Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Gueye Diop a affiché une détermination sans faille lors de l’atelier de validation du Plan stratégique de développement (PSD) 2026-2030 de l’Agence de régulation des marchés (ARM) vendredi à Dakar. Dans un discours aux accents souverainistes, il a détaillé une stratégie de protectionnisme assumé.
Élaboré avec l’appui technique de l’agence belge de coopération internationale, Enabel, le Plan stratégique de développement (PSD) de l’Agence de régulation des marchés (ARM) a été présenté ce vendredi 3 avril 2026 au cours d’un atelier de validation.
Prévu sur la période 2026-2030, ce projet a pour objectif de contribuer activement à l’atteinte des objectifs du Sénégal en matière de souveraineté alimentaire. Ainsi, le ministre de l’Industrie et du Commerce, qui a présidé la cérémonie d’ouverture, s’est félicité d’une réussite historique relative à la production de certains produits horticoles.
En fait, Serigne Guèye Diop a affirmé que c’est la première fois que le pays est resté onze mois sans importer un seul kilogramme de pomme de terre. À l’en croire, pour garantir l’écoulement des récoltes locales, l’État n’hésite plus à verrouiller les frontières.
« On a fermé le marché d’importation de la pomme de terre, de l’oignon, de la banane. Et on continuera à fermer le marché pour protéger nos producteurs », a-t-il martelé. Dans la filière banane, les résultats financiers confirment la pertinence de cette mesure.
Un gel des importations de six mois en vue
« La fermeture des frontières pendant trois mois a permis de conserver 9 milliards de francs CFA au Sénégal. L’ambition pour l’année prochaine est de passer à six mois de fermeture », a-t-il ajouté.
A ce sujet, le ministre déclare à qui veut l’entendre : « Mon rôle en tant que ministre est de protéger nos agriculteurs, nos industriels, et on doit le faire quoi qu’il en coûte, malgré les attaques de l’OMC et de la CEDEAO. »
Outre les produits horticoles, le ministre du Commerce soutient que cette dynamique de protection s’élargit désormais aux cultures céréalières, avec une attention particulière pour le riz. Il rappelle la signature d’un accord visant à bloquer les importations de riz entier tant que la production nationale est disponible.
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« Aucune graine de riz entier ne sera importée au Sénégal tant qu’on n’aura pas épuisé les stocks de riz local », a prévenu le ministre, annonçant par la même occasion la mise en place d’un fonds de subvention dédié.
Pour le gouvernement, cet acharnement à soutenir le local est une nécessité absolue puisque « la souveraineté alimentaire n’a pas de prix ». Dans un monde marqué par l’instabilité, notamment le conflit dans le Golfe, le Sénégal refuse de rester vulnérable.
« Tous les pays qui n’ont pas de stock de produits alimentaires sont des pays à risque », a averti M. Diop, fixant un ultimatum de trois ans pour que le pays ne dépende plus de l’extérieur pour la pomme de terre, l’oignon et la carotte.
Construction de chambres froides à travers le pays d’ici trois ans
C’est dans cette dynamique que s’inscrit le projet de construction de chambres froides d’une capacité de 250 000 tonnes d’ici trois ans.
« Grâce au dynamisme des maraîchers, nous avons pratiquement atteint des quantités suffisantes pour la pomme de terre et l’oignon. Malheureusement, nous avons des pertes post-récolte liées à un manque de structures de refroidissement et de stockage à froid », regrette-t-il.
Au-delà de faire face à l’importation, les chambres froides vont, selon le ministre, garantir la régulation des prix.
« Dès qu’il y aura ces chambres froides, il n’y aura plus de hausse ou de baisse intempestive et les consommateurs bénéficieront de leur consommation mensuelle », rassure le ministre. Toutefois, il estime que ces infrastructures doivent être construites par le secteur privé avec le soutien de l’ARM.
En effet, pour le ministre, celle-ci doit s’imposer comme une institution de référence, « capable d’anticiper les crises, d’accompagner les transformations et de contribuer à l’élaboration de politiques publiques fondées sur des données fiables ».
C’est dans ce sens que l’institution a mis en œuvre un Plan stratégique de développement 2026 grâce à l’appui technique de l’agence belge de développement (Enabel). Laquelle contribuera, selon sa représentante Aïssatou Keïta, « à renforcer des marchés plus transparents, plus équitables et plus performants, au service des producteurs, des entreprises et des consommateurs ».
Fatou SY

