La vie d’un homme porteur d’un message spirituel majeur n’est jamais exempte d’épreuves. Celle de Seydina Limamou Laye en témoigne avec force. À travers son parcours, c’est surtout le sens de l’Appel qu’il lance en 1883 à Yoff qui continue d’interroger et de rassembler, plus d’un siècle après sa proclamation.
Pour les Layènes, Seydina Limamou Laye incarne le Mahdi annoncé, messager de Dieu venu rappeler les fondements de la foi islamique dans un contexte marqué par l’attachement aux traditions ancestrales et les bouleversements de la période coloniale.
Son Appel constitue une invitation exigeante à revenir à l’unicité de Dieu, à rompre avec l’idolâtrie et à adopter une conduite fondée sur la droiture, la patience et la piété. Né en 1843 à Yoff-Tonghor sous le nom de Limamou Thiaw, fils d’Alassane Thiaw et de Coumba Ndoye, il grandit dans la discrétion. Pêcheur et agriculteur, illettré à l’image du Prophète Mouhamad (Psl), il se distingue très tôt par sa moralité, son sens du partage et sa ferveur religieuse.
Rien, en apparence, ne le prédestine à bouleverser l’ordre établi. Le tournant survient en 1883, à l’âge de 40 ans, après le décès de sa mère. Après trois jours de retrait et de silence, il apparaît vêtu de blanc et proclame son Appel dans les ruelles de Yoff, invitant ses concitoyens à répondre à Dieu.
Ce message, porté avec constance et conviction, suscite incompréhension et rejet. On l’accuse de folie, de possession, de transgression des coutumes. Pourtant, Limamou persévère. Le sens de l’Appel se précise alors dans l’épreuve. Emprisonné trois mois à Gorée, surveillé par l’administration coloniale, contesté par les chefs coutumiers, Seydina Limamou Laye ne renonce pas.
Il affirme, par son attitude et son discours, que la foi ne se négocie pas et que la mission divine prime sur toute considération sociale ou politique. Progressivement, l’Appel trouve un écho. Des membres de sa famille, puis des érudits et notables reconnus, adhèrent à son message.
Les guérisons et les actes spirituels qui lui sont attribués renforcent la conviction de ses disciples. Son combat contre les cultes des « Rab » (esprits surnaturels) traduit une volonté claire de purifier la foi et de recentrer la pratique religieuse sur l’adoration exclusive de Dieu. Avant sa disparition en 1909, Seydina Limamou Laye lègue le Sermon, socle doctrinal de l’Appel, dicté en wolof et transcrit en arabe par ses disciples. Aujourd’hui encore, ce message demeure vivant.
Chahuté hier, l’Appel continue de mobiliser, aujourd’hui, des milliers de fidèles, rappelant que sa finalité essentielle reste inchangée : inviter l’homme à la foi sincère, à la droiture et à l’espérance.
Babacar Gueye Diop

