Dans le bras de fer qui l’oppose à la Confédération africaine de football (CAF), la Fédération sénégalaise de football (FSF) a décidé de frapper un grand coup. Pour défendre son dossier devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), elle s’est attaché les services de l’un des avocats les plus redoutés du droit sportif : Me Juan de Dios Crespo Pérez, surnommé le « champion du TAS ».
Fort de plus de quarante années d’expérience, l’Espagnol s’est illustré par une présence régulière et remarquée devant cette juridiction, où il a plaidé de nombreux dossiers souvent complexes et très médiatisés contre l’UEFA ou la FIFA. Sa réputation repose notamment sur un taux de réussite élevé et sur sa capacité à renverser des décisions ou à faire triompher ses clients dans des affaires réputées difficiles. Cette constance dans la performance lui vaut d’être perçu comme un avocat capable de « gagner là où tout semble perdu », d’où ce surnom évocateur dans le milieu sportif.
Une « dream team » juridique internationale
Autour de l’avocat espagnol, véritable référence mondiale en matière de contentieux sportifs depuis plus de quatre décennies, la FSF a constitué une équipe aux allures de « dream team ». Une formation hybride mêlant expertise locale et expérience internationale.
Parmi les figures clés, on retrouve Me Seydou Diagne, coordonnateur du collectif, mais aussi le bâtonnier de Dakar, Me Aly Fall, présenté comme le “gardien de but” de cette défense. Me Moussa Sarr et Me Serge Vittoz complètent l’ossature, tandis que Me Hamouda Bouazza, avocat tunisien, fin connaisseur des arcanes de la CAF, apporte son expertise reconnue en droit sportif. Me Crespo souligne aussi la présence de son Juan Crespo, spécialisé dans la lutte anticorruption dans le monde du sport, Me Pierre Olivier Sur, ancien bâtonnier de Paris. « Nous sommes à côté des avocats sénégalais, mais nous sommes tous sénégalais aujourd’hui’, martèle-t-il.
Dans un clin d’œil au football, Me Juan de Dios Crespo Pérez a lui-même comparé cette armada à une équipe sur le terrain, évoquant les chaînons appelés à compléter l’effectif : le Président de la République ainsi que le peuple sénégalais, considéré comme « douzième homme », aux côtés des dirigeants de la FSF, dont le président Abdoulaye Fall et le secrétaire général Abdoulaye Sow.
Une stratégie offensive devant le TAS
Cette mobilisation traduit l’importance capitale de la bataille juridique engagée. La FSF entend contester vigoureusement la décision du jury d’appel de la CAF, qui a déclaré le Sénégal forfait (3-0) lors de la dernière CAN 2025.
Pour Juan Crespo, cette décision dépasse le simple cadre disciplinaire. Elle pose, selon lui, un problème fondamental d’intégrité du football. « Un match terminé et validé par l’arbitre ne peut pas être rejugé sur tapis vert », a-t-il martelé, dénonçant une situation inédite dans le monde du sport.
L’avocat espagnol va plus loin en estimant que cette affaire constitue une menace pour les fondements mêmes de la compétition sportive. À ses yeux, si une telle décision devait être validée, cela ouvrirait la voie à une remise en cause systématique des résultats acquis sur le terrain.
Une décision contestée et partiellement fragilisée
Dans son analyse, Juan Crespo souligne également une incohérence majeure dans la décision du jury d’appel. Si celui-ci a entériné le forfait du Sénégal, il a en revanche rejeté les demandes marocaines de restitution du trophée, des médailles et du prize money.
Un point que la défense sénégalaise considère comme déterminant. « Le Maroc a été débouté sur des éléments essentiels », insiste-t-il, laissant planer le doute sur la solidité juridique de la décision globale. « C’est un point important pour nous. « Que va faire le jury d’appel pour motiver sa décision ? Que va faire la CAF face à cette situation ? Va-t-elle changer sa décision finale ? Juriste et avocat du sport, je suis étonné de ce qui s’est passé. Je ne sais pas comment la CAF va s’en sortir. », dit-il.
Malgré les zones d’ombre entourant la procédure, l’avocat se montre confiant quant à l’issue devant le TAS. Il affirme que le Sénégal dispose d’arguments solides, tant sur le plan juridique que sur celui des principes fondamentaux du sport. « Le Sénégal a été bafoué. C’est une affaire qui va l’encontre du monde du football. Une affaire disciplinaire qui fait tomber un champion d’Afrique sacré sur le terrain», a-t-il ironisé.
Reste désormais à savoir quelle sera la position de la CAF dans les prochaines semaines, et si la partie marocaine décidera, elle aussi, de saisir le TAS sur les points rejetés.
Par Cheikh Gora DIOP

