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Home»Actualités»« L’économie sénégalaise étouffée par la rhétorique populiste », (Par Thierno Bocoum)
Actualités

« L’économie sénégalaise étouffée par la rhétorique populiste », (Par Thierno Bocoum)

Par Dakar Matin5 octobre 2025Aucun commentaire
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Le 1er août 2025, lors de la présentation du Plan de Redressement Économique et Social, le Premier ministre déclarait :

« Depuis que les constats ont été faits après les audits, tout le débat national tournait autour du FMI. Le FMI n’a pas décaissé, aurons-nous un nouveau programme avec le FMI ?. Ce que nous présentons aujourd’hui n’attend rien quasiment de personne sinon du peuple sénégalais. »

Et comme pour redéfinir à sa manière le souverainisme, le premier ministre explique qu’il ne recourra « au multilatéral, notamment au FMI, qu’en dernier ressort. »

Pourtant, au moment même où ces propos étaient prononcés, une demande officielle du gouvernement sénégalais avait été adressée au Fonds monétaire international en vue d’obtenir un nouveau programme d’appui. Autrement dit, ceux qui proclamaient publiquement n’avoir besoin du FMI qu’en dernier ressort sollicitaient déjà un accompagnement de l’institution pour financer un plan présenté comme intégralement endogène.

La Directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, a d’ailleurs confirmé cette démarche dans son communiqué du 3 octobre 2025 :

« J’accueille favorablement la demande officielle du Sénégal pour un nouveau programme appuyé par le FMI, qui témoigne de la forte détermination des autorités à faire avancer leur agenda de réformes économiques. Des discussions préliminaires sur les grandes lignes du futur programme se sont déjà tenues à Dakar en août et des négociations formelles devraient débuter lors des Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à la mi-octobre. »

Parallèlement, le FMI n’a pas soumis au vote une dérogation qui aurait permis au Sénégal d’accéder à de nouvelles liquidités.

Même si ce vote pourrait encore intervenir ultérieurement, son report traduit déjà une érosion préoccupante de la confiance et fragilise la position financière du pays.

La gestion de la dette dite cachée a contribué à cette perte de crédibilité.

En réalité, il est techniquement normal que des entreprises publiques contractent des dettes en leur nom propre. Celles-ci apparaissent dans leurs bilans, passent par les circuits bancaires notamment via la Banque centrale et ne sont donc pas occultes.

Le FMI n’a d’ailleurs jamais contesté ce principe, tant que la transparence est respectée et que la soutenabilité globale reste maîtrisée.

La véritable question réside ailleurs. Lorsqu’un État estime que certaines dettes d’entreprises stratégiques sont trop lourdes et risquent d’affaiblir leur fonctionnement, il peut choisir de les reprendre dans sa dette souveraine. Cette pratique est répandue et admise par les bailleurs. Encore faut-il que l’opération soit planifiée, progressive et non exposée brutalement sur la place publique comme une révélation scandaleuse.

De nombreux pays en ont donné l’exemple. La France a intégré plus de 35 milliards d’euros de dettes de la SNCF dans sa dette publique sans déclencher de panique financière.

De même, l’Afrique du Sud a repris plus de 13 milliards de dollars de dettes d’Eskom en 2023 dans le cadre d’un plan concerté avec ses partenaires financiers.

Ces économies disposent sans doute de bases plus solides que le Sénégal mais la méthode alliant transparence, progressivité et continuité des engagements demeure transposable.

Le problème n’est donc pas l’existence de ces dettes mais la manière politique, brutale et désordonnée dont elles ont été révélées, créant une rupture de confiance inutile avec les marchés et les bailleurs.

Ces expériences prouvent qu’il est possible d’intégrer des dettes dans la dette publique sans heurts dès lors que l’on choisit la pédagogie et la responsabilité au lieu du populisme.

Au Sénégal, le choix inverse a été fait. Une question technique a été transformée en scandale politique, la confiance des marchés a été rompue et les financements concessionnels bloqués.

Cette perte de crédibilité survient au moment même où le Plan de Redressement Économique et Social mise sur un financement endogène.

Cette option est illusoire car une économie en panne d’investissement et de croissance ne peut générer à court terme le recouvrement fiscal massif nécessaire pour compenser l’isolement.

Les émissions répétées d’emprunts sur le marché de l’UEMOA montrent aujourd’hui leurs limites. La hausse des taux d’intérêt traduit la méfiance croissante des investisseurs et le recours massif à ce guichet met en évidence un déficit criant de liquidité, incompatible avec l’ambition d’un véritable financement endogène.

Le chemin simple et crédible consistait à régulariser progressivement, maintenir les conventions avec le FMI, protéger la confiance des bailleurs et préserver la continuité de l’État.

Ce chemin a été ignoré au profit d’une posture militante et politicienne.

Le Sénégal paie aujourd’hui le prix de cette erreur, avec le genou sur la gorge et une économie asphyxiée.

Thierno Bocoum
Président AGIR-LES LEADERS

Dakar Matin
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