Lors de la cérémonie marquant le neuvième anniversaire du Mouvement national des enseignants de Patriotes (MONEP), ce vendredi 3 avril, le Premier ministre Ousmane Sonko a tenu un discours ferme et sans détour à l’endroit des enseignants en grève, dans un contexte de tensions persistantes dans le secteur éducatif sénégalais.
Face à une assistance composée d’acteurs du monde éducatif, le chef du gouvernement a d’abord rejeté toute lecture politicienne de la crise actuelle, tout en exprimant son souhait que les revendications restent strictement professionnelles. Il a insisté sur le bilan de son gouvernement, affirmant qu’en seulement deux ans, plus d’actions en faveur des enseignants ont été réalisées que durant les douze années du régime précédent.
Dans un ton direct, Ousmane Sonko a appelé à un sursaut de responsabilité, notamment de la part des intellectuels et des enseignants. « Nous sommes une maison de verre », a-t-il déclaré, évoquant la transparence du gouvernement sur les capacités financières de l’État et les limites temporelles de ses engagements. Il a regretté ce qu’il considère comme un manque de compréhension à la base enseignante, pointant une mauvaise restitution des discussions en cours avec les leaders syndicaux.
Le Premier ministre a également réaffirmé son engagement à réformer en profondeur le système de rémunération des fonctionnaires, qu’il juge lui-même « injuste et inéquitable ». Toutefois, il a tenu à tempérer les attentes : une telle réforme, touchant près de 200 000 agents publics, ne saurait être menée dans la précipitation. Des comités techniques sont déjà à pied d’œuvre, notamment au ministère des Finances, pour proposer un modèle plus juste et équilibré.
Abordant la question sensible des retenues sur salaire, Ousmane Sonko a adopté une position de fermeté. S’il s’est opposé à toute sanction visant des enseignants non-grévistes, demandant leur régularisation immédiate le cas échéant, il a en revanche défendu le principe de retenue pour les jours non travaillés. « Ce n’est ni un délit ni un crime, c’est l’exercice réciproque de droits », a-t-il martelé, soulignant qu’un salaire perçu sans travail constitue, selon lui, un « salaire indu ».
Dans une tentative d’apaisement, le chef du gouvernement a toutefois laissé entrevoir une possibilité de restitution des retenues salariales en cas d’accord rapide entre les parties, tout en fixant un délai strict. Il a insisté sur la nécessité de privilégier le dialogue, rappelant que des discussions avancées avaient déjà suscité la satisfaction des représentants syndicaux.
Enfin, Ousmane Sonko a replacé ces tensions dans un cadre plus large, les présentant comme des « manifestations de résistance » face aux réformes structurelles engagées par son gouvernement. Réaffirmant sa détermination, il a assuré que le mandat confié par les Sénégalais serait mené « avec ouverture, mais aussi avec fermeté ».
Ousmane GOUDIABY

