Pendant des siècles, les Vikings ont sillonné les mers à bord de leurs célèbres drakkars, et martyrisé tout ce qu’ils croisaient sur leur passage. Ce 23 juin 2026, c’est sous les couleurs de la Norvège qu’ils se sont présentés pour mater le Sénégal, 3-2, et mettre à mal sa défense, qui est devenue une véritable passoire. Trois buts encaissés contre la France. Trois autres face à la Norvège. Et avant même le début de cette Coupe du monde, trois buts concédés contre les États-Unis lors d’un match amical. En l’espace de quelques semaines, le Sénégal a encaissé neuf buts en trois 4 rencontres, un bilan difficile à imaginer pour une sélection qui avait fait de sa solidité défensive sa principale marque de fabrique.
Pendant plusieurs années, les Lions ont bâti leurs succès sur une organisation rigoureuse, une discipline collective et une arrière-garde capable de résister aux plus grandes attaques. Aujourd’hui, cette certitude semble avoir disparu. Le contraste est saisissant. Lors de la CAN 2021 remportée au Cameroun, le Sénégal n’avait encaissé que 2 buts durant tout le tournoi (meilleure défense). Une performance qui avait largement contribué à la conquête du premier titre continental de l’histoire du pays.
Trois ans plus tard, lors de la CAN 2025 remportée au Maroc, les Lions avaient encore affiché une remarquable solidité en ne concédant que 3 buts sur l’ensemble de la compétition, tout en terminant avec cinq clean sheets.
Les qualifications pour le Mondial 2026 avaient également confirmé cette force défensive. Le Sénégal n’avait encaissé que trois buts en dix rencontres, tous contre la RD Congo. Les huit autres matchs s’étaient soldés par un clean sheet, preuve d’une maîtrise collective presque parfaite. Mais depuis le début de la Coupe du monde, le décor a changé. Quelque chose semble s’être brisé.
Koulibaly, symbole d’une défense en souffrance
S’il y a un joueur qui incarne cette baisse de régime, c’est bien Kalidou Koulibaly. Longtemps considéré comme l’un des meilleurs défenseurs de sa génération, le capitaine sénégalais traversait jusque-là les compétitions internationales avec une régularité impressionnante.
Face à la France comme contre la Norvège, le défenseur central est apparu moins serein qu’à son habitude. Placement parfois approximatif, interventions en retard, difficultés dans la gestion de la profondeur : les signaux d’alerte se sont multipliés. Néanmoins, il faut dire qu’avant le dernier match amical contre l’Arabie Saoudite le 9 juin 2026, il était resté deux mois sans jouer à cause d’une blessure.
Cependant, réduire les difficultés actuelles à la seule performance de Koulibaly serait injuste. Les problèmes semblent plus profonds. Les lignes sont souvent trop espacées, le milieu protège moins efficacement la défense et les adversaires trouvent beaucoup plus facilement des espaces entre les lignes.
Les buts encaissés ne sont pas uniquement le résultat d’erreurs individuelles. Ils traduisent surtout une fragilité collective inhabituelle.
Un problème mental autant que tactique
Le Sénégal donne parfois l’impression de perdre ses repères dès qu’il est mis sous pression. Face à la France, les Lions ont été sanctionnés sur plusieurs transitions rapides. Contre la Norvège, ils ont encore souffert dans la gestion des temps faibles. Cette équipe qui paraissait autrefois capable de fermer le jeu et de préserver un résultat semble désormais vulnérable à chaque accélération adverse.
La question mentale se pose également. Les attentes autour de cette génération sont immenses. Après les succès continentaux et plusieurs campagnes mondiales honorables, les Lions abordent chaque compétition avec le statut de favori africain. Une pression qui peut parfois peser lorsque les résultats ne suivent pas immédiatement.
L’Irak, le match de la dernière chance
Heureusement pour le Sénégal, tout n’est pas encore perdu. Les chances de qualification pour les seizièmes de finale existent toujours. Mais elles passent nécessairement par une réaction contre l’Irak ce vendredi 26 juin.
Au-delà du résultat, c’est surtout l’attitude défensive qui sera observée. Les Lions doivent retrouver les fondamentaux qui ont fait leur force : davantage de compacité, une meilleure protection devant la défense et une concentration de tous les instants.
Pape Thiaw devra également trancher certaines questions. Faut-il maintenir les mêmes hommes malgré les difficultés ? Faut-il modifier l’organisation tactique pour apporter davantage d’équilibre ? Les réponses devront être trouvées rapidement. Car dans une Coupe du monde, les marges sont infimes. Une défense fébrile peut ruiner les ambitions les plus élevées.
Le Sénégal possède encore le talent nécessaire pour poursuivre son aventure américaine. Mais pour y parvenir, les Lions devront redevenir ce qu’ils ont toujours été : une équipe difficile à battre. Face à l’Irak, il ne s’agira pas seulement de gagner. Il faudra surtout rassurer.
Car pour l’instant, le principal adversaire du Sénégal n’est peut-être pas l’équipe qui se présente en face, mais bien ses propres fragilités défensives. Et c’est là que ça devient vraiment embêtant.
Oumar Boubacar NDONGO

