La conférence de droit organisée par le Groupe ISM de Saly s’est transformée en une tribune de dénonciation des dérives institutionnelles. Devant un amphithéâtre d’étudiants, Me El Hadji Diouf a livré une leçon de droit sans concession, mêlant pédagogie juridique et critique frontale de certaines décisions rendues par les plus hautes juridictions du pays.
Interrogé par Dakaractu Mbour sur la situation de l’Assemblée nationale, l’ancien député a lancé une déclaration qui risque de faire grand bruit :
« Aujourd’hui, on a un président de l’Assemblée nationale qui n’est pas député. C’est une première. La loi est très claire sur les incompatibilités. J’ai été député pendant dix ans. »
Pour l’avocat, cette situation interpelle directement sur le respect des principes qui fondent l’État de droit et ouvre un débat de fond sur l’application de la loi au sommet de la République.
Mais Me El Hadji Diouf ne s’en est pas arrêté là. Il a également exprimé son profond malaise face à certaines décisions de justice, estimant qu’elles fragilisent la confiance des citoyens envers les institutions judiciaires.
« Je me désole de voir certaines décisions de justice. J’ai honte de la décision du Conseil constitutionnel », a-t-il déclaré, dans une sortie particulièrement sévère qui traduit, selon lui, la nécessité de préserver l’indépendance, la crédibilité et l’autorité de la justice.
Revenant sur la mission de l’avocat, il a rappelé que le droit ne saurait être une simple lecture mécanique des textes.
« Le droit est souvent dit, mais il peut aussi être mal dit. Ceux qui doivent dire le droit peuvent parfois se tromper. C’est pourquoi les avocats sont là pour participer à l’œuvre de justice, attirer l’attention des juges et des procureurs lorsqu’une erreur risque d’être commise. »
À travers cette intervention, Me El Hadji Diouf a lancé un appel à une justice fidèle aux textes, indépendante de toute pression et garante de la sécurité juridique des citoyens.
Invité par le PDG du Groupe ISM, Idrissa Mbengue, à la demande du professeur Ibrahima Ndiaye, l’avocat a également insisté sur l’importance de former une jeunesse capable de défendre les valeurs de la République.
« Il s’agit de l’avenir de la nation. Une jeunesse bien formée est appelée à occuper demain les plus hautes fonctions de la République. »
Le PDG du Groupe ISM, Idrissa Mbengue, a salué la qualité des prestations des étudiants, estimant que ce concours de plaidoirie illustre l’ambition de l’établissement de former des juristes compétents, éloquents et profondément attachés aux valeurs de justice.
Même satisfaction du côté d’Élias Diop, ancien procureur du Tribunal de Grande Instance de Mbour et actuel avocat général près la Cour d’appel de Thiès, qui a rappelé que seules des institutions fortes et respectées peuvent consolider durablement l’État de droit.
Au-delà d’une simple conférence universitaire, cette rencontre aura été marquée par des déclarations fortes de Me El Hadji Diouf sur la justice, le Conseil constitutionnel et l’Assemblée nationale, des propos qui ne manqueront pas d’alimenter le débat juridique et politique dans les prochains jours.

