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samedi, mai 18, 2024
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Afrique-USA: Destins contraires… Par Adama Gaye*

par pierre Dieme

Alors que toute l’Afrique a les yeux rivés sur les Etats-Unis d’Amérique, captivés par l’indécis processus électoral qui s’y déroule, peu d’Africains constatent les revers simultanés sur le point de remettre en question les gains sur tous les plans du continent.
Le risque de destins contraires, défavorables aux pays africains, se précise pendant qu’outre l’Amérique, en passe de redonner à leur vie une nouvelle orientation, un nouveau souffle, les autres régions du monde semblent être plus conscients des réajustements nécessaires à leur déploiement dans un monde Covidéen et dans celui qui lui succédera.
L’exemple américain est le plus tranchant de cette volonté de prendre un nouveau départ. Jamais dans son histoire, autant d’électeurs se sont rendus dans les bureaux de vote, comme ils l’ont fait cette fois-ci, à plus de 150 millions d’entre eux, pour assumer leur leadership sur la classe politique de leur pays.
Qui de Biden ou Trump, les deux candidats en lice, l’emportera après un décompte fastidieux des bulletins de vote, n’est pas l’essentiel pour le citoyen africain, même s’il escompte une amérique plus engagée et éthique au cas où le candidat du parti démocrate, Joe Biden, rafle la mise. Ce qui pèsera plus pour les africains, ce sont ces dynamiques toxiques à l’œuvre, qui détricotent tous les acquis du continent de ces dernières années, et qu’aucun acteur externe, fut-il un président américain plus volontariste que le réticent leader, Trump, ne pourra inverser sans un réengagement des peuples africains pour la réécriture de leur propre histoire.


Tel ne semble pas être le cas. Pendant que la démocratie électorale triomphe aux USA, elle a fini d’agoniser en Afrique sous la passivité complice des sociétés africaines.
Quelqu’un a même dit qu’en parallèle à la volonté d’affirmation d’une hégémonie peule, ce qui s’est passé lors des scrutins problématiques de la Côte d’Ivoire et de la Guinée, remportés, armes à la main, et commissions électorales sous leurs genoux, par les candidats sortants, Ouattara et Condé, équivaut à une version mandingue d’une ethnicisation du pouvoir.
La démocratie n’est plus qu’un lointain rêve. C’est un cauchemar, qui renvoie aux calendes africaines le souvenir de ce qui, dans un langage inappropiré, fut appelé le Printemps démocratique africain, quand il se déployait à la fin de l’année 1989 à travers le continent.
Peut-on espérer de l’avènement d’une nouvelle présidence américaine, sous le leadership de Biden, que la priorité démocratique, au nom des valeurs universelles partagées, soit remise au centre du jeu dans les relations du pays de l’Oncle Sam avec notre continent ? Comme ce fut le cas en 1976 lorsque la présidence de Jimmy Carter fut articulée autour de la pierre angulaire du respect des droits de l’homme. Biden, comme la plupart des hommes politiques américains, relève de l’école réaliste en politique étrangère, et il a appris des revers des colombes, à l’image de Carter. En Novembre 1979, il ne peut l’oublier, ce dernier fut balayé par un Ronald Reagan, conservateur, faucon pur et dur, qui parvint à négocier, dans une stratégie de cynisme et de réalisme, la libération des otages américains détenus pendant 444 jours par les étudiants Iraniens qui avaient envahi l’ambassade américaine à Téhéran, consécutivement au triomphe de la révolution mollarchiste intervenue en février de cette année-là.
Une autre dimension de la paralysie de la superpuissance américaine qui pourrait réduire sa capacité à peser sur le destin de l’Afrique, c’est cette bestiole, le corona, qui a exposé ses déficiences internes, freiné son redressement économique, fait exploser son chômage et amoindri ses prétentions internationalistes, y compris l’ex-exubérante domination de son dollar sur les transactions internationales, sans oublier les nouvelles adversités qui, de la Chine, à la Russie, jusqu’à l’Union européenne, lui dénient son rôle d’animateur de l’ordre libéral qui lui avait permis d’être le chef de file du monde post-deuxième guerre mondiale, malgré la rivalité de l’ex-union Soviétique.


L’Amérique, géant aux pieds liés, l’Europe, dépassée par un monde qui bascule vers l’Asie, la vraie nouvelle frontière du développement, l’Amérique latine, qui ronronne dans la médiocrité et se débat contre la corruption, comme l’illustre un Brésil, remis à son statut de terre des promesses jamais accomplies durablement, la question revient dès lors à savoir ce qui peut sauver l’Afrique.
On pensait qu’elle avait compris que nul ne ferait son destin à sa place. On commençait à se féliciter que la création de l’Union africaine, en 2002, lui ouvrirait un nouveau chapitre. On notait avec gourmandise ses engagements pour réaliser une vaste zone de commerce continental, pour donner à ses peuples la voix souveraine pour s’exprimer démocratiquement, et, enfin, qui n’avait salué l’adoption d’un Agenda 2063, en 2013, à l’occasion du cinquantenaire de la naissance de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), ancêtre de l’UA.
Le constat est là, désarmant. Tout s’effondre. Dans l’Agenda 2063, il était dit que l’Afrique s’engageait à faire taire les armes, à cesser les conflits en son sein, en 2020. Or, dans le désintérêt général, une nouvelle guerre a été déclenchée hier, dans le pays africain qui abrite le siège de l’UA. Elle met aux prises les forces armées Ethiopiennes à celles de l’armée de la région rebelle du Tigré.

