La société civile sénégalaise hausse le ton face au projet de modification du Code électoral. Par la voix de Moundiaye Cissé, directeur exécutif de l’ONG3D et membre du COSCE, elle appelle l’Assemblée nationale à suspendre l’examen du texte et à privilégier une démarche inclusive fondée sur la concertation.
S’exprimant lors d’un cadre d’échanges réunissant organisations citoyennes et acteurs politiques, M. Cissé a insisté sur la nécessité d’un consensus autour de toute réforme électorale. « Depuis 1974, jamais une modification du Code électoral n’a été entreprise sans concertation préalable », a-t-il rappelé, soulignant que même les changements ponctuels ont toujours fait l’objet de discussions impliquant l’ensemble des parties prenantes, notamment les partis politiques réunis au ministère de l’Intérieur.
Pour le responsable de l’ONG3D, la démarche actuelle, qu’il qualifie d’unilatérale, rompt avec cette tradition de dialogue. « Nous ne sommes pas contre une réforme du Code électoral. Mais celle-ci doit impérativement être précédée de larges concertations. On ne peut pas modifier des règles aussi fondamentales sur la seule initiative d’un camp politique », a-t-il martelé.
Moundiaye Cissé estime en outre que plusieurs questions essentielles du processus électoral restent en suspens et méritent un examen approfondi. Il cite notamment l’audit du fichier électoral, la révision des listes, le calendrier électoral, ainsi que la problématique des cartes nationales d’identité arrivant à expiration. Autant de sujets qui, selon lui, nécessitent un dialogue inclusif pour garantir la transparence et la crédibilité des élections.
Dans cette optique, la société civile plaide pour la relance d’un cadre de concertation réunissant partis politiques, majorité comme opposition, et organisations citoyennes. L’objectif est d’aboutir à des recommandations consensuelles qui seront consignées dans un mémorandum destiné à l’Assemblée nationale.
« Nous serions complices si nous restions silencieux face à une telle situation », a averti M. Cissé, insistant sur la responsabilité collective de préserver les acquis démocratiques du pays. Pour lui, seule une approche concertée permettra d’assurer des élections libres, transparentes et apaisées.
La société civile entend ainsi jouer pleinement son rôle de veille et de proposition, en favorisant le dialogue entre les différents acteurs du jeu politique, dans un contexte où les réformes électorales suscitent de vives préoccupations.
Ousmane GOUDIABY

