La crise s’installe dans la vallée du fleuve Sénégal. Réunis ce samedi à Ross-Béthio, producteurs et transformateurs de riz ont alerté face à une situation jugée critique. En effet, des dizaines de milliers de tonnes de riz local restent invendues, mettant en péril toute la chaîne de valeur. Selon Alioune Diagne, président de l’Association nationale des riziers, plus de 50 000 t de production sont actuellement stockées sans débouchés depuis près de quatre mois. Une accumulation qui intervient pourtant dans un contexte de bonnes performances agricoles. Entre les campagnes de contre-saison et d’hivernage, la production a dépassé les 200 000 t de riz blanc ; un niveau record.
Mais cette abondance se transforme aujourd’hui en fardeau. Dans les entrepôts, environ 14 000 t de riz blanc et près de 40 000 t de paddy attendent preneurs. Conséquence directe : plusieurs unités de transformation ont ralenti, voire suspendu leurs activités, entraînant la mise en chômage technique de nombreux travailleurs. Les acteurs de la filière pointent du doigt l’absence de mesures d’accompagnement de l’État. Ils réclament notamment l’application d’une subvention de 50 F CFA par kilogramme pour rendre le riz local plus compétitif face aux importations.
Par ailleurs, les achats institutionnels annoncés par le Premier ministre Ousmane Sonko tardent à se concrétiser. « Depuis ces annonces, aucune avancée n’a été enregistrée. Le dossier ne semble même pas encore traité au niveau du ministère des Finances », déplore Alioune Diagne. Certes, une convention signée avec l’État le 12 novembre 2025 a permis d’écouler un peu plus de 6 000 t, mais cet effort reste largement insuffisant face à l’ampleur des stocks. Dans le même temps, les importateurs ont réduit leurs achats, accentuant la saturation du marché.
Face à cette impasse, les transformateurs ont fait le choix de suspendre le décorticage pour éviter une détérioration des produits. « Nous préférons conserver le paddy plutôt que de produire plus de riz blanc qui ne trouve pas preneur », expliquent-ils. À cette crise commerciale s’ajoute une pression financière de plus en plus forte. Les opérateurs peinent à honorer leurs engagements bancaires et à mobiliser les ressources nécessaires pour préparer la prochaine campagne. Pour Aïssatou Gaye, présidente du Collège des transformateurs, l’équation est simple : sans vente, aucun remboursement n’est possible.
Dans un contexte où le Sénégal ambitionne de renforcer sa souveraineté alimentaire, les professionnels du secteur appellent à des décisions urgentes. Ils estiment qu’un soutien rapide et structuré est indispensable pour éviter l’effondrement d’une filière stratégique pour l’économie nationale et l’emploi rural.
Auteur: Babacar SENE(Correspondant) Saint-Louis

