Le Carnaval de Dakar, pour sa 6e édition, s’est ouvert officiellement, vendredi 28 novembre, à la Maison de la Culture Douta Seck, sur un panel qui a concerné l’héritage culturel comme des Noirs d’Afrique et de la communauté afrodescendante.
Une table ronde au sujet de notre « Sunu cosaan – notre héritage » a lancé, hier, la 6e édition du Carnaval de Dakar, à la Maison de la Culture Douta Seck. Les intervenants ont entretenu les festivaliers du parcours socioculturel qui part de la racine africaine pour nourrir les cultures afrodescendantes du monde.
Il s’est agi d’évoquer la survie, l’évolution et la vitalité des cultures d’Afrique à travers ses diasporas issues notamment de la Traite négrière. Comme pour illustrer en notes et en rythmes cette connexion continue, le xalam de Malick Socé (Ensemble lyrique du théâtre Daniel Sorano) a donné le ton aux percussions battues en harmonie par le Djembe Rythme Thiossane (Sénégal) et Mas Ka Klé (Guadeloupe). Un réveil des tambours qui a suffi, seul, à affirmer la gémellité.
Cette connexion culturelle et spirituelle est expliquée par l’un des panélistes, le musicien et acteur culturel guadeloupéen Jean-Michel Samba, à travers les « laacou ». Ce sont des espaces de vie culturels, créés à partir des lopins de terre habités par les Afrodescendants dès après l’abolition de l’esclavage.
Le fondateur et directeur artistique de l’ensemble rythmique Mas Ka Klé indique que l’héritage a déjà tout à voir avec la survie. C’est pour avoir compris cela que les descendants ont conçu ces habitations comme des lieux de mémoire, de préservation des pratiques culturelles, de récréation d’unité identitaire et d’ancrage spirituel. Ce sont, par ailleurs, des espaces de résistance et de pratique des cultes. Les carnavals sont, à ce sujet, un mouvement d’expression qui prolonge cet esprit mémoriel.
C’est cette conservation identitaire qui a mis à l’aise le chef d’entreprise haïtien Jean-Pierre Dalencour, quand il a fui son pays après des persécutions pour s’installer à Dakar.
Le jazz, un pont d’exception
« Je me suis tout de suite senti chez moi. Je voyais dans les faciès des expressions et des visages qui m’étaient familiers, dans lesquels je reconnaissais des parents, des amis, des voisins », témoigne le Haïtien, qui a lancé un carnaval qui chante les liens culturels entre son peuple et le Sénégal. J.P. Dalencour cite l’exemple de « Bouki et Ti Malice », qui présente des similitudes avec « Bouki et Leuk », et s’imprime fortement dans la conscience des Haïtiens avec la même onde des récits.
Comme Jean-Michel Samba, le ressortissant d’Haïti place l’oralité comme un des moyens essentiels qui ont permis de ne pas rompre le lien avec l’Afrique. La musique a constitué un liant d’exception. Le jazz, en particulier, qui a des racines africaines.
Intervenant à ce sujet, Pr Maguèye Kassé a illustré par le dernier opus « New African Orleans » et le film documentaire « Tukki : des racines au Bayou », signés par le bassiste et auteur-compositeur Alune Wade. Dans cet album, le titre 2 « Boogie & Juju » est édifiant. C’est la jonction du boogie-woogie des afrodescendants et du jùjú nigérian.
Le boogie-woogie est un style de jeu de piano joué au jazz, et issu du blues. Il porte des marques de l’esclavage, dans une approche de renaissance. Le jùjú est un genre folklorique yoruba (Nigéria), issu des percussions traditionnelles.
Après une explication de l’album « New African Orleans » et le film documentaire qui revient en images sur l’opus, le critique d’art a salué le travail du musicien Alune Wade qui en fait un formidable storyteller. « Outre l’évocation réussie de ce passé douloureux, il nous invite à un voyage inverse dans une Afrique qui continue à ses diasporas musicales sa sève nourricière de la création et de la créativité », a décrypté Pr Kassé.
Ce dernier considère le jazz comme un canal de choix dans la revendication de reconnaissance, de liberté et de libération. « Notre génération, comme celle qui l’a précédée, a opéré sa rencontre avec le jazz sur le fond culturel qui part de sa source même ; source faite de souffrances et de rejets multiples. C’est là que l’histoire du jazz revêt une importance singulière, étant un acte de noblesse acquise de haute lutte dans une universalité digne des aspects les plus positifs du siècle des Lumières », a enseigné le professeur titulaire des Universités et critique d’art.
Un pont culturel entre Dakar et la diaspora afrodescendante
Le Carnaval de Dakar a opéré son ouverture officielle, hier, mais a débuté depuis le 26 novembre. Labellisé par Ecofest, l’évènement poursuit son programme festif aujourd’hui samedi, avec son rendez-vous phare, la Grande parade du carnaval. La procession prendra le départ de la Maison de la Culture Douta Seck pour arpenter les rues de la Médina.
Hier vendredi, il y a eu le live painting sous le thème « La culture unit les peuples », avec l’artiste guadeloupéen Al Pacman et le collectif Meeting of styles Sénégal qui regroupe 10 nationalités.
Enfin, des cyphers sous le sceau des « Filiations africaines » ont mis en piste l’Association Kaay Fécc, en plus du mix rap-slam-taassou.
Dès mercredi 26 novembre, des tannebéer (séances publiques de danses) ont mis en symbiose le public avec les rythmes croisés de la Guadeloupe (Mas Ka Klé) et du Sénégal (Djembé Rythme Thiossane et Sing Sing Rythmes).
Le jeudi 27 novembre, le volet art visuel a eu lieu. Le vernissage de l’expo photo « Dans l’œil de Joël Dubourd : le masque en Guadeloupe » a été montré au Centre culturel Blaise Senghor. Le masque y a été présenté dans son sens culturel et spirituel, comme dans tous les peuples noirs, étant quelque chose qui ne sert pas à cacher, mais à se transcender.
Il y a eu encore, en soirée, le spectacle Léwoz par Mas Ka Klé (percussions et danses de Guadeloupe).
Mamadou Oumar KAMARA

