Les « Lions » ont procuré aux Sénégalais une joie incommensurable en décrochant le titre continental dans une ambiance électrique du stade Moulay Abdellah de Rabat au Maroc où tout semblait leur être hostile. Cette deuxième étoile aussi importante que la première remportée le 6 février 2022 au stade Olembe de Yaoundé devant l’Egypte a pratiquement ou presque la même saveur. Dès lors, il apparaît plus que jamais nécessaire de récompenser les Lions à la hauteur de leur exploit retentissant. D’ailleurs, ces centaines de millions de francs CFA restent en deçà de la joie immense qu’ils ont procurée au peuple sénégalais.
Toutes obédiences confondues, Musulmans, Chrétiens, Animistes et Athées, hommes politiques de tous bords, membres de la société civile, jeunes et moins jeunes, garçons et filles ont exprimé leur «sénégalité», ce commun vouloir de vie commune. De tels moments ne peuvent être offerts que par l’équipe nationale A. C’est pourquoi Monsieur le Président de la République, il convient de veiller à ce que le Sénégal demeure au sommet de la pyramide, sur le toit de l’Afrique et qu’il devienne le hub sportif de l’Afrique de l’Ouest grâce aux performances XXL de notre sélection qui a effacé 57 ans de symphonies inachevées, dissipé les doutes et les larmes, mis un terme à des conflits internes et à des limogeages tous azimuts tout en consacrant l’expertise locale au point d’inspirer d’autres nations africaines.
Toutefois, si cette ambition doit se concrétiser, un changement profond paradigmes, de méthodes, de stratégies s’impose.
« Plan Diomaye »
Notre football a aujourd’hui besoin d’un plan Marshall pour ne pas dire un plan Diomaye. L’octroi de 50 millions à certains officiels ne résout en rien les problèmes du football professionnel sénégalais. Bien au contraire, cette pratique contribue à l’enfoncer davantage dans les zones d’ombre dans lesquelles il se trouve depuis son avènement en 2009. Dans les colonnes de Sud Quotidien nous avons déjà soutenu que la Ligue sénégalaise de football professionnel est devenue un fardeau pour la FSF.
Le concept du « Jub Jubel Jubbanti » adossé à la rupture systémique annoncée aux Sénégalais depuis votre accession à la magistrature suprême, devrait également mettre un terme à la récompense sélective dont bénéficient seulement certains responsables du football, au détriment de l’écrasante majorité qui peine à joindre les deux bouts. Le Sénégal compte plus de 500 présidents de clubs. Ce sont eux qui font vivre le football sénégalais. Ce sont eux qui composent le collège électoral et chargé de désigner les 23 membres du comité exécutif dont la mission est de servir et non de se servir.
Si je puis me permettre Monsieur de la République et Monsieur le Premier ministre, Chef du gouvernement, il serait opportun d’octroyer à la Fédération sénégalaise de football 20 hectares à Diamniadio avec une mission claire d’y ériger un hôtel fédéral flambant neuf et ultramoderne destiné à servir de siège à l’instance mettant ainsi un terme à la location d’immeubles. Cet hôtel devrait également accueillir l’équipe nationale, ce qui permettrait de mettre un terme à la location récurrente d’hôtels. Le complexe pourrait intégrer des terrains synthétiques et/ou en gazon naturel, des amphithéâtres, un centre médico-social, un siège pour la Direction technique nationale ainsi qu’une académie moderne alliant sport et études. Un tel projet serait à l’image de celui de Mohamed VI du Maroc ou de l’institut national Clairefontaine de la France. En engageant une telle réalisation, vous inscririez dans le marbre du football sénégalais un héritage durable, bénéfique à toutes les générations, tout en mettant un terme définitif à la chasse aux primes.
Guerre des primes et confection de la délégation officielle
Il convient de rappeler que la Fédération sénégalaise de football a souvent rencontrer d’importantes difficultés dans la confection de la liste des membres de la délégation officielle. Qui a oublié de la sortie au vitriol de Mame Adama Ndour 3ème vice-président de la FSF suite à l’attribution de primes de 50 millions alloués à certains membres de la FSF au lendemain de la victoire des Lions lors de la CAN 2022. Pourtant ces ressources auraient pu bénéficier à bien d’autres acteurs. Dans le contexte sociologique sénégalais, une fois que le président de la République annonce des primes, les domiciles et bureaux des bénéficiaires sont aussitôt envahis par parents, amis et autres solliciteurs. La question des terrains demeure tout aussi problématique, d’autant que la plupart des bénéficiaires ont déjà revendu aux joueurs ou à des hommes d’affaires les parcelles de 250 mètres carrés qui leur avaient été attribués dans la zone de Ouakam, par l’ancien président Macky Sall.
Partage inéquitable
En ces moments, il est difficile de ne pas avoir une pensée pour feu Abdoulaye Niang. Agent de la Fédération sénégalaise de football, il assurait avec rigueur et fiabilité la gestion du fichier administratif de l’ensemble des acteurs du milieu. Il accomplissait un travail colossal et occupait un rôle central au sein de la Fédération sénégalaise de football, unanimement salué. Que dire également de Pape Fall ? Je les qualifie de disques durs de la FSF. Portant au moment du partage des récompenses, ces gardiens du temple et travailleurs de l’ombre ont été trop souvent oubliés.
Je peux aussi citer des jeunes cadres comme Mamadou Diouf dont le rôle a été unanimement salué pour avoir assuré avec brio l’intérim de Victor Ciss, à qui nous souhaitons un prompt rétablissement. Aussi bien au sein de la Fédération sénégalaise de football que dans le ministère, les primes ont généré des dissensions et des jalousies. Même si il y a eu une petite lueur d’espoir au ministère des Sports où les 305 millions auraient été nous dit-on, destinés à l’ensemble des agents. A la Fédération sénégalaise de football, l’idée de restituer une partie des fonds afin de les redistribuer équitablement avait été évoquée par le passé. Cependant, la majorité y a opposé un niet catégorique digne d’un Andreï Gromyko.
Cela démontre, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier ministre, qu’il est temps de mettre un terme à cet enrichissement sans cause et/ou illicite, à cette logique de récompense sélective et de poser des actes forts en faveur du développement global structuré et équitable en faveur du développement global du football sénégalais.
Abdoulaye THIAM

