Vendredi 17 juillet 2026, sauf changement majeur, un jet privé va très probablement se poser sur le tarmac de Dakar Yoff. L’avion spécial en provenance de Paris-Bourget, avec à son bord, l’ancien président de la République du Sénégal, M. Macky SALL, candidat en campagne pour le poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Selon des informations exclusives de Confidentiel Afrique, c’est sur la demande du président Emmanuel Macron que l’avion sera mis à la disposition de Macky Sall par la présidence de la République de Côte d’Ivoire pour effectuer ce voyage décisif à destination de la capitale sénégalaise afin de décrocher le quitus officiel du président Bassirou Diomaye Faye. Détails exclusifs de Confidentiel Afrique
Pendant des années, on a annoncé la mort de cette Françafrique. À chaque alternance politique en Afrique de l’Ouest, on promettait une nouvelle ère fondée sur le respect mutuel, la souveraineté retrouvée et la fin des coups de téléphone venus de l’Élysée. Pourtant, lorsque les intérêts stratégiques de Paris sont en jeu, les vieux réflexes semblent avoir la vie dure.
L’offensive diplomatique autour de la candidature de Macky Sall mobilise Paris, Abidjan.
La rude compétition pour départager les potentiels candidats en lice pour succéder à Antoniô Guteress n’a pas fini de révéler tous ses secrets. L’illustration peut être troublante, parfois. Après des mois d’observation prudente, Emmanuel Macron aurait finalement décidé d’engager tout le poids de la diplomatie française derrière son ancien partenaire sénégalais. Mais, selon plusieurs sources diplomatiques, une condition préalable aurait été posée : obtenir d’abord le soutien officiel de Dakar.
Autrement dit, convaincre Bassirou Diomaye Faye de recevoir son prédécesseur et de lui accorder le quitus que Macky Sall n’a jamais obtenu depuis son départ du pouvoir début avril 2024.
Le symbole est immense. Car comment prétendre conduire le monde lorsque son propre pays hésite encore à vous porter ?
C’est précisément ce verrou que Paris chercherait aujourd’hui à faire sauter chez Diomaye
Selon plusieurs sources concordantes, Emmanuel Macron aurait personnellement multiplié les contacts avec le chef de l’État sénégalais afin de le convaincre de revoir sa position. Le calendrier n’aurait rien d’anodin. Les discussions entre Dakar et le FMI restent délicates. Malgré les progrès économiques affichés- croissance portée par le pétrole et le gaz, réduction du déficit, amélioration de la transparence budgétaire- Washington continue d’exiger des garanties supplémentaires avant tout nouveau programme financier.
Dans ce contexte, certains observateurs estiment que Paris laisserait entendre qu’un geste envers Macky Sall pourrait contribuer à créer un climat politique plus favorable auprès des partenaires financiers occidentaux. Une lecture qui ne repose pas sur des éléments publics, mais qui alimente les spéculations diplomatiques.
Si tel était le cas, le procédé rappellerait les méthodes les plus classiques de la Françafrique : les dossiers ne seraient jamais traités séparément. Diplomatie, finance internationale, influence politique et ambitions personnelles avanceraient sur le même échiquier.
Une fois le soutien officiel de Dakar acquis, Paris pourrait alors mobiliser son réseau diplomatique auprès des grandes capitales, notamment Pékin et Moscou, dont les voix pèseront lourd dans la désignation du futur secrétaire général des Nations unies.
Le scénario paraît soigneusement construit. Macky Sall retrouverait ainsi une légitimité africaine indispensable avant d’entamer la dernière ligne droite de sa campagne internationale.
Les services secrets sénégalais aux aguets pour la préparation du voyage de Macky Sall à Dakar
Les signes d’une préparation minutieuse se multiplient. L’hypothèse d’un retour prochain de l’ancien président à Dakar circule déjà dans plusieurs cercles diplomatiques. Les autorités sénégalaises anticiperaient également les conséquences politiques et sécuritaires d’une telle visite, tant la figure de Macky Sall demeure clivante.
Mais cette mécanique diplomatique pourrait se heurter à un obstacle autrement plus sérieux.
Car, au bout du processus, il y a le Conseil de sécurité des Nations unies. Et donc le droit de veto des cinq membres permanents.
Or, si Emmanuel Macron peut mobiliser l’appareil diplomatique français, il ne contrôle ni Washington, ni Pékin, ni Moscou. Les équilibres géopolitiques ont profondément changé. Dans une administration américaine marquée par le retour de Donald Trump, nul ne peut exclure que les États-Unis privilégient un autre profil ou bloquent une candidature jugée trop directement associée aux réseaux traditionnels de l’influence française.
C’est là tout le paradoxe de cette campagne. Plus Paris affichera son soutien, plus certains acteurs internationaux pourraient y voir la résurgence d’une logique d’influence que beaucoup disent pourtant révolue.
La Françafrique n’est peut-être plus celle des bases militaires omniprésentes et des chefs d’État installés ou renversés depuis les palais présidentiels européens. Elle est devenue plus discrète, plus financière, plus diplomatique, parfois plus subtile. Mais elle continue d’alimenter un soupçon persistant : celui d’une Afrique où les grandes décisions ne seraient jamais totalement prises à huis clos.
La complexité de la posture du président Bassirou Diomaye Faye
Reste une question essentielle. Bassirou Diomaye Faye, élu sur la promesse de rompre avec les pratiques du passé, acceptera-t-il d’endosser un scénario qui donnerait le sentiment d’un retour aux anciennes dépendances ? Ou cherchera-t-il à préserver une ligne d’indépendance, quitte à compliquer les calculs de Paris et les ambitions internationales de son prédécesseur ? Le président sénégalais Bassirou Diomaye Diakhar FAYE va-t-il gagner au change ou pas? C’est tout le pari risqué qu’il franchira dans le rapprochement avec son prédécesseur, Macky SALL.
La réponse dépassera largement le seul destin de Macky Sall. Elle dira beaucoup de la capacité du Sénégal à imposer sa propre lecture de sa souveraineté dans un monde où les rapports de force restent, plus que jamais, le véritable langage de la diplomatie.
Par Chérif Ismael AÏDARA (Confidentiel Afrique)

