Le Syndrome des ovaires polykystiques (Sopk) touche de nombreuses femmes, souvent sans être diagnostiqué à temps. Entre symptômes multiples, impact sur la santé reproductive et manque d’information, cette pathologie révèle l’urgence d’une meilleure sensibilisation et d’un accompagnement adapté.
Le Syndrome des ovaires polykystiques, plus connu sous l’acronyme Sopk, est, aujourd’hui, reconnu par l’Organisation mondiale de la santé (Oms) comme l’un des troubles hormonaux les plus fréquents chez les femmes en âge de procréer. À l’échelle mondiale, l’Oms estime que cette affection touche entre 6 % et 13 % des femmes ; ce qui représente plusieurs dizaines de millions de personnes.
Pourtant, malgré cette prévalence élevée, près de 70 % des cas ne seraient jamais diagnostiqués. Cette réalité mondiale prend une dimension particulière au Sénégal où l’absence de données nationales officielles et la faiblesse des dispositifs de dépistage contribuent à maintenir cette pathologie dans l’ombre.
Le Sopk est une maladie endocrinienne chronique caractérisée par un déséquilibre hormonal qui perturbe le fonctionnement des ovaires. Il se manifeste, le plus souvent, par des règles irrégulières ou absentes, des troubles de l’ovulation, une production excessive d’androgènes, de l’acné persistante, une pilosité excessive, parfois une chute de cheveux, ainsi qu’une prise de poids difficile à contrôler, selon la sage-femme Sina Diop, du centre de santé Annette Mbaye d’Erneville de Ouakam.
« On estime qu’environ 10 % des femmes sont concernées, mais beaucoup l’ignorent, faute de diagnostic. Les facteurs favorisants restent la génétique, la résistance à l’insuline, le surpoids et les déséquilibres hormonaux », fait-elle observer.
En ce sens, l’Oms rappelle, à son tour, que le Sopk constitue l’une des premières causes d’anovulation et figure parmi les principales causes d’infertilité féminine dans le monde. Mais, réduire ce syndrome à la seule question de la fertilité serait une erreur.
Selon les analyses de l’Organisation, le Sopk est également associé à un risque accru de diabète de type 2, d’hypertension artérielle, de troubles du cholestérol, de maladies cardiovasculaires, et, dans certains cas, de cancer de l’endomètre. Pour de nombreuses femmes, le parcours commence par une incompréhension profonde de leur propre corps.
Des troubles psychologiques
À Dakar, Aïssatou, 27 ans, raconte avoir vécu plusieurs années avec des cycles menstruels très espacés, parfois seulement deux ou trois règles par an. « On me disait que ce n’était rien, que c’était le stress ou l’âge, que ça passerait avec le temps », explique-t-elle.
À ces troubles s’ajoutaient une acné sévère, une fatigue constante et une prise de poids inexpliquée. Après de multiples consultations sans réponse claire, le diagnostic de Sopk tombe enfin.
« J’ai ressenti un soulagement, mais aussi une grande peur. La première chose à laquelle j’ai pensé, c’est la maternité. Est-ce que je pourrai avoir des enfants ? », s’est-elle interrogée.
Pour cela, la sage-femme Sina Diop renseigne que le Sopk peut retarder une grossesse et affecter le bien-être, mais n’empêche pas forcément d’avoir des enfants. Cette peur est partagée par beaucoup de femmes atteintes du Sopk. Dans les sociétés où la maternité reste un pilier central de la reconnaissance sociale des femmes, les troubles de la fertilité prennent une dimension particulièrement lourde.
T. D, 27 ans, mariée depuis six ans, vit avec ce poids au quotidien. « Quand tu n’as pas d’enfant, on ne cherche pas à comprendre. On ne parle pas de maladie. On te regarde comme si tu avais échoué », confie-t-elle.
Pour elle, le Sopk est devenu une maladie silencieuse qu’elle porte seule, par peur du jugement et des rumeurs. Au-delà de l’infertilité, l’Oms insiste sur l’impact psychologique du Sopk, généralement sous-estimé. Les femmes atteintes présentent des taux plus élevés d’anxiété, de dépression et de troubles de l’image corporelle.
L’acné persistante, la pilosité excessive ou la prise de poids contribuent à fragiliser l’estime de soi, surtout dans des contextes où les normes esthétiques sont strictes. Pourtant, dans la plupart des parcours de soins, ces dimensions psychologiques sont rarement prises en compte. « On te parle de tes hormones, de tes ovaires, mais jamais de ce que tu ressens », résume Aïssatou.
Au Sénégal, le diagnostic du Sopk reste souvent tardif. Les symptômes sont fréquemment banalisés ou attribués à des causes passagères. L’accès limité aux examens hormonaux, le manque de spécialistes et l’insuffisance de sensibilisation du grand public compliquent la prise en charge. Cette situation reflète une problématique plus large soulignée par l’Oms.
Le traitement, le nœud gordien
Il n’existe pas de traitement curatif du Sopk, mais l’Oms souligne que des interventions adaptées peuvent considérablement améliorer la qualité de vie des patientes.
Les recommandations reposent sur une approche globale associant des changements de mode de vie, notamment une alimentation équilibrée et une activité physique régulière, des traitements hormonaux pour réguler les cycles menstruels ou réduire certains symptômes et, si nécessaire, des traitements de fertilité.
Le Sopk met ainsi en lumière une réalité plus large : celle de la santé des femmes, encore trop souvent reléguée au second plan. Le retard de diagnostic, la minimisation des symptômes et le silence qui entoure cette maladie traduisent une forme de violence médicale et sociale. Parler du Sopk, c’est interroger la place accordée à la parole des femmes, à leur douleur et à leur droit à une information claire sur leur propre corps.
« Si j’avais été écoutée plus tôt, j’aurais évité des années de doute et de culpabilité », confie Aïssatou. Au Sénégal comme ailleurs, sortir le Sopk de l’ombre est devenu une nécessité.
L’Oms le rappelle : reconnaître cette maladie comme un enjeu de santé publique est une étape essentielle pour réduire le sous-diagnostic, prévenir les complications à long terme et améliorer la qualité de vie de millions de femmes.
Briser le silence, écouter les témoignages et intégrer le Sopk dans les politiques de santé reproductive, c’est permettre aux femmes de comprendre leur corps et de ne plus porter seules le poids d’une maladie invisible. Le silence, lui, ne soigne pas.
Par Amadou KÉBÉ
