jeudi, juillet 25, 2024
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“Karim ne veut pas une amnistie”

par pierre Dieme

Le secrétaire général national adjoint chargé des élections au Pds a été l’invité du Grand Oral. Sur les ondes de la 97.5 Rewmi FM, Dr Cheikh Dieng par ailleurs maire de Djeddah Thiaroye Kaw est revenu sur la situation du parti démocratique sénégalais, l’affaire dite Ousmane Sonko, entre autres, sujets. Morceaux choisis.

Depuis quelques temps on parle de voitures envoyées par Karim Wade de Qatar. On parle aussi de la vente de cartes. Est-ce que le parti va réaffirmer d’avantage son ancrage dans l’opposition ou il y’a des velléités de pouvoir collaborer avec le régime en place ?

J’ai également vu cette information dans la presse que Karim Wade aurait envoyé 16 8X8. C’est vrai que le Pds s’est doté d’un parc de véhicules pour ses besoins de mobilité à travers le pays. Ça ne date pas d’aujourd’hui et c’est depuis un an. Mais nous avons fait la tournée des inondations avec ces véhicules. C’est ancien ça. C’est depuis un an que nous avons démarré cette phase de réorientation, de restructuration de vente des cartes. Nous les avions démarrés avec ces véhicules. Et quand nous les avions démarré il y’avait cette première vague de la pandémie. A l’époque, le président Wade avait sorti une note circulaire pour nous demander de surseoir à toutes les activités politiques pour protéger les militants et les responsables. C’est tout récemment que nous avons repris nos tournées. Et aujourd’hui, notre responsable national en charge des structures a fait presque tout le Sénégal. C’est dans un mois que nous comptons effectivement démarrer la vente des cartes.

Ces voitures ont-elles été achetées par Karim Wade ?

Vous savez que Karim Wade ne doit pas un sou à l’Etat du Sénégal. Il faut que les sénégalais soient sérieux. Nous avons la preuve formelle aujourd’hui que le procès de Karim était un procès politique. Nous ne pouvons pas vivre dans Etat voyou qui nie le droit international. Quand le gouvernement signe une convention internationale. Que l’Assemblée ratifie cette convention, cette convention rentre dans notre droit positif et a une valeur au-dessus de notre constitution. Nous sommes membre du traité de la Cedeao qui a dénoncé les vices dans le procès de Karim Wade. L’Onu a demandé au Sénégal de reprendre ledit procès. Cela veut dire aujourd’hui que ce procès est nul. C’est en cela que Karim et le Pds demandent la réouverture de ce procès. Nous ne sommes demandeur d’aucune amnistie. Nous ne sommes demandeur d’aucun pardon de la part du chef de l’Etat. Tout ce que nous voulons c’est que ce procès-là pour lequel l’accusé a eu à 13 reprises que l’arrêt de La Crei a été démenti au plan international. Donc, nous parler de 132 millions c’est vraiment pour amuser la galerie.  

En parlant de civisme, l’on assimile ce qui s’est passé dernièrement à de l’incivisme ? Je parle des émeutes liées à l’affaire Ousmane Sonko. Partagez-vous cet avis ?

Oui tout à fait. Je pense que c’est en cela en quoi on se reconnaît comme sénégalais. Parce que nous nous reconnaissons sous la bannière du drapeau national. Ou est-ce que nous nous reconnaissons comme Wolof, comme Sérère, comme Diola, etc. C’est une grosse problématique qui traverse aujourd’hui le débat national et qui symptomatique des faiblesses de la construction de la nation. La nation sénégalaise est au moins un acquis que nous devions préserver parce que c’est le socle sur lequel notre Etat est bâti. Donc, il est important au-delà des clivages identitaires, ethniques que nous puissions renforcer d’avantage ce sentiment de nationalisme sénégalais. Que je ne me batte pas contre un Diola parce que je suis un Wolof. Que je ne me batte pas contre un Al Puular parce que je suis un Mandjack. Que je sente que tous les sénégalais sont frères et que cette identité là sénégalaise que nous puissions d’avantage la cultiver au très bas âge. Que les sénégalais grandissent avec leur nationalité au moins sénégalaise avant d’être africaine. C’est un gage à mon avis de renforcement de la cohésion nationale, de renforcement de la nation sénégalaise.

