Pour le Pr Thierno Ly, les principes de base ne souffrent d’aucune ambiguïté : la mobilité est un droit, mais le cumul est une faute. « Un enseignant est tout à fait libre de monnayer ses talents à l’étranger », rappelle-t-il, tout en précisant que l’intégration dans une fonction publique étrangère impose de facto la démission de celle de son pays d’origine, conformément à la loi 81.
Cependant, c’est la gestion de ce dossier par le ministère de l’Enseignement supérieur qui suscite son indignation. « Ce qui m’étonne, c’est cette campagne de médiatisation. Ces gens n’ont pas encore pris fonction. Or, pour démissionner, il faut avoir un acte de recrutement officiel », explique-t-il. Selon lui, le ministère a agi avec précipitation : « C’est un coup d’épée dans l’eau. On ne radie pas des enseignants sans suivre une procédure administrative rigoureuse ».
« Si on épure la liste, on n’aura pas 59 enseignants fautifs »
Il rappelle que la mission de l’enseignant est universelle et que les prestations à l’international sont monnaie courante. De plus, il pointe une erreur de taille dans la liste des 59 noms circulée par les autorités : elle contiendrait des retraités, comme le Pr Isaac Yankhoba, ainsi que des vacataires. « Ces gens n’ont aucun engagement avec l’État. Si on épure la liste, on n’aura pas 59 enseignants fautifs ».
Au-delà de la polémique administrative, le Pr Ly s’inquiète des conséquences structurelles pour le Sénégal. Si les salaires dans le supérieur sénégalais sont jugés « extrêmement corrects », il pointe du doigt une dégradation des libertés académiques qui pourrait pousser les cadres vers la sortie.
Le départ massif d’enseignants expérimentés vers la Guinée, notamment dans les facultés de Sciences, de Droit et de Gestion, constituerait une perte immense. « Remplacer un professeur titulaire est un processus de 10 à 15 ans. Ce serait une saignée très grave pour le Sénégal, qui a investi pour les former».
En guise de conclusion, Thierno Ly invite ses jeunes collègues à la pondération et au sens des responsabilités. Tout en reconnaissant que la Guinée a pu proposer des conditions financières attractives pour reconstruire son université, il appelle les enseignants à choisir leur camp. « Si j’ai un dernier conseil à donner, c’est de faire un choix. On ne peut pas occuper deux postes dans deux pays différents. Mais j’invite les jeunes chercheurs à se focaliser sur leur carrière scientifique au pays. La reconnaissance internationale viendra à ceux qui sont patients ».
Pour l’heure, le bras de fer entre le ministère et les enseignants cités semble loin d’être terminé, dans un climat où le « flou » dénoncé par le Pr Ly continue de nourrir la controverse.

