L’arrestation récente de plusieurs suspects poursuivis pour acte contre nature et transmission volontaire du VIH relance le débat sur l’application de la loi n° 2010-03 du 9 avril 2010 relative au VIH et au Sida, texte de référence qui encadre la prévention, la protection des droits humains et la répression pénale de certains comportements précisément définis.
Adoptée pour combler un vide juridique, cette loi vise avant tout à préserver la dignité humaine, lutter contre la stigmatisation et garantir les droits des personnes vivant avec le VIH (PVVIH), tout en prévoyant des sanctions claires en cas de comportements intentionnellement dangereux pour autrui.
La transmission volontaire du VIH, une infraction strictement définie
Contrairement aux idées reçues, la loi ne criminalise ni l’orientation sexuelle ni le statut sérologique. Être porteur du VIH ne constitue en soi aucune infraction. La sanction pénale intervient uniquement dans un cas précis, défini par l’article 36 de la loi.
Est passible d’une peine de cinq à dix ans d’emprisonnement, assortie d’une amende, toute personne qui, connaissant son statut sérologique positif, entretient des rapports sexuels non protégés avec l’intention délibérée de transmettre le VIH. L’infraction repose donc sur trois éléments cumulatifs : la connaissance du statut, l’absence de protection et l’intention manifeste de transmission.
La loi exclut explicitement toute poursuite lorsque la personne ignorait son statut, utilisait des moyens de prévention, ou lorsque l’acte ne présentait pas de risque significatif de transmission.
Une loi fondée sur la protection des droits et la santé publique
La loi de 2010 insiste fortement sur la confidentialité du statut sérologique, l’interdiction de toute discrimination et le rejet de toute forme d’isolement ou de mise à l’écart fondée sur le VIH. Elle rappelle que la lutte contre l’épidémie repose avant tout sur le dépistage volontaire, la prévention, l’accès aux soins et l’accompagnement psychosocial.
Dans le contexte judiciaire actuel, les spécialistes appellent à une application rigoureuse du droit, fondée sur des preuves établissant l’intention criminelle, sans amalgame entre comportements répréhensibles, orientation sexuelle et état de santé. La loi sur le VIH n’a pas vocation à nourrir la stigmatisation, mais à protéger la santé publique tout en respectant les libertés fondamentales.
Elle consacre enfin une approche équilibrée, où responsabilité individuelle, prévention et respect des droits humains constituent les piliers de la réponse juridique et sanitaire au VIH au Sénégal.
C.G.D

