À Dakar, le mois de ramadan transforme profondément le visage de la capitale sénégalaise. Loin de l’effervescence habituelle, les rues sont désertes, les étals disparaissent et l’activité économique, notamment celle du petit commerce et de la restauration informelle, est au point mort. Un ralentissement qui plonge dans le désarroi des milliers de travailleurs et met en lumière la détresse des personnes ne pouvant pas jeûner.
Dans les quartiers populaires de la banlieue dakaroise, l’ambiance n’est plus la même. Aux abords du stade Léopold Sédar Senghor, comme à Grand Médine ou au rond-point des 26 mètres, les gargotes et restaurants de fortune qui bordent l’axe routier jusqu’à la station du BRT ont mis la clé sous le paillasson. Les rares établissements encore ouverts ne fonctionnent qu’au ralenti, exclusivement en soirée pour la rupture du jeûne.
« Nous traversons des moments très compliqués », confie Sokhna T., propriétaire d’un petit restaurant. « Nos clients, pour la plupart des jeunes travaillant dans les petits métiers (mécaniciens, menuisiers, réparateurs), restent chez eux. Nous devons pourtant faire face aux charges : loyer, école des enfants, factures d’eau et d’électricité, et bientôt les dépenses de la Tabaski. Beaucoup d’entre nous ont carrément préféré baisser le rideau jusqu’à la fin du mois. »
Les rues, d’habitude animées par les vendeurs ambulants, offrent désormais un spectacle de désolation. Plus un seul vendeur de café en journée, plus de beignets, et surtout, plus de vendeuses de sachets d’eau fraîche, ces « Ndeye takk » qui rythment la vie des artères dakaroises. Leur absence est le symbole le plus frappant de cette mise en veille économique.
Mais au-delà des pertes financières, c’est le quotidien de certaines personnes qui devient un véritable calvaire, celui des « non-jeûneurs ».
Parmi eux, Moussa, un jeune mécanicien, ne peut pas observer le jeûne pour des raisons de santé. Chaque jour, pour lui, est une épreuve. « Je ne trouve aucun endroit pour prendre mon déjeuner. Tous les gargotes sont fermées ou n’ouvrent que le soir. Je suis obligé d’acheter des biscuits ou du pain pour tromper ma faim, mais ce n’est pas suffisant pour tenir toute une journée de travail. C’est très dur, on se sent oublié. »
Un peu plus loin, Amet Diallo, vendeur de café, a déjà plié bagage avant 11 heures, faute de clients. Une scène qui se répète dans une ville où, habituellement, on trouve à manger à toute heure du jour et de la nuit.
Ce paradoxe dakarois, où l’abondance laisse place à la pénurie pendant un mois, met en lumière la fragilité du secteur informel et l’absence d’alternatives pour ceux qui, pour des raisons médicales, professionnelles ou personnelles, ne jeûnent pas et peinent à se nourrir dignement en plein jour.
En attendant la fin du mois sacré, commerçants et « non-jeûneurs » tentent de s’adapter, priant pour que l’activité économique redémarre rapidement après l’Aïd.
LAMINE DIEDHIOU

