Renversé par la Belgique en 16es de finale (3-2), le Sénégal quitte le Mondial 2026 la tête basse et sur fond de tensions. Mais au-delà de la faillite tactique, c’est une incroyable crise en coulisses qui a paralysé les Lions sur cette campagne. Entre le sélectionneur, Pape Thiaw mis sous pression par ses dirigeants par rapport la question de son contrat de travail et la vie de palace sur fond de passe-droits de certains dirigeants de la FSF, premier volet des révélations sur un climat délétère dans la Tanière.
45 minutes abouties, un flot de félicitations reçues par le milieu du football et les entourages pour un contenu jugé solide malgré le résultat final et la sensation que battre la Norvège serait une formalité, ou du moins à la portée de l’équipe. C’est avec cet état d’esprit que les Lions du Sénégal sont sortis de leur défaite face à la France (1-3) pour leur entrée en lice dans ce Mondial 2026.
Convaincus de pouvoir passer l’obstacle scandinave en produisant deux mi-temps complètes, ils étaient alors loin de s’imaginer la claque qui les attendait… avec une nouvelle défaite (2-3) qui a failli compromettre leurs chances de qualification en 16es de finale.
Thiaw sans contrat et sous pression de la fédération
Sur le terrain, c’est une équipe sénégalaise méconnaissable qui est apparue, alors que Pape Thiaw avait reconduit le même onze de départ que face aux Bleus. Mais ses joueurs ont rapidement été dépassés par des Norvégiens qui auraient pu alourdir le score sans un Edouard Mendy qui a longtemps maintenu les siens dans la partie, avant de céder.
Au coup de sifflet final, tous les regards se sont tournés vers Thiaw. Au centre des critiques, ses choix tactiques, mais surtout d’hommes avec notamment la gestion du cas Kalidou Koulibaly, impliqué sur les trois buts encaissés. Mais aussi ses changements. Une lecture des évènements loin, très loin de celle du technicien qui était salué pour sa clairvoyance durant la CAN.
Sauf qu’entre la CAN et le Mondial, ce dernier a vu sa situation sérieusement fragilisée. Sans contrat depuis février 2026 et avec 5 mois d’arriérés de salaire, ce n’est qu’après les révélations de Sport News Africa sur sa situation, que celle-ci a été réglée en urgence. Du moins en apparence, car quand la veille du match contre la Norvège il indiquait en conférence de presse que « tout est rentré dans l’ordre », ce n’était pas encore le cas.
D’après les informations de Sport News Africa, ce n’est que quelques heures avant le coup d’envoi du match contre les Norvégiens que Thiaw a finalement pu signer son contrat. Dernière manœuvre tentée par la direction de la Fédération sénégalaise de football et son secrétaire général, Abdoulaye Sow, pour jouer la montre et attendre l’issue du match contre la Norvège pour trancher sur son sort.
Le Sénégal sans sélectionneur à H-6 avant la Norvège
Face à l’absence de signature contrat, les représentants du sélectionneur ont haussé le ton, menaçant même que leur client ne prenne pas place sur le banc pour ce match décisif, laissant ainsi la FSF face à ses responsabilités et expliquer aux Sénégalais qu’ils n’avaient pas signé le nouveau bail, contrairement aux annonces.
Finalement sous la pression, et après un énième imbroglio à cause d’une clause discrètement ajoutée par la fédération, le contrat sera signé dans l’urgence, 5h avant le coup d’envoi, en présence du secrétaire général, des représentants et du conseiller du président de la République.
L’ombre d’Hervé Renard
Une situation qui n’est pas sans rappeler les tensions avant le départ pour la préparation aux Etats-Unis. Faute de contrat et accusant toujours des arriérés de salaires, Thiaw avait insisté pour être régularisé avant de s’envoler pour le Mondial et ses conseils avaient déjà brandi la menace de ne pas embarquer avec l’équipe. Ce à quoi des dirigeants de la FSF avaient répondu que si Thiaw ne voyageait pas avec l’équipe, ils iront aux USA avec le DTN et prendront attache dans la foulée avec Hervé Renard, un nom qui n’est pas sorti par hasard.