Quelle lecture faites-vous du fait que certains acteurs politiques utilisent les replis identitaires, ethniques comme arme de propagande politique ?

Oui. C’est vrai que c’est un raccourci facile. Nous avons observé ce phénomène depuis 2012. Le président Wade lors du 2e tour avait fait un appel solennel sur le danger que représentait le « Neddo ko bandoum » qui était érigé en stratégie de campagne électoral par le candidat Macky Sall. Le danger était perceptible parce qu’une bonne partie de la campagne électorale s’est faite sous la bannière de cette identité Al Puular que nous n’avons jamais connu auparavant. Nous avons connu des fiefs territoriaux que Robert Sagna était indéboulonnable à Ziguinchor. Pas parce qu’il était Diola mais parce qu’il habitait la localité. Il était soutenu autant par les Diolas, par les Socés etc dans toute la diversité de la population de Ziguinchor. Nous avons vu que le président Wade même s’il n’habitait pas à Sédhiou avait une très forte base affective à Sédhiou. Ce n’était pas une ethnie particulière qui le soutenait. Nous avons eu ces fiefs territoriaux qui étaient des fiefs qui dépassaient les clivages ethniques. Cela pouvait encore se comprendre parce que je suis dans mon fief et je ne fais pas de distingo dans ma manière de faire de la politique entre les Sérères, les Diolas, les Al Puular etc. Il faut se rappeler que beaucoup de pays africains ont connu des moments difficiles dans leur cheminement fait de guerre, fait de sang, fait carrément de massacre. Mais de massacre ethnique et nous avons en mémoire ce qui s’est passé au Rwanda, au Burundi, en Centre Afrique. Nous ne sommes pas un peuple béni. Nous sommes un pays comme tous les autres peuples et que nous devons faire très attention à l’émergence de ce repli identitaire qui se fait de plus en plus au Sénégal. Et quand cette question identitaire envahie le domaine politique alors nous sommes en danger. Et nous risquerions de vivre ces moments difficiles que les autres pays africains ont vécu.

Des morts ont été notés lors des manifestations et depuis un certain temps on assiste à la libération des personnes arrêtées. Quelle appréciation faites-vous de cette mesure du chef de l’Etat toujours dans le cadre de l’apaisement ?

Je pense que c’est une mesure attendue et qui était nécessaire. Une mesure pour laquelle on peut avoir une double lecture. D’abord une lecture de la faillite de notre système judiciaire parce que si ces émeutes ont eu lieu, si les populations sénégalaises se sont érigées face aux forces de l’ordre. Rappelez-vous que le départ de la manifestation c’est la convocation du leader de Pastef par la justice. C’est parce que les sénégalais étaient convaincus que la justice ne serait pas rendu face à une question que le pouvoir voulait présenter comme une question privée ?

Pensez-vous que ce n’est pas une question privée ?

Il voulait présenter cette affaire comme une question privée. Evidemment qui n’en est pas une au regard de toutes les informations. Mais, qui aurait pu rester une affaire entre Ousmane Sonko et la justice si les sénégalais étaient convaincus que coupable Sonko serait arrêté et qu’innocent il serait libéré. Mais nous avons déjà une faillite de cette justice qui est soupçonnée d’être une justice partiale, d’être une justice à la solde de l’exécutif, d’être un bras armé de l’exécutif pour régler des comptes politiques. C’est donc une faillite de notre système judiciaire qui est à la base de ces émeutes douloureuses qui ont fait 14 morts. Mais c’est aussi une faillite de la prise de conscience que les sénégalais ont aujourd’hui des méthodes pour lesquelles le président Sall a opté depuis 2012. De ne pas affronter ces adversaires les plus redoutables dans les urnes mais d’utiliser la justice pour les mettre hors du jeu politique. Après l’affaire Karim Wade avec le bras armé de la justice qui a été actionné pour le mettre en prison, l’exiler et l’empêcher de participer à la présidentielle de 2019. Idem pour Khalifa Sall dont les droits ont été violés au même titre que Karim Wade. Les sénégalais ont compris que le modus operandi qui avait été mis en œuvre a été encore déclenché et ils ont voulu se dresser contre cette manière de régler la question électorale à travers le bras armé de la justice. C’est aussi la faillite de notre système démocratique, de notre économie, de l’angoisse de notre jeunesse…

Cheikh Moussa SARR

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