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mardi, mai 21, 2024
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Le refus de l’indifférence Par Adama Gaye*

par pierre Dieme

En Mars 2012, prenant le contrepied de tous les augures, je refusais de choisir entre la peste Wade et le choléra Macky dans une élection présidentielle où les sénégalais, abandonnant toute rationalité, tout souci de se distancer de l’alternative qui leur était offerte, décidèrent de porter au pouvoir celui dont ils savent tous maintenant qu’il n’était que la pâle copie en pire de son mentor, le destructeur de la nation qu’il remplaça. Combien osent douter de la préscience de ma posture d’alors ? Aucun. Aujourd’hui, je suis donc à l’aise pour appeler mes compatriotes à refuser l’autre cancer silencieux qui les ronge : cette indifférence totale alors que le pays s’éteint sous leurs yeux, entre les mains des crapules qui le pillent, en plus de ne savoir où mettre les pieds tant ils sont peu qualifiés pour le gouverner. La mise en place de ce qu’ils appellent un gouvernement de majorité présidentielle élargie, ou, alternativement, de retrouvailles de pieds-nickelés d’une prétendue famille libérale, plus constituée de forbans et flibustiers que de croyants en une idéologie d’ailleurs contestée, n’est que le dernier développement dans l’entreprise de démolition de la Maison Sénégal par la horde de pilleurs qui s’en est emparée.
Le refus de l’indifférence est le principal moteur de mon action. Je constate qu’il fait se lever les foules un peu partout. Pour s’opposer notamment dans les pays africains où la politique de la canonnière, le recours aux armes est la norme pour installer la peur dans les sociétés grippées par ailleurs par la pauvreté, le chômage, la pandémie et l’insécurité, sans compter la capture de leur souveraineté électorale. Regardez au Tchad, en Guinée-Conakry, en Guinée-Bissau, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Nigéria, en Tanzanie, en Ethiopie, bref, partout sur le continent, les libertés individuelles et collectives s’érodent. Sous la menace des armes. Il n’empêche, dans tous ces pays et au-delà, le besoin irrépressible de sortir pour contester le règne montant de la terreur crée des polarisations populaires, avec des foules, la rage aux dents, parfois, réunies dans un lien de parenté, comme chez les malinkés et les peuls, en Guinée, pour imposer leur volonté électorale. Qui n’a pas relu le choc des civilisations, diagnostiqué par Samuel Huntington, à la fin du siècle dernier, comme je viens de le faire, ne mesure pas la létalité de ce cocktail qui prend forme.
Les peuples ne peuvent plus rester indifférents. C’est pourquoi dès qu’Emmanuel Macron a eu la maladresse de sortir ses propos insultants envers le prophète de l’islam, des millions de personnes, du monde entier, sont sorties pour lui dire son fait et menacer la place de son pays dans le monde. En Biélorussie, malgré l’œil omniprésent de Moscou, rien n’y a fait : les foules exigent le respect de leur droit au changement de leader.
Qui n’est pas convaincu, pour mieux affirmer la montée de ce refus de l’indifférence, par les plus de 160 millions de citoyens américains à s’être rendus aux urnes pour ne pas se faire conter le scrutin le plus crucial de leur pays ? La majorité d’entre eux tenait à se débarrasser de Donald Trump, l’actuel locataire de la Maison Blanche. Ses positions suprêmacistes, son cynisme, son…indifférence face aux violences policières racistes contre les minorités américaines, ou encore ses dénis de réalités lourdes comme la pandémie du Covid19 et sa fermeture au reste du monde, ont fini par en faire un cas dont les américains savaient qu’il pourrait, s’il n’était chassé, leur rendre la vie encore plus misérable qu’elle ne l’est déjà.
Ils ont donc sortis en masse pour le lui signifier. Comme les Britanniques en 2016 l’avaient fait pour rejeter les conséquences négatives de la participation de leur pays dans un projet européen de plus en plus piraté par les Eurocrates de la Commission de Bruxelles.