Car si technicien français a ensuite pris les commandes de la Tunisie après le limogeage de Sabri Lamouchi en plein Mondial, Sport News Africa a appris qu’il avait déjà des contacts avec le Sénégal et que même les dirigeants tunisiens ont eu confirmation qu’il partirait après sa mission avec les Aigles de Carthage… avec le Sénégal parmi ses possibles destinations.
Soutenu par des joueurs solidaires de sa situation et notamment ses cadres, Thiaw et ses représentants songeaient à organiser une conférence de presse à Dakar pour expliquer aux Sénégalais ce qu’il se passait en coulisses. Mais il a fallu une intervention en hauts lieux et l’appel du chef de l’État qui l’a rassuré qu’il prenait le dossier en mains, pour qu’il embarque avec l’équipe.
A la suite des premières révélations faites par Sport News Africa après la rencontre contre la France, notamment au niveau de l’alimentation des joueurs, du contrat du coach et du train de vie de certains membres de la FSF aux USA, les services de la présidence de la République ont alors fait part de leur mécontentement, chargeant le conseiller du président de la République de rectifier le tir pour tenter de rétablir l’ordre et un cadre plus propice à la une bonne préparation de l’équipe. Problème, le mal était déjà fait. D’autant plus qu’en interne au sein de la FSF, les dissentions ne manquaient pas.
Grand train de vie et soirées des dirigeants
En conflit ouvert depuis des mois, au point où plusieurs réunions terminèrent avec des insultes entre ses membres, le Comité exécutif de la FSF avait dû faire front commun après la finale de la CAN et les affaires juridiques en découlant. Une trêve de courte durée puisque ces derniers s’écharpèrent à nouveau sous fond de mésentente sur les primes.
Dans cette ambiance délétère où le président Abdoulaye Fall n’a jamais réussi à s’imposer, la Coupe du monde était l’occasion de resserrer les liens, du moins en apparence. En réalité, chacun y allait de ses privilèges, comme un des vice-présidents qui invitait différents créateurs de contenu, notamment des jeunes femmes, dont la présence aux entraîneurs surprit tout le monde.
Occupé à diriger la fédération et en conflit ouvert avec Thiaw, le secrétaire général Abdoulaye Sow, le vrai patron de la FSF au quotidien, ne prêtait pas forcément attention à la vie quotidienne des dirigeants où les notes de frais gargantuesques s’empilait dans une délégation pléthorique où des membres des familles et proches étaient invités sans savoir réellement qui payait. « J’ai bien une idée de qui règle la note », tranche un officiel. « L’État a décaissé une grosse somme pour la Coupe du monde donc certains en profitent. »
Bouteilles d’alcool millésimés, cadeaux, soirées en galante compagnie, les premiers jours aux États-Unis de la délégation ressemblaient à une nouba géante devant les yeux des joueurs médusés. Surpris par l’arrogance de plusieurs dirigeants, le personnel de l’hôtel s’est même plaint alors que des joueurs, livrés parfois à eux-mêmes, en profitèrent pour commander des fast food et faire le mur.
Mystère autour de la revente de places
Alertée par le comportement de la FSF, la présidence de la République fit comprendre que la récréation était terminée sachant qu’elle avait déjà dépêché un émissaire sur place – au grand énervement de la fédération. Cela n’a cependant pas empêché une revente massive de places attribuées par la FIFA à la FSF.
Comme d’autres fédérations, un circuit nébuleux voyait des tickets achetés 60 dollars être revendus 350 dollars environ sans savoir si l’argent allait dans les caisses de la FSF ou dans les poches des proches des dirigeants. Plusieurs personnes ont attesté à Sport News Africa ce schéma opaque sans savoir réellement qui en était l’instigateur mais une chose était sûre : le recel de places déjà-vu à la Coupe du monde 2022 (qui concernant parfois directement les tickets attribués aux familles des joueurs !) ne s’est pas estompé en 2026.
Romain MOLINA et Mansour LOUM
