiaires du pays ont tous été visités au moins deux fois depuis la création du mécanisme national de prévention. Il a toutefois précisé que certaines cellules de garde à vue récemment mises en service n’ont pas encore fait l’objet de visites, l’institution privilégiant des inspections lorsque les structures fonctionnent pleinement afin d’évaluer leurs conditions réelles.
Abordant la question sensible de la torture, Madiaw Diaw a adopté un ton mesuré, rappelant que seule l’autorité judiciaire est compétente pour qualifier juridiquement de tels faits. Il a néanmoins révélé que l’ONLPL a recensé deux situations qu’il considère comme assimilables à des cas de torture, notamment dans les affaires de Foundiougne et de Nioro. Dans ces dossiers, des rapports circonstanciés ont été transmis aux autorités compétentes, accompagnés de recommandations demandant des sanctions disciplinaires et administratives contre les agents concernés.
Le président de l’ONLPL a insisté sur le fait que son institution n’a pas vocation à sanctionner, mais à prévenir les actes de torture et les mauvais traitements. Selon lui, chaque cas signalé constitue un échec pour le mécanisme de prévention, soit parce que les recommandations n’ont pas été formulées à temps, soit parce qu’elles n’ont pas été appliquées par les autorités compétentes. Il a réaffirmé que l’objectif de l’Observateur est d’empêcher toute violation des droits des personnes privées de liberté et de veiller au respect des normes nationales et internationales.
Sur les conditions de vie en prison, Madiaw Diaw a reconnu les efforts consentis par l’État, notamment en matière d’alimentation. Il a rappelé que la dotation journalière par détenu est passée de 300 francs CFA à 1 300 francs CFA, une évolution qui, selon lui, a permis d’améliorer la prise en charge des personnes incarcérées. Les principales critiques recueillies lors des visites concernent davantage la qualité des repas; jugés parfois trop salés, trop pimentés ou trop gras; que leur quantité. Il a également souligné que, dans plusieurs établissements, le personnel partage les mêmes repas que les détenus.
Toutefois, le président de l’ONLPL a averti que la surpopulation carcérale demeure un facteur majeur de dégradation des conditions de détention. Lorsqu’un établissement conçu pour accueillir un certain nombre de détenus en reçoit beaucoup plus, les ressources prévues deviennent insuffisantes, notamment pour l’alimentation. Face à cette réalité, l’ONLPL affirme poursuivre son travail de veille, de recommandations et de dialogue avec l’administration pénitentiaire afin d’améliorer durablement les conditions de détention et de prévenir toute atteinte aux droits fondamentaux des personnes privées de liberté.

