Dans sa mission prophétique, Seydina Limamou Laye a été entouré d’érudits dès les premières heures. Les premiers adeptes de l’Appel étaient unanimement reconnus pour leur modestie, leur piété profonde et leur crainte sincère de Dieu. Parmi eux, deux figures se sont particulièrement illustrées : Cheikh Makhtar Lô, éminent compagnon du Mahdi et grand moukhadam, et Cheikh Mamour Diakhaté.
Cheikh Makhtar Lô, également connu sous le nom de Matar Nar, passe une grande partie de sa jeunesse dans le village de Niomré, réputé être un haut lieu du savoir et de la mémorisation du Saint Coran.
Dans un article partagé par le comité scientifique, il est rapporté que « Cheikh Makhtar est venu au monde à une époque où la soif du savoir animait profondément les esprits. Il ne pouvait se soustraire à cette dynamique. Il s’y engagea avec ardeur, sillonnant de nombreuses contrées du pays et même au-delà, jusqu’en Mauritanie, afin d’assouvir sa quête incessante de connaissance ».
Il acquiert ainsi un immense savoir, comme le confirme Baye Doune Pathé dans son ouvrage « Diawabou Saa’il », où il décrit Cheikh Makhtar comme « un exégète doté de compétences multiples dans divers domaines ». Il maîtrisait parfaitement le Saint Coran et se distinguait par ses aptitudes linguistiques exceptionnelles, ce qui lui valut le titre de « Tafsir », expert de l’exégèse et de la traduction coranique.
Lorsque Seydina Limamou Laye (Rta) lança son Appel à la fin du XIXᵉ siècle, celui-ci résonna dans presque toutes les régions du pays. Cheikh Makhtar Lô fut non seulement de ceux qui l’entendirent, mais surtout de ceux qui eurent le privilège d’y croire avec conviction.
Dans son ouvrage « Bouchral Mouhibiine wa Taykhizoul Djahiliine », il écrit : « Nous avons appris dans les livres anciens que l’Imam Al-Mahdi apparaîtra à l’Ouest et qu’il sera le cinquième élu appelé à gouverner le monde après les quatre qui l’ont précédé ».
Cheikh Makhtar faisait partie du cercle restreint des hommes en qui le Mahdi plaçait une confiance absolue, tout comme Seydina Issa. Il fut l’un des scribes de ces deux grandes figures spirituelles.
Son neveu, l’imam Mouhamadou Sakhir Gaye, dépositaire de son savoir, rapportait que Cheikh Makhtar possédait un don remarquable dans la traduction du Saint Coran ainsi que dans l’interprétation des rêves.
Par humilité et par crainte d’Allah, Cheikh Makhtar refuse toute représentation photographique de sa personne. L’adoration de son Seigneur constituait sa seule jouissance. Il ne laisse aucune image de lui.
Du vivant du Mahdi, il résidait à ses côtés. Ce n’est qu’après le rappel à Dieu de Seydina Limamou Laye qu’il s’installa définitivement à Yeumbeul, où il enseigna le savoir et la charia. Il fut, durant de nombreuses années, l’imam de la mosquée de Yeumbeul.
Son œuvre la plus connue demeure « Bouchral Mouhibiine wa Taykhizoul Djahiliine », rédigée à la demande de Seydina Issa, sur instruction reçue de son père. Seydina Issa lui confia : « J’ai vu à trois reprises Seydina Limamou (Rta). Il m’a ordonné de te demander d’écrire l’histoire de sa vie. C’est à toi qu’il a confié cette mission, et non à moi ».
Cheikh Makhtar confirma lui-même cette injonction dès l’entame de son ouvrage, précisant qu’il lui avait été demandé de relater certains des nombreux miracles du Mahdi, Imam des « Arifîn », les plus grands connaisseurs de Dieu.
Outre cet ouvrage majeur, il est également l’auteur de plusieurs écrits d’une grande valeur spirituelle, parmi lesquels « Dou‘a’oul Zawdi Al-Mouridine » et « Salatoul Nanhti bil Rassoulillah ».
Atteint d’une légère fièvre, il mourut en 1940. Il fut inhumé à Diamalaye.
Cheikh Mamour Diakhaté, du songe à l’allégeance
Cheikh Mamour Diakhaté est né dans le village de Keur Malé, dans la région de Thiès.
À l’âge de 18 ans, il entendit parler de l’Imam Al-Mahdi. À cette période, il fut marqué par des visions récurrentes dans lesquelles un homme lui apparaissait en rêve, se présentant comme l’Imam Al-Mahdi promis.
Troublé par ces songes, il s’en ouvrit à son père, qui lui expliqua que l’apparition du Mahdi était effectivement attendue en ce temps.
Avec l’autorisation paternelle, Cheikh Mamour Diakhaté se mit en route à la recherche du Mahdi. Il vendit trois de ses moutons, remit une partie de l’argent à ses parents et conserva le reste comme offrande, au cas où il rencontrerait l’Imam.
Selon des informations recueillies lors d’une interview menée par le comité scientifique avec Cheikh Omar Diakhaté, son fils, il poursuivit son voyage jusqu’à Dakar, où il rencontre le cadi Thierno Mbaye Sylla.
À ce dernier, il explique les raisons de sa venue. Le cadi lui répondit alors : « À Yoff se trouve un homme qui affirme être l’Imam Al-Mahdi promis. Si tu le souhaites, je peux t’indiquer le chemin ».
Cheikh Mamour se rendit à Yoff, où il trouva Seydina Limamou Laye à la mosquée, après la prière d’Al-Asr, psalmodiant le zikr « Lâ ilâha illa Allah ».
Il reconnut aussitôt l’homme de ses visions. Il s’agenouilla devant lui et relata son parcours.
Le Mahdi lui demanda : « Si tu voyais cet homme de tes propres yeux, le reconnaîtrais-tu ? » — « Oui, répondit-il, et je ne vois aucune différence entre lui et toi ».
Seydina Limamou posa alors sa main sur son cœur et déclara : « Je suis l’Imam Al-Mahdi attendu. Que souhaites-tu, Mamour ? » — « Je souhaite devenir l’un de vos disciples ».
Il fut confié à Cheikh Makhtar Lô pour la transcription du wird, puis à Seydina Issa pour son enseignement et son hébergement.
Après son allégeance, Cheikh Mamour demanda la permission de parfaire son instruction religieuse.
Le Mahdi posa sa main sur sa tête et pria pour lui. Cette prière fut exaucée : Cheikh Mamour devint plus tard célèbre pour l’étendue et la profondeur de ses connaissances religieuses.
Ndeye Fatou Diery Diagne

