La récente crise universitaire, marquée par le décès d’Abdoulaye Bâ, étudiant en 2e année à la Faculté de médecine, avait plongé le campus social de l’Ucad dans un climat de tensions et d’émotions fortes. Dans cet entretien, le directeur du Coud, Ndéné Mbodj, revient sur cette séquence tragique et appelle à l’apaisement ainsi qu’au respect du règlement intérieur.
Le campus social a connu des événements douloureux avec le décès de l’étudiant Abdoulaye Bâ. Comment avez-vous vécu cette période de crise ?
C’est vrai que nous avons traversé des épreuves parfois amères, parfois regrettables, et surtout non souhaitables du tout, notamment le décès d’un étudiant, Abdoulaye Bâ, de la Faculté de médecine en deuxième année. J’en profite encore pour demander que Dieu l’accueille au paradis. Je souhaite aussi à ses parents beaucoup de résilience pour la suite de la vie de leur famille, ainsi qu’à toute la communauté universitaire, car en fin de compte, c’est l’université qui a perdu. Nous avons perdu l’un des nôtres et c’est regrettable. Que ces événements soient cycliques ou non, nous avons malheureusement l’habitude, depuis des années maintenant, de vivre ce genre de situations. Il faut tout faire pour que l’université reste ce temple du savoir et éviter toute confrontation, toute violence et tout désordre. Nous devons nous battre davantage pour que l’image de l’université soit rehaussée dans le concert des universités les plus prestigieuses du monde.
Et comment appréciez-vous l’intervention des forces de l’ordre au sein du campus ?
Moi, j’ai l’habitude de le dire et je l’ai déjà répété : j’ai des missions, des compétences et des limites. J’ai des prérogatives, mais je ne suis pas quelqu’un chargé de renseigner. Donc, concernant les forces de l’ordre, je ne connais pas grand-chose à leur fonctionnement.
Avez-vous requis, d’une manière ou d’une autre, directement ou indirectement, le ministère de l’Intérieur pour une intervention ?
Je ne suis pas compétent pour cela. Le Coud n’est pas habilité à prendre ce type de décision. Nous n’avons ni appelé ni autorisé quoi que ce soit. Franchement, nous ne sommes pas compétents pour cela.
Vous aviez annoncé auparavant la réouverture des restaurants. Qu’est-ce qui s’est réellement passé
Vous savez, la première vague correspond à des protestations un peu durcies, du 23 novembre au 3 décembre, soit presque dix jours d’affilée. Les étudiants nous ont imposé leurs stratégies de lutte. Au lieu de barrer la route ou d’aller s’affronter avec les policiers, ils ont préféré organiser des journées sans ticket. Ils pensent que cette forme de lutte fait très mal à l’autorité. Pendant dix jours, j’ai préféré négocier moi-même avec eux. Quand on m’a interpellé pour me demander pourquoi nous n’avions pas fermé, j’ai répondu à l’autorité qu’il valait mieux les laisser faire plutôt que de barrer la route ou affronter la police. Barrer la route et affronter la police a toujours des conséquences néfastes. Le risque est toujours insondable et incommensurable. Nous avons géré la situation malgré la dette. Nous avons continué à discuter jusqu’au vendredi à minuit. La même stratégie s’est poursuivie jusqu’au dimanche vers zéro heure ou deux heures du matin, car j’ai tout fait pour que les étudiants puissent rencontrer de hautes autorités afin que nous trouvions une porte de sortie. Malheureusement, le dimanche, si je peux le dire ainsi, les choses ont capoté. Et le lundi, on m’a demandé de fermer. J’obéis naturellement à la hiérarchie. Donc j’ai suivi ce qu’elle voulait. Quand on m’a demandé de fermer, j’ai fermé. Quand on m’a demandé d’ouvrir, j’ai ouvert.
Est-ce que vous ne ressentez pas une certaine responsabilité dans ce qui s’est passé ?
