Quelques heures après son audience avec le Khalife Général des Mourides, Ousmane Sonko, Président de l’Assemblée nationale, a eu une entrevue avec Cheikh Bass Abdou Khadre. Le guide religieux n’a pas manqué d’interpeller le leader politique sur la lourdeur de ses fonctions, lui rappelant qu’il est désormais un symbole institutionnel et un modèle pour une large frange de la jeunesse sénégalaise. Dans une mise en garde ciblée, Cheikh Bass a souligné les périls d’une cacophonie entre les pouvoirs exécutif et législatif : « Quand, dans un pays, l’Assemblée Nationale et le gouvernement se regardent en chiens de faïence, les dégâts peuvent être majeurs ». Insistant sur la primauté de l’intérêt national, il a exhorté Sonko à tout mettre en œuvre pour la stabilité, sans laquelle ni la pratique religieuse ni le travail ne sont possibles, tout en appelant militants et cadres à cultiver la fraternité pour épauler leurs dirigeants.
À l’approche du Grand Magal de Touba, prévu le dimanche 2 août 2026, la cité religieuse vit au rythme des visites de courtoisie des personnalités politiques. Ce jeudi 30 juillet, alors que le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, effectuait sa « ziar » auprès du khalife général des mourides, Cheikh Bassirou Mbacké Abdou Khadre, porte-parole du khalife et président du comité d’organisation du Magal, a tenu un discours sans concession sur la place du politique à Touba, en recevant les hommes politiques Tahirou Sarr et Modou Ndiaye Rahma, deux hommes politiques dont il a salué les démarches .
Dans une déclaration solennelle, Cheikh Bassirou a d’abord rappelé la vacuité du pouvoir temporel. « Toute personne investie d’une responsabilité doit pouvoir en mesurer le poids. L’être humain doit savoir qu’aucun pouvoir n’est éternel. Un jour, il quittera vos mains pour aller dans d’autres », a-t-il martelé, citant l’enseignement de Serigne Touba lui-même, qui avait adressé ce même message à Samba Laobé Fall.
Le porte-parole du khalife a également tenu à remettre les pendules à l’heure concernant l’usage du « ndigël »en politique. Selon lui, la dernière fois qu’un khalife a donné un ndigël à caractère politique, c’était en 1988 avec Serigne Abdou Lahad Mbacké ou en 1993 avec Serigne Modou Moustapha Mbacké Falilou. « Ils peuvent bien le faire. Rien ne les en empêche », a-t-il concédé, avant de préciser que même des fils de Serigne Touba l’ont fait, mais « sur instruction de Serigne Touba lui-même », comme l’avait rappelé Serigne Saliou.
Cheikh Bassirou a par ailleurs appelé à dépasser les clivages confessionnels en politique. « Je demande que soient mis fin aux appréhensions négatives qui procèdent de l’appartenance d’une personne à une tarikha donnée. Ce n’est pas une raison valable pour s’attacher ou en vouloir à un homme politique », a-t-il déclaré, estimant que tous les hommes politiques s’accordent à dire vouloir construire le pays.
Le discours s’est achevé sur une critique acerbe de la vie politique sénégalaise. « Ce qui est regrettable au Sénégal, c’est que nous sommes en permanence en période de campagne électorale. Nous devrions, dès la fin d’une joute électorale, nous mobiliser pour aller travailler, au lieu de démarrer une nouvelle campagne électorale », a-t-il regretté, invitant les acteurs politiques à la retenue et au travail, conformément à l’esprit de recueillement qui doit prévaloir à Touba.
Dakaractu

