À quelques heures de la rencontre prévue cet après-midi au Palais de la République entre Bassirou Diomaye Faye et son prédécesseur, Macky Sall, candidat au poste de secrétaire général des Nations unies, le professeur Jean-Charles Biagui estime que cette audience vaut un soutien tacite à la candidature de Macky Sall au secrétariat général de l’ONU. Interrogé par Sud quotidien, Jean-Charles Biagui par ailleurs spécialiste des Relations internationales estime toutefois que cette audience ne changera rien à une élection dont l’issue se joue avant tout entre les grandes puissances.
L’ancien président de la République, Macky Sall, sera reçu aujourd’hui par son successeur, le président Bassirou Diomaye Faye, dans le cadre de sa campagne pour le poste de secrétaire général des Nations unies. Selon vous, quels sont les différents scénarios envisageables à l’issue de cette audience ?
Cette audience intervient près de deux mois après le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature. Elle peut, dans une certaine mesure, être interprétée comme une nouvelle manifestation de la « désonkorisation » en cours dans les arcanes du pouvoir. Deux scénarios peuvent être envisagés à l’issue de l’audience. Un soutien officiel à la candidature de Macky Sall à la tête de l’ONU ou la poursuite de la stratégie actuelle consistant à ne pas prendre une position officielle. Dans le premier cas, il s’agirait d’un soutien explicite et dans le second cas il s’agirait d’un soutien tacite. Le simple fait de recevoir officiellement l’ancien chef de l’État vaut tous les discours. C’est un soutien pour le moment non assumé. Nous verrons si le président assumera le courage politique d’un soutien qui de toute façon ne changera pas le rapport de force en défaveur de Macky Sall.
Quel impact le soutien officiel du Sénégal pourrait-il avoir sur les chances de succès de la candidature de Macky Sall ?
Le Sénégal n’a pas les moyens diplomatiques et stratégiques de peser sur l’élection du secrétaire général de L’ONU. Il faut faire preuve de réalisme et d’humilité. Le Sénégal ne peut pas changer le destin de Macky Sall à l’ONU. Les pays qui contrôlent l’institution, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité avec à leur tête les Etats Unis décideront comme toujours. Leur choix ne devrait pas se porter sur lui. Officiellement, aucun pays majeur ne soutient Macky Sall pour le moment. Sa candidature est portée par une dictature, le Burundi. Ce qui montre s’il en est encore besoin son manque de culture internationale.
Macky Sall a plusieurs autres handicaps. J’en cite que quelques-uns. Un secrétaire général africain n’est pas à l’ère du temps. Les différents secrétaires généraux de l’ONU sont des diplomates chevronnés. Ce qui n’est pas le cas de Macky Sal. Il ne connait pas les dynamiques internes à l’institution. Il vient d’un pays qui n’a pas les moyens d’imposer un ordre à l’ONU Contrairement à ses rivaux, il est moins ouvert au monde. Il n’est pas bilingue par exemple. Il n’est soutenu par aucun membre permanent du Conseil de sécurité. L’Afrique ne porte pas sa candidature. Son seul soutien étatique officiel vient d’une dictature africaine, le Burundi. Il s’agit d’un petit pays sans poids géopolitique important. Je ne parle même pas de sa gestion tant décriée du Sénégal.
Que gagnerait ou que perdrait le Sénégal en apportant, ou au contraire en refusant d’apporter, son soutien à cette candidature ?
Macky Sall n’a pas beaucoup de chance de l’emporter. En le soutenant, le Sénégal s’inscrirait davantage dans l’immobilisme et le conservatisme d’une politique étrangère qui n’a pas changé sous Diomaye Faye. Les autorités Sénégal pas changeraient une défaite programmée. Le fait qu’il soit reçu par le Président de la République est déjà un signal symbolique fort pour ses soutiens dans le pays. C’est aussi un signal fort pour tous ceux qui estiment à juste titre qu’il devrait plutôt rendre des comptes pour les nombreuses violations des droits humains et la mal gouvernance de son régime.
Réalisé par Nando Cabral Gomis
Sud quotidien

