Portée par l’entrée du pays dans le cercle des exportateurs nets de pétrole et de gaz, l’économie sénégalaise enregistre en 2025 ses meilleures performances depuis plusieurs années. Des résultats que le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, met en avant avec assurance, sans pour autant occulter l’ampleur des ajustements budgétaires encore nécessaires.
Le Sénégal a ainsi enregistré en 2025 un taux de croissance de 7,8 %, l’un des plus élevés de son histoire récente. Derrière cette performance se cache une évolution structurelle majeure : pour la première fois, le pays est devenu exportateur net de produits énergétiques, grâce à la montée en puissance de la production de pétrole et de gaz, conjuguée à la bonne tenue du secteur aurifère.
L’impact sur la balance commerciale est immédiat et significatif. Les exportations ont progressé de 52 % par rapport à 2024, tandis que les importations n’ont augmenté que de 2 %. Cette évolution marque une rupture nette avec les déséquilibres extérieurs qui ont longtemps pesé sur la crédibilité macroéconomique du pays. Pour le ministre Cheikh Diba, il s’agit d’une « évolution positive du secteur extérieur » qui conforte la dynamique de croissance.
« Sur le plan extérieur, le Sénégal a fait son entrée parmi les pays exportateurs nets de produits énergétiques en 2025 », a-t-il déclaré.
À cette amélioration s’ajoute une inflation remarquablement maîtrisée : 0,8 % en glissement annuel à fin février 2026. Les prix des produits frais ont reculé de 2,4 % sur un an, tandis que ceux de l’énergie ont baissé de 1,5 %. Le gouvernement y voit l’effet direct de sa politique de maîtrise du coût de la vie. Une analyse que certains observateurs nuancent toutefois, soulignant que cette stabilité repose en partie sur des subventions publiques dont la pérennité dépend des marges budgétaires disponibles.
Un déficit important à résorber en trois ans
C’est sur ce point que les fragilités apparaissent. Le déficit budgétaire a atteint 13,4 % du PIB en 2024, un niveau exceptionnel hérité des déséquilibres des exercices précédents. L’objectif affiché est de le ramener à 3 % du PIB d’ici 2027, soit une réduction de plus de dix points en trois ans. Un défi budgétaire considérable que le gouvernement entend relever sans compromettre les dépenses sociales.
« Nous poursuivons des efforts ambitieux de consolidation budgétaire engagés depuis 2024, tout en préservant les dépenses dans les secteurs sociaux prioritaires », a affirmé Cheikh Diba.
Pour y parvenir, deux leviers sont mobilisés. Du côté des recettes, le Plan de redressement économique et social (PRES) vise à élargir l’assiette fiscale et à améliorer le recouvrement. Selon le ministre, les premiers mois de 2026 affichent déjà des performances supérieures aux objectifs. Du côté des dépenses, la réorganisation annoncée du secteur parapublic traduit la volonté de rationaliser l’action de l’État et d’améliorer l’efficacité de la dépense publique.
Un financement diversifié, mais des marges limitées
En matière de financement, Dakar adopte une stratégie diversifiée. Un programme de 135 millions de dollars a été conclu avec la Banque mondiale, dont 35 millions sous forme de dons. Parallèlement, le recours au marché financier régional de l’UEMOA se poursuit, dans des conditions jugées plus favorables que celles des marchés internationaux. Le ministre inscrit cette orientation dans une logique de « développement endogène ».
Toutefois, le durcissement des conditions de financement à l’échelle mondiale et le poids croissant du service de la dette réduisent les marges de manœuvre. Dans ce contexte, la crédibilité de la trajectoire budgétaire devient un enjeu central, tant vis-à-vis des partenaires financiers que des marchés.
Une croissance à consolider par la diversification
Au-delà des performances actuelles, la question essentielle demeure celle de leur durabilité. Une croissance largement tirée par le secteur extractif reste exposée aux fluctuations des cours et aux aléas de production. La transformation de cette rente énergétique en un moteur de développement plus diversifié industriel, agricole et numérique constitue ainsi le principal défi des années à venir.
« Les résultats parleront d’eux-mêmes », a conclu Cheikh Diba. Peut-être. Mais ce sont surtout les réformes structurelles à venir qui permettront de déterminer si le Sénégal saura tirer pleinement parti de l’opportunité offerte par ses ressources énergétiques pour bâtir une économie résiliente et durable.
JP MALOU

