Le contexte socio-politico-économique de notre pays fait craindre le pire à de nombreux observateurs, préoccupés par la tension qui va crescendo. Les élections législatives, que vous avez fixées au 31 juillet prochain, rendent davantage perceptible la crise politique qui a fini de s’installer. Les acteurs politiques, se regardant en chiens de faïence, s’ils ne se distribuent pas allégrement des insultes, ne se vouent aucune once de confiance. C’est la méfiance qui en résulte qui suscite la défiance.
Monsieur le Président,
Pendant ce temps, les Sénégalais sont en proie à une autre crise, celle-là économique. Les denrées de première nécessité sont de moins en moins à leur portée, leurs prix ayant sensiblement augmenté. Une situation qu’explique, en grande partie, notre insécurité alimentaire que la guerre en Ukraine et l’embargo imposé au Mali ont fortement exacerbée.
Monsieur le Président,
C’est au lendemain du drame qui a emporté de nombreux bébés à l’hôpital El Hadji Mame Abdou Aziz SY de Tivaouane, que j’ai voulu vous adresser cette lettre. Mais, le discours de Serigne Babacar SY Mansour, à qui je présente, au passage, mes plus attristées condoléance, et la visite historique du vénéré Serigne Mountakha MBACKE à Dakar, m’en avaient dissuadé. Seulement, cette tragédie, qui aurait pu nous rassembler autour d’un deuil qui revêtirait alors son caractère national, n’a pas réussi là où la pandémie du coronavirus a échoué. La tension est encore plus palpable et la décision que le Conseil constitutionnel a rendue dernièrement l’a davantage accentuée. Des rassemblements sont appelés de part et d’autre, pendant que menaces et insultes agrémentent de plus en plus le discours des Sénégalais.
Monsieur le président de la République
Face à cette situation, ne pas vous interpeller, c’est une « non-assistance à un pays en danger ». Un pays dont vous avez en charge la destinée et dont il vous incombe de retransmettre en entier, tel que vous l’avez reçu de votre prédécesseur. Le chemin qu’il prend est loin de me conforter. Et, vous le savez Monsieur le président, c’est quelqu’un qui vous tient en haute estime, qui vous le dit. Quelqu’un qui a été à vos côtés quand, pratiquement, tous ceux qui tournent, aujourd’hui, autour de vous œuvraient dans le but de vous nuire. Rappelez-vous d’hier. Rappelez-vous de ce qu’a été notre posture quand tout un régime s’est braqué contre vous. Ensemble, nous avions crié « non à l’injustice ». Ensemble, nous avions refusé que l’expression de vos ambitions pour le pays soit considérée comme un crime de lèse-majesté.
Monsieur le Président,
Ce serait incompréhensible que le Sénégal traverse, une nouvelle fois, sous votre magistère, une crise comme exactement celle de 2011-2012 qui a coûté la vie à de nombreux jeunes.
Vous avez fait deux mandats. Vous êtes déjà entré dans l’histoire de ce pays. Monsieur le Président, faîtes de sorte que votre nom soit associé à la cohésion nationale consolidée qui est tout aussi significative que les ponts, autoroutes et autres infrastructures que vous laissez à la postérité.
En dehors de nos révérés Khalifes, vous êtes, aujourd’hui, le seul à pouvoir dénouer cette crise manifeste. Au Sénégal où on vote depuis bien avant l’indépendance, aucune vie ne devrait être perdue à cause d’une élection.
Serigne Abdou Mbacké, Khalife Baye Cheikh Khady, Darou Moukhty
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