À l’occasion du 146e anniversaire de l’Appel de Seydina Limamou Laye, la communauté layène s’est arrêtée sur un thème d’une brûlante actualité : « La solidarité islamique face aux défis actuels ». Dans un monde secoué par des crises économiques, sociales et morales, les enseignements du Saint-Maître résonnent comme un rappel essentiel à l’entraide, à la justice sociale et au vivre-ensemble.
Dans un monde secoué par les crises économiques, les replis identitaires et l’érosion progressive du lien social, la question de la solidarité s’impose avec acuité. Partout, les sociétés semblent fragilisées par l’individualisme, la précarité et la perte de repères collectifs. Face à ces défis multiformes, l’islam rappelle un principe fondamental : l’entraide comme socle du vivre-ensemble et condition de la justice sociale.
C’est dans ce contexte que la communauté layène célèbre le 146ᵉ anniversaire de l’Appel de Seydina Limamou Laye, autour du thème : « La solidarité islamique face aux défis actuels ». Un choix qui résonne comme un rappel puissant de l’héritage spirituel et social légué par le Mahdi, dont l’enseignement plaçait l’égalité entre les hommes, le refus de l’injustice et la primauté du collectif au cœur de la vie communautaire.
À Yoff, Cambérène et dans les autres foyers layènes, cet idéal de solidarité continue de s’exprimer au quotidien, malgré les mutations du monde contemporain. Responsables religieux, membres de la commission scientifique, enseignants et acteurs communautaires s’accordent à dire que les enseignements de Seydina Limamou Laye constituent aujourd’hui encore une réponse crédible aux fractures sociales, à la pauvreté et aux dérives qui minent les États et les sociétés.
Petit-fils de Baye Laye et maire de Yoff, Seydina Issa Laye Sambe souligne la centralité de la solidarité dans la lutte contre la pauvreté. Selon lui, si ce principe était réellement appliqué à l’échelle mondiale, nombre de fléaux sociaux pourraient être contenus. « Si la solidarité existait véritablement dans le monde, elle aurait pu régler le problème de la pauvreté », affirme-t-il.
Au Sénégal, l’élu local évoque certaines politiques sociales mises en place par l’État, comme la couverture sanitaire universelle ou la carte d’égalité des chances. Des initiatives utiles, mais insuffisantes, estime-t-il, face à l’ampleur des inégalités. Pour Seydina Issa Laye Sambe, la solution durable réside dans un retour sincère aux enseignements de Seydina Limamou Laye, fondés sur la justice sociale, l’équité et la dignité humaine.
Enseignements de Seydina Limamou Laye
Il rappelle également un principe fondamental prôné par le Mahdi : le rejet absolu du bien illicite. « Aujourd’hui, le fonctionnement de nos États est plombé par les détournements et la corruption. Ce qui est pris illicitement aurait pu financer l’éducation et la santé, deux secteurs essentiels au développement de l’homme », déplore-t-il. L’homme, dit-il, a besoin à la fois de savoir et de soins pour s’épanouir pleinement.
Même analyse chez Oustaze Assane Seck, animateur religieux à la Tfm, qui inscrit la question de la solidarité dans un contexte mondial marqué par des crises multiformes. Crises économiques, tensions autour des ressources énergétiques, conflits armés. Autant de facteurs qui fragilisent les sociétés et poussent les populations vers des pratiques de survie parfois contraires aux valeurs morales.
« La pauvreté est à l’origine de beaucoup de dérives. Et je crois profondément que la solidarité peut régler la question de la pauvreté », soutient-il. Pour lui, le repli sur soi et le manque de solidarité nourrissent les guerres et les divisions qui traversent le monde.
Chargé de communication de la Commission scientifique de l’Appel, Assane Niang insiste sur le caractère plus que jamais vital de la solidarité islamique. « Au Sénégal, comme ailleurs, de nombreuses personnes peinent à subvenir seules à leurs besoins. Cette réalité, marquée par des pertes sociales, économiques et humaines, rend indispensable le renforcement des mécanismes de solidarité », explique-t-il.
Il observe une montée inquiétante de l’individualisme, notamment dans les sociétés occidentales, où la quête du développement personnel se fait souvent au détriment du collectif. Une trajectoire qui, selon lui, montre aujourd’hui ses limites. La crise actuelle est globale et n’épargne aucune société.
Influences extérieures, révolution numérique, écrans omniprésents. Des facteurs qui érodent progressivement les pratiques traditionnelles de solidarité. Assane Niang rappelle à ce propos une mise en garde de Chérif Ousseynou Laye : « L’agression ira jusqu’au cœur de vos vies ». Un avertissement longtemps sous-estimé, mais qui prend aujourd’hui tout son sens.
Pourtant, note M. Niang, des modèles de solidarité vivante subsistent, notamment dans des localités comme Yoff, Cambérène ou Malika. Des communautés où les générations grandissent ensemble, où l’entraide quotidienne demeure une réalité concrète.
Les concessions familiales, organisées autour de cases ou de huttes, incarnent cette interdépendance où chaque famille compte sur l’autre. « C’est ce modèle que certaines influences ont cherché à fragiliser, en introduisant des valeurs étrangères à notre socle culturel et spirituel », analyse-t-il.
Plaidoyer pour l’entraide
De son côté, Élimane Niang, enseignant en arabe et membre de l’Association des imams et oulémas de Yoff, rappelle que la solidarité commence d’abord à l’échelle la plus proche. « Elle débute dans la famille, entre voisins, dans le respect mutuel, le partage du savoir et même dans la préservation de l’environnement », affirme-t-il.
L’éducation des enfants occupe une place centrale dans cette démarche : leur transmettre les préceptes de l’islam, le goût du travail, le sens de la prière et la connaissance des interdits religieux. Aider les démunis, insiste-t-il, doit se faire avec discrétion, sans les exposer à l’humiliation publique.
Pour Élimane Niang, la solidarité islamique constitue également un rempart contre les divisions ethniques. « Aucune ethnie n’est supérieure à une autre. Nous sommes tous égaux devant Allah (SWT). Le Prophète a toujours banni ces classifications », rappelle-t-il, appelant à une société fondée sur l’entraide, l’amour du prochain et la convivialité.
Membre de la commission scientifique de l’Appel, Cheikh Makhtar Guèye croit que la solidarité est au cœur même du message de Seydina Limamou Laye. « Dans ses sermons, tout renvoie à la solidarité. Il en faisait un principe universel », explique-t-il.
Le Mahdi distinguait deux failles : la famille biologique et la famille sociale, celle du vivre-ensemble. Dans la tradition layène, les patronymes s’effacent au profit d’une identité commune : Laye. Riche ou pauvre, chacun possède le même statut.
« C’est une société égalitaire, et c’est cela, la solidarité », résume-t-il. À travers ce thème, le 146e anniversaire de l’Appel de Seydina Limamou Laye apparaît ainsi comme un rappel face aux défis contemporains.
La réponse réside dans le retour aux valeurs fondamentales de solidarité, d’égalité et de justice, léguées par Seydina Limamou Laye à l’humanité tout entière.
Babacar Guèye DIOP

