La santé, les infrastructures, l’éducation, l’agriculture et l’emploi constituent les principales priorités que les députés souhaitent voir reflétées dans la loi de finances 2027, selon le rapport introductif présenté mardi à l’ouverture du Débat d’orientation budgétaire (DOB) à l’Assemblée nationale.
Élaboré à partir des auditions des 25 ministères et de l’analyse de plus d’une centaine de programmes budgétaires, ce document fixe les grandes orientations appelées à guider la préparