Le directeur du Centre de recherche sur le patrimoine intellectuel africain, Mamadou Youry Sall, a présenté la révolution Torodo de 1776 comme un modèle de gouvernance et de justice. Invité de l’émission Objection sur Sud FM, l’enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger invite la jeunesse à s’inspirer des principes de dignité humaine, de science et de justice portés par Thierno Souleymane Baal dans le contexte sénégalais marqué par des débats sociétaux et sur la bonne gouvernance.
« Un exemple de gouvernance et un modèle d’inspiration pour la jeune génération. » C’est en ces termes que le directeur du Centre de recherche sur le patrimoine intellectuel africain, Mamadou Youry Sall, a qualifié la révolution Torodo de 1776, initiée par Thierno Souleymane Baal, érudit musulman du 18e siècle. Invité de l’émission Objection sur les ondes de Sud FM (privée) hier, dimanche 22 février, l’enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger a appelé la jeunesse sénégalaise à s’inspirer des bonnes pratiques issues de cette révolution du Fouta qui devance, selon lui, celle de la France et celle des États-Unis, dans le contexte actuel marqué par une vague d’arrestations de personnes soupçonnées d’être impliquées dans des pratiques d’homosexualité et de transmission volontaire du VIH/Sida.
En effet, se référant à la société foutanké du XVIIIe siècle, il a estimé que les auteurs de telles pratiques auraient été sévèrement punis à l’époque. Car, rappelle-t-il encore tout comportement s’éloignant de la charia était sévèrement puni. « Le premier Almamy avait eu beaucoup d’adversaires politiques, parce qu’il punissait tous les auteurs, y compris ses plus proches notables et ministres, qui se rendaient coupables de déviations sociales par rapport à la charia », a-t-il expliqué. Selon lui, les actes liés à l’adultère ou aux relations hors mariage étaient également sanctionnés avec rigueur. L’enseignant-chercheur affirme par ailleurs avoir du mal à observer, dans la société foutanké traditionnelle, des manifestations publiques d’homosexualité comme celles visibles ailleurs lors de cérémonies de mariages ou de baptêmes. Il évoque également la rareté, selon lui, de pratiques telles que les déguisements lors des célébrations de la Tamkharit, où des hommes s’habillent en femmes et vice-versa. « Je pense qu’il y a cet héritage-là. Un homme reste un homme », a-t-il soutenu.
Au-delà des questions sociétales, Mamadou Youry Sall souligne que l’héritage de la révolution Torodo touche aussi à la bonne gouvernance, avec la recherche de la dignité humaine et de la justice placées au centre de l’action politique. Sous ce rapport, invite-t-il, « il faut que la jeunesse connaisse mieux ce que nos ancêtres ont fait. Si Thierno Souleymane Baal vivait aujourd’hui, il mènerait trois combats : la dignité humaine, la science à la portée de tous et la justice au centre de tout », a-t-il déclaré en rappelant que la révolution Torodo avait instauré une rupture radicale avec la suppression de la dynastie. « Le pouvoir n’était plus héréditaire, mais reposait sur la confiance du peuple. L’Almamy, dirigeant élu, devait être compétent, érudit (alim), mais surtout vertueux et désintéressé des biens de ce monde. Nous avons eu 34 Almamys, témoignant d’une alternance pacifique. Personne n’a été tué pour conserver le pouvoir. Les dirigeants acceptaient d’être destitués lorsqu’ils perdaient la confiance qui leur avait été accordée », a-t-il soutenu.
Revenant enfin sur le programme des célébrations du 250e anniversaire de cette révolution, Mamadou Youry Sall a annoncé qu’elles débuteront demain, mardi 24 février, avec une leçon inaugurale du professeur Ibrahim Thioub consacrée à cette révolution, à la Place du Souvenir, à partir de 10 heures. La rencontre sera suivie d’un colloque organisé dans plusieurs universités sénégalaises tout au long de l’année.
NANDO CABRAL GOMIS

