Derrière l’écran, une industrie souterraine prospérait en toute discrétion. Une filière de production et de diffusion de films pornographiques dits « locaux », opérant sous l’étiquette sulfureuse du « Made in Senegal », vient d’être mise à nu par la Brigade de recherches de Keur Massar. Une enquête de longue haleine, marquée par l’infiltration, qui a conduit à l’arrestation de plusieurs acteurs clés de ce réseau tentaculaire.
Selon Libération, qui révèle les secrets de cette affaire, six personnes ont été arrêtées puis déférées hier au parquet de Pikine-Guédiawaye. Il s’agit de Modou Seck , se présentant comme commerçant, décrit comme recruteur et acteur central du réseau ; Ibrahima Diop (30 ans), monteur-photographe, se disant basketteur ; Mariama Ka (36 ans), commerçante domiciliée à Thiaroye ; la Nigériane Onugbu Lobth (29 ans), résidant à Yoff ; la Congolaise Aissatou Cissokho (26 ans), demeurant à Ouakam ; ainsi qu’un autre mis en cause interpellé dans le cadre de l’enquête.
Les suspects sont poursuivis pour association de malfaiteurs, proxénétisme, collecte et diffusion d’images à caractère personnel, menaces, chantage, mise en danger de la vie d’autrui, ainsi que pour défaut de carnet sanitaire, précise Libération.
L’enquête a révélé que Modou Seck s’était lié à deux administrateurs de sites pornographiques, opérant sous pseudonymes et basés en Europe. Ces derniers géraient notamment les plateformes Nandité.com et Nexna.com, déjà dans le viseur de la Division spéciale de la cybersécurité (DSC), qui avait auparavant procédé à des arrestations dans un dossier connexe.
Toujours selon Libération, Modou Seck a fait la connaissance des administrateurs des sites via Mariama Ka, identifiée comme prostituée. Le réseau reposait sur une organisation bien huilée : les administrateurs étrangers finançaient intégralement les productions, tandis que Modou Seck se chargeait du recrutement des acteurs et actrices, majoritairement issus du milieu de la prostitution. Ibrahima Diop, quant à lui, assurait les tournages et le montage des vidéos, réalisées dans des appartements meublés loués pour l’occasion.
Les communications et le recrutement se faisaient essentiellement via Instagram. Une certaine « Chacha » y jouait un rôle clé, approchant des « débutantes » et « débutants » attirés par la promesse de rémunérations en échange de leur participation à des films pornographiques.
L’affaire a éclaté à la suite d’un renseignement faisant état du partage de vidéos intimes sénégalaises sur des plateformes pornographiques. Les gendarmes ont alors opté pour une stratégie d’infiltration : une femme gendarme s’est fait passer pour une actrice potentielle, ce qui a permis, dans un premier temps, l’arrestation de Modou Seck.
L’exploitation de son téléphone portable a été édifiante. Les enquêteurs y ont découvert 152 vidéos pornographiques « locales ». L’analyse de ces contenus a montré que la majorité des acteurs et actrices étaient de nationalité sénégalaise, mais aussi congolaise et nigériane. Certaines vidéos mettaient en scène des partouzes, parfois avec des actrices cagoulées, tandis que des hommes, dont Modou Seck, apparaissaient à visage découvert.
Face aux enquêteurs, Modou Seck a reconnu avoir amassé des dizaines de millions de FCFA grâce à ses activités d’acteur et de recruteur. Sa collaboration a permis l’interpellation progressive des autres membres du réseau et la réalisation de perquisitions jugées fructueuses.
Chez Ibrahima Diop, les gendarmes ont saisi du matériel de tournage, un gode noir visible dans certaines vidéos, ainsi que des préservatifs et divers produits utilisés lors des séances. Libération souligne enfin que plusieurs acteurs, actrices et recruteurs, formellement identifiés, sont toujours activement recherchés dans le cadre de cette enquête, qui pourrait connaître de nouveaux rebondissements.
Dakaractu