Des éclats d’obus qui fracassent la Libye aux bruits de bottes entendus dans les moments électoraux, surtout à leur lendemain, rien n’est venu montrer l’éclaircie que l’on croyait sur le point de poindre au-dessus d’un continent longtemps considéré comme un panier troué, sans espoir, selon la damnation du magazine libéral, The Economist, mais qui s’était déclaré résolu à devenir une terre de renouveau. Même sa zone économique continentale de libre échange commercial (Zlecaf) n’est plus qu’un sigle qui fait s’esclaffer de rire. L’Union africaine est, elle, plus que jamais une coquille vide, chargée de valider les fraudes électorales. Les organisations régionales, comme la Cedeao, pour l’Afrique de l’Ouest, ont perdu toute crédibilité, et de la monnaie, au maintien de la paix jusqu’à la supervision électorale, elles se distinguent par leur impéritie. L’espoir d’une annulation des dettes, du reste détournées par des leaders crapuleux avec leurs acolytes, s’est évanoui parce que ne méritant pas d’être accordée à des satrapes militants non pas d’un relief pour les peuples qu’ils dirigent mais d’un cynique blanchiment de l’argent des autres et celui de leurs pays.
Qui s’étonne de la panne générale des pays africains malgré les rodomontades autour des taux de croissance dont on veut masquer la vraie anémie ? Qui ne voit que l’Afrique, tel un Titanic, avance vers son naufrage ? Les yeux hagards, à bord de radeaux dérivant vers l’inconnue, ou, sur terre, désemparés par l’ampleur des crises insolubles qu’ils affrontent, les peuples africains sont redevenus les damnés de la terre…


Nous vivons des moments encore plus tragiques avec la participation des forces de sécurité, l’instrumentalisation de la justice, dans les arbitrages politiques, intellectuels et électoraux, en faveur des pouvoirs illégitimes qui s’enracinent avec leur aide. Le candidat de l’opposition Tanzanienne fut criblé de 16 balles sans qu’une seule voix ne s’élève. Le guinéen, Cellou Dallein Diallo, vainqueur de la dernière élection dans son pays, s’est vu bloquer par des milices officielles du pouvoir défait, le soir du vote, le 18 Octobre, dans sa résidence, pendant que ses supporters étaient massacrés à l’arme lourde. Les opposants ivoiriens, qui ont, de leur bon droit, appelés au boycott du scrutin présidentiel du 31 octobre, sont sous la menace des baïonnettes, simplement parce qu’ils ont eu le tort de transformer l’élection en charade par leur refus d’y prendre part. Au Nigéria où les forces de police, par leurs violences illégitimes ont contraint des milliers de jeunes à déverser leur bile dans la rue, et partout ailleurs où la désespérance économique et sociale remplit les rangs des terroristes et des émigrés, les signes sont nombreux pour rappeler que l’Afrique est entrée dans une (im) passe qui remet en cause tous les rêves qu’elle nourrissait au début de ce siècle.
Elle s’engage dans le sens contraire du destin novateur que d’autres, ailleurs, veulent tracer pour leurs peuples, leurs pays et régions.


C’est le sens de l’intérêt qu’ils accordent au résultat final de l’élection présidentielle américaine. Tous savent que la probabilité est réelle que s’inaugure avec un victorieux Joe Biden une nouvelle dynamique dont on peut, sans être rêveur, s’attendre qu’il enclenche une ère vertueuse, marquée par l’instauration d’une régulation morale, à l’image de celle gouvernant la finance internationale depuis la dernière grande crise d’il y a plus d’une dizaine d’années.
Face aux enjeux, aux espoirs, l’Afrique s’enlise dans la médiocrité, entre des mains décidées, à la tête de ses Etats, institutions régionales ou nationales, à l’enfoncer dans le rôle de l’âne de la classe planétaire. Trump ou Biden n’y pourront rien…

Adama Gaye, opposant politique au régime liberticide du Sénégal vit en exil. Il est auteur de Otage d’un Etat. Le Caire 5 Novembre 2020

PS: Nous mettons en garde Joe Biden contre les vautours qui prétendent être des « Africa Hands », et dont le seul métier est de sauver les satrapes au pouvoir. Susan Rice est alértée. Nous les surveillons tous…Foi d’un africain conscient des enjeux.

Adama Gaye ici avec le professeur émérite de Harvard, Joseph Nye, théoricien du soft power. Dans une présidence Biden, Nye sera incontestablement une force d’influence morale de premier plan.

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