Cela n’a rien à voir avec ce qui s’est malheureusement passé. La question de la restauration n’a aucun lien avec les événements. Depuis deux ans, il n’y a eu aucune contestation sur ce campus. Il faut donc analyser l’origine des problèmes et situer les responsabilités.
Avez-vous prévu des mesures d’accompagnement ?
Je crois que le Coud a rempli sa mission. Lors des affrontements, nous avons fait tout notre possible pour prendre en charge les étudiants blessés malgré le danger. Tous les services ont correctement exécuté leurs tâches. Les blessés sont suivis et accueillis, y compris ceux qui se trouvaient dans les commissariats. Tous les étudiants blessés sont actuellement accompagnés par le Coud et pris en charge.
Combien de blessés avez-vous officiellement recensés ?
Une centaine d’étudiants blessés ont été recensés. Naturellement, la moindre blessure d’un étudiant est très grave. Se blesser à l’oeil ou au bras reste une blessure grave. C’est notre mission de les accompagner. Ceux qui peuvent être traités au service médical y sont pris en charge. Presque chaque jour, le responsable du service social fait le tour des hôpitaux et nous transmet un bilan. S’il est nécessaire d’évacuer certains étudiants à l’étranger, cela se fera en collaboration avec le ministère de tutelle.
On a vu récemment un renforcement du dispositif sécuritaire au sein du campus. Qu’est-ce qui justifie cela ?
C’est le même dispositif qui est en place. Le règlement intérieur n’est pas inventé par le Coud ni par ses agents. Il émane du Conseil d’administration. Ce sont des textes qui existent depuis des années et nous ne faisons que les appliquer. Aucun nouveau matériel n’a été acheté. C’est le même dispositif de sécurité. À chaque fois qu’il y a des événements, les gens s’intéressent davantage à ce qui se passe et chacun se met à commenter. Mais il s’agit du même dispositif sécuritaire.
Que pensez-vous de l’idée d’installer un commissariat au campus social ?
Les agents du Coud ne peuvent être ni gendarmes ni policiers. Ils peuvent toutefois recevoir des formations. Si l’État estime que le Coud doit disposer d’un commissariat, je soutiens cette proposition. Partout où vous verrez la police, la gendarmerie ou l’armée, c’est parce qu’elles doivent y être. Elles ne sont jamais là où elles ne doivent pas être. Il faut travailler ensemble à sécuriser le campus. C’est dans l’intérêt des étudiants.
Où en êtes-vous avec le projet de digitalisation et de dématérialisation de certains services que le Coud offre aux étudiants?
Il s’agit d’un projet de l’État dans le cadre du New Deal technologique. Nous accompagnons l’État dans cette initiative. Cette année, la codification a été digitalisée et nous n’avons rencontré aucun problème. Que vous soyez à Kaolack ou à Matam, vous pouvez vous codifier en ligne en remplissant les critères. Au niveau de la restauration, la digitalisation a également commencé en mode bimodal. Les tickets continuent d’exister, car nous craignions des problèmes de réseau vu le grand nombre d’étudiants. Mais la digitalisation fonctionne très bien. Pour le dépôt des bourses et des aides sociales, j’ai demandé que l’on abandonne le papier. Le département informatique a créé un système et nous digitalisons désormais plusieurs services : le budget, le service médical et bien d’autres. Nous renforçons également les initiatives liées à la sécurité. J’invite les étudiants à faire preuve de plus d’ouverture vis-à-vis de l’État. C’est dans la discussion que l’on obtient gain de cause. Je constate des changements positifs chez eux et je les encourage à être plus responsables et plus vigilants. Qu’ils regagnent les amphithéâtres, car je suis persuadé que l’État ouvrira les portes du dialogue et que des solutions seront trouvées. Nous remercions également le président de la République et le Premier ministre pour leur appui et leur accompagnement constants.
Entretien réalisé par Daouda DIOUF (texte) et Mbacké BA (photo)

