Que les militants du parti Pastef soient réactifs et prompts à défendre leur « projet » et leur président de parti, parfois avec virulence, est dans l’ordre normal des choses.
Leur attitude s’inscrit tout simplement dans la grande histoire des idées.
Un nouveau mouvement qui bouscule l’ordre existant est souvent violemment contesté. Victime de la stratégie de réduction de l’opposition à sa « plus simple expression » opérée par l’ancien régime, ce parti a subi une grosse campagne de discrédit. Minoritaire à ses débuts, il consacre une grande partie de son énergie à se défendre.
La première phase de l’existence d’un tel mouvement est presque toujours défensive. Il passe le plus clair de son temps à répondre aux critiques, à justifier son existence et à démontrer qu’il n’est ni erroné ni dangereux (ni salafiste, ni terroriste).
Le mouvement est dans une sorte d’apologie défensive. Un concept surtout utilisé dans le domaine religieux.
Face au monde romain, les premiers chrétiens se sont inscrits dans cette phase défensive. Les spécialistes de la théologie islamique connaissent bien l’attitude apologétique des premiers musulmans face aux croyances dominantes de leur époque. De même, les adeptes du libéralisme ont consacré une grande partie de leur énergie à se défendre face aux partisans de l’absolutisme.
On retrouve également cette dynamique dans le domaine scientifique. Une nouvelle théorie doit souvent se défendre face à un paradigme dominant.
Ensuite arrive une phase de maturation, durant laquelle le mouvement contesté cesse d’être uniquement dans la réaction. Il cherche à construire une vision du monde, un « projet », dans le cas du parti Pastef. Il ne s’agit plus seulement de répondre aux critiques, mais aussi de proposer et de construire. On passe alors d’une logique principalement défensive à une logique de construction intellectuelle et doctrinale.
La phase de maturation laisse ensuite place à une phase d’influence. Le mouvement devient une référence majeure, y compris sur le plan international. Le congrès du 6 juin 2026 en est une illustration, avec les nombreuses délégations présentes.
Le parti impose progressivement un cadre conceptuel. On entre dans une ère de confrontations de visions. Pour Pastef, il s’agit par exemple d’imposer le débat autour des notions de souveraineté, de monnaie ou encore de développement endogène.
Le discours d’Ousmane Sonko d’aujourd’hui à Dakar Arena est une invitation à entrer dans cette phase d’influence. Selon son président, Pastef doit imposer la tonalité du débat d’idées. Ses adversaires doivent se placer sur le terrain des propositions, que ce soit pour approuver ou pour contester.
Mais, comme pour tous les mouvements, vient toujours une phase de remise en question. Le mouvement devenu dominant peut se rigidifier et perdre de sa créativité. Un nouvel élan peut alors surgir et proposer une nouvelle synthèse. L’autocritique permet toutefois de retarder cette rigidification et de préserver la capacité de renouvellement du mouvement.
Le parti Pastef, arrivé à la phase d’influence, doit apprendre à se renouveler continuellement.
Pr Xaadim Njaay

