L’Assemblée nationale a été le théâtre d’une vive interpellation ce samedi, lors du vote des projets de Loi de Finances initiale (LFI) 2026. Au centre des tensions : la question de la « dette cachée » du Sénégal, estimée à 7 milliards de dollars et révélée en septembre 2024.
L’ancienne ministre des Affaires étrangères, Aïssata Tall Sall, a exigé du gouvernement une clarification totale sur la nature, la composition et les implications de cette dette.
S’appuyant sur une citation d’Albert Camus, « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », la parlementaire a fustigé l’ambiguïté autour du terme de « dette cachée ».
Une interpellation sur la sémantique
S’adressant directement au ministre des Finances, l’élue a posé trois questions fondamentales sur la sémantique de cette affaire :Que signifie « dette cachée » ? Mme Sall a souligné la divergence de définitions, l’une évoquant une dette non révélée à l’Assemblée nationale, l’autre (celle de la Cour des comptes) parlant d’une dette « hors cadrage ».
Qu’est-ce qui compose précisément cette dette ? Elle a rappelé que le ratio d’endettement se calcule selon les normes internationales du GFSM (utilisées par le FMI et l’UEMOA) et a demandé comment la dette cachée a été intégrée à ces calculs.
L’élue s’est interrogée sur l’inclusion de la dette du secteur public à participation majoritaire de l’État dans ce montant, insistant sur le fait que la dette contingente sans garantie de l’État n’est normalement pas comptabilisée dans la dette totale.
Appel à la transparence : publier les rapports de Forvis Mazars
Mme Tall Sall a ensuite déconstruit la notion de « cacher » une dette, en particulier la dette bancaire, que le ministre avait mentionnée comme ayant failli créer une crise systémique. « Comment l’État peut devoir de l’argent, emprunter de l’argent à des banques, que cet argent soit caché, que personne ne le sache ? »
Elle a rappelé que les banques sont étroitement surveillées par une commission régionale, notamment la BCEAO, garantissant que les transactions financières de l’État, même non apparentes dans les livres du Trésor, le sont nécessairement dans les écritures bancaires. Pour elle, la dette bancaire ne peut être « cachée » au sens strict.
Aïssata Tall Sall a ensuite appelé à un débat transparent. Elle a exigé la publication des documents et des rapports pour permettre un débat équilibré et factuel. « Donnez-nous les documents et on débattra à arme égale. […] Sortez les rapports cachés de l’accord de Forvis Mazars et nous en terminerons avec ce débat », a-t-elle exhorté.
Avertissements au gouvernement : dette, subventions et fonds vautours
En conclusion, la parlementaire a sommé le gouvernement de présenter sa solution au peuple sénégalais, tout en dressant une liste de ce qu’il ne doit pas faire. Elle a notamment mis en garde contre le crédit à outrance : Elle a souligné la prédominance des banques ivoiriennes, détenant 42 % des emplois, un fait qui devrait « faire mal à la fierté » des souverainistes.
L’abandon des subventions, notamment celles sur les hydrocarbures, et toute imprudence dans la gestion des subventions. Les fonds vautours, suite à une description de solution par le ministre en commission, l’élue a mis en garde le gouvernement. « N’y touchez pas, ça ne peut pas être la solution ».
Mme Sall a clos son intervention par un appel à l’honnêteté et à la clarté : « Monsieur le ministre, regardez les Sénégalais dans le blanc de l’œil. Ne tâchez plus la solution. Dites aux Sénégalais ce que vous voulez faire, ce que vous allez faire ».

