Si la capitale et sa banlieue ont été relativement épargnées par la grève des transporteurs, les usagers en partance pour les régions ont vécu un véritable calvaire, entre longues heures d’attente et flambée des tarifs.
Les mines déconfites après trois interminables heures d’attente, deux dames assises à l’extrémité d’un banc, à côté de deux jeunes hommes, rouspètent contre la grève des transporteurs. Il est 11 heures, ce 30 mars 2026, au croisement de Keur Massar, dans la banlieue dakaroise. C’est le premier jour du mouvement d’humeur des transporteurs.
Les véhicules à destination de Louga, Kaolack et Touba se font désirer. Seules les voitures pour Thiès et Mbour circulent, mais à des prix exorbitants : certains chauffeurs ont fait passer le prix du ticket de 2.000 à 6.000 FCfa.
«J’ai laissé mes moutons à Louga depuis samedi. Si je ne rentre pas à temps, ils vont mourir de faim et de soif», fulmine un voyageur mécontent.
«Je dois me rendre à Nguékhokh pour un séminaire. Habituellement, je payais entre 1.000 et 1.500 FCfa. Aujourd’hui, on me réclame 10.000 FCfa. À ce prix-là, je préfère rebrousser chemin», confie une dame voyageant léger.
À l’autre extrémité du banc, une voyageuse a les larmes aux yeux. Elle refuse de s’épancher sur le sujet, affirmant simplement qu’il est vital pour elle de rallier Fissel avant 13 heures.
Une jeune mère de famille abonde dans le même sens : «D’habitude, je payais 3.500 FCfa. Cette fois, pour mes enfants et moi, on me demande 10.000 FCfa, sans compter les bagages facturés à 2.000 FCfa. J’ai dû débourser 12.000 FCfa au total.»
En attente d’un véhicule pour Diourbel, M. Samb, la trentaine, évoque une urgence familiale à Kaolack.
«Je pensais que la grève concernait uniquement les bus « Tata »», confie un autre client, désemparé.
Du côté des véhicules dits «7-places», on se frotte les mains : le malheur des uns fait le bonheur des autres.
Interrogé sur le mouvement, un chauffeur précise : «Nous ne sommes pas concernés. Mais notre point commun avec les grévistes reste les tracasseries routières qui absorbent tous nos bénéfices.»
Quant à la hausse des tarifs, il la nie avec véhémence : «Le trajet est à 3.000 FCfa, nous n’avons rien augmenté. C’est une fausse accusation.»
À la gare de Keur Massar, les véhicules pour Ngor, Yoff, l’Aéroport, Pompiers, Rufisque ou Colobane circulent comme si de rien n’était.
Malick Diouf, représentant des chauffeurs de cars «Ndiaga Ndiaye», explique : «Nous, partisans de Gora Khouma, ne sommes pas concernés par cette grève. Il en va de même pour certains bus « Tata », les « War Gaindé », les cars rapides et les minicars assurant le trajet Sangalkam-Rufisque. Dakar n’a pas suivi le mouvement.»
Un impact contrasté dans la banlieue
La grève de trois jours, entamée, hier, dans le secteur du transport, n’a pas perturbé la mobilité dans la banlieue dakaroise. Au cours de cette première matinée, l’ensemble de l’écosystème du transport terrestre (bus Dakar Dem Dikk, bus Tata, cars Ndiaga Ndiaye et taxis collectifs («clandos»)) a fonctionné normalement.
À Bountou Pikine où le trafic est fluide, un chauffeur de «Ndiaga Ndiaye» confirme cette tendance. Installé au volant, attendant le signal de son apprenti pour démarrer, Talla Faye explique son choix : «Je ne suis pas en grève pour des raisons personnelles, mais je ne blâme pas mes collègues qui suivent le mouvement.»
Selon lui, le débrayage concerne principalement les transporteurs interurbains.
Le constat est effectivement tout autre à la gare interurbaine des Baux Maraîchers où la grève est massivement suivie. L’effervescence habituelle a laissé place au calme : les rabatteurs, qui interceptent en temps normal les clients devant le portail, ont disparu.
À l’intérieur, les voyageurs se font rares. Le décor est inhabituel : des apprentis discutent bruyamment par petits groupes, tandis que des chauffeurs, assis à l’ombre d’abris de fortune, échangent à voix basse.
«Nous avons croisé les bras pour respecter le mot d’ordre de la fédération des syndicats des transports routiers du Sénégal. Aucun bus ni minibus, en particulier ceux assurant la liaison entre Dakar et les régions, n’a circulé aujourd’hui. Notre président (Alassane Ndoye, ndlr) nous a demandés d’immobiliser nos véhicules et de rester chez nous», confie Baba Thiam, président des chauffeurs de la gare des Baux Maraîchers.
Selon lui, le mouvement est largement suivi.
Ce débrayage serait la conséquence directe d’un manque de volonté du gouvernement de résoudre les crises du secteur.
Toutefois, on a noté qu’une infime partie des chauffeurs n’a pas respecté le mot d’ordre.
Pour Alioune Ndiaye, ancien conducteur, ce manque de cohésion s’explique par un défaut de communication au sein de la corporation.
Hadja Diaw GAYE et Abdou DIOP