Même les Hong-Kongais n’ont pas craint, parapluies en mains, de résister à l’intrusion chaque jour plus accrue de la Chine continentale dans leurs affaires locales.
Le Sénégal, hélas résiste à la vague du refus de l’indifférence. Ne parlons pas d’un Assane Diouf dont personne ne se préoccupe du sort ni de ce qu’il aurait été torturé jusqu’à être, rapporte-t-on, sur le point de perdre sa jambe. Qui s’offusque, plus gravement, des centaines de sénégalais, qui sont déjà morts, engloutis par les eaux, pendant qu’ils tentaient la traversée de l’Océan Atlantique vers des rivages plus cléments, pour échapper à la faillite économique, politique et sociale du pays ? Personne. D’autres morts viendront s’ajouter à cette macabre liste, tant l’horizon s’obscurcit et les perspectives se ferment pour des millions de sénégalais, jeunes et vieux, hommes et femmes, confondus, désormais les victimes de la gouvernance «sobre et vertueuse » qui a fini de vider de son sang, ses ressources naturelles et financières, un Sénégal à l’article de la mort.
J’invite les sénégalais à se ressaisir. C’est au nom de leur indifférence qu’une classe politique des plus médiocres a osé se jouer d’eux, leur impose des «deals» pour se servir sur les biens de la nation et continue de maltraiter quiconque ne courbe pas l’échine pour les laisser perpétrer leurs forfaits.
Quitter la coquille de l’indifférence, c’est d’abord devenir plus honnête, moins hypocrite, plus transparent, partager l’information et non s’y asseoir froidement dans des calculs cyniques ; c’est aussi cesser de banaliser les crimes multiformes, individuels ou collectifs, au passif du pouvoir illégitime en place ; c’est surtout se mobiliser, comme les américains, pour opposer la puissance de la foule à l’utilisation illégale de la violence d’Etat sous tous ses contours. C’est plus que tout cesser les ruses, les cachoteries, les peurs, les profits personnels, les calculs carriéristes, en somme ces tares nombreuses qui ont fait de cette société sénégalaise un lieu où la valeur confiance, interpersonnelle ou collective, fracassée par la fausseté des rapports humains et sociétaux, est la denrée la plus incertaine sur laquelle compter.
L’indifférence, accentuée par les appels indus des religieux à tout laisser entre les mains de Dieu, tue le Sénégal : l’âme de son peuple s’y meurt à force de reniements et de reculs face à la nécessité d’agir. Le temps presse.
Adama Gaye*, Exilé politique et opposant au régime de Macky Sall vit au Caire.
Ps : Exemple de cette indifférence ambiante : les appels saugrenus que je reçois ici par des voix, sans doute télécommandées mais consentantes, pour que je cesse ma détermination à aller jusqu’au bout de ma lutte contre le régime crapuleux au Sénégal. C’est peine perdue.
L’exemple de cet autre Monsieur qui se fait passer pour un proche de tous ceux qui comptent au Sénégal et qui voulait, via une amie, s’auto-désigner «médiateur» pour mon retour au Sénégal, parce que, clamait-il, j’étais un leader dont le pays a besoin. Dès que, devinant ce qui pouvait résulter de son offre de démarche spontanée en termes de compromissions, en mon nom, je lui ai fait savoir qu’il n’avait aucun mandat pour faire ou dire quoi que ce soit en mon nom, son attitude changea. Je devins un arrogant, qui ne considère personne, raconte-t-il désormais à qui veut l’entendre. Qu’il le sache: je n’en ai cure, mais il n’est pas question de me faire « normaliser » par les mêmes méthodes qui ont coulé Idrissa Seck pour en faire la risée du pays. Douma Lettar, je vous ai dit, notez-le….
Tel est le Sénégal où, pour la soupe, tous ou presque veulent compromettre tout le monde. Je revendique mon droit de ne pas en être. Je refuse l’indifférence. Comme en 2012, j’avais refusé de choisir entre la peste Wade et le choléra Macky.

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