Au royaume de la Fédération sénégalaise de football, l’art favori n’est pas de gagner des Coupes du monde. Non. C’est de fabriquer un coupable unique dès que le navire prend l’eau.
Après le naufrage des Lions au Mondial 2026, le verdict est tombé à la vitesse d’un carton rouge : Pape Thiaw doit porter seul la croix. Comme si les trois défaites, les cafouillages organisationnels, les polémiques internes, les tensions autour des primes et le climat délétère avaient été l’œuvre d’un seul homme.
Quelle admirable mise en scène !
Quand tout va bien, les dirigeants paradent devant les caméras, distribuent les sourires et récoltent les applaudissements. Mais quand vient l’heure des comptes, ils découvrent soudain un bouc émissaire providentiel.
Oui, Pape Thiaw a certainement commis des erreurs. Des choix tactiques contestables, un coaching parfois déroutant et des décisions qui ont nourri les critiques. C’est le lot de tout entraîneur. Mais réduire tout le fiasco à son seul nom relève davantage de l’opération de communication que de l’autocritique.
Car où était la Fédération lorsque l’incertitude entourait toujours la situation contractuelle du sélectionneur ? Où était-elle lorsque les questions de primes alimentaient les discussions au lieu de laisser les joueurs se concentrer exclusivement sur le terrain ? Où était-elle lorsque les polémiques extra-sportives venaient perturber la sérénité de la tanière ?
Et que dire des révélations de presse faisant état d’une affaire impliquant un membre de l’intendance pendant la compétition ? Si ces informations sont exactes, elles témoigneraient d’un contexte loin d’être apaisé. Si elles sont inexactes ou incomplètes, la transparence aurait été le meilleur antidote aux rumeurs. Dans tous les cas, ce n’est pas le sélectionneur qui gérait ces aspects de l’organisation.
Le plus ironique est que ceux qui réclament aujourd’hui la tête de Pape Thiaw semblent oublier qu’ils sont les architectes du système qu’ils prétendent condamner. On ne peut pas construire une maison avec des fondations fissurées et accuser ensuite uniquement le peintre lorsque le plafond s’effondre.
Le problème dépasse un entraîneur. Il est structurel. Il touche la gouvernance, l’organisation, la préparation, l’anticipation et la capacité des dirigeants à assumer leurs propres responsabilités.
Faire tomber Pape Thiaw sans remettre en question ceux qui dirigent le football sénégalais reviendrait à changer le chauffeur d’un véhicule dont le moteur est déjà en panne.
Le courage politique ne consiste pas à désigner un fusible. Il consiste à reconnaître ses propres fautes.
Si Pape Thiaw doit partir parce qu’il a échoué, alors la logique voudrait que ceux qui ont piloté, administré et supervisé cet échec aient eux aussi la dignité d’en tirer les conséquences.
On ne nettoie pas une maison en changeant uniquement le paillasson.
Le football sénégalais mérite mieux qu’une chasse au bouc émissaire. Il mérite une véritable refondation de sa gouvernance, débarrassée des réflexes de protection, des jeux de clans et de la culture de l’irresponsabilité.
Car le Mondial 2026 n’a pas seulement révélé les limites d’un sélectionneur. Il a surtout mis à nu celles d’un système tout entier.
Malick BA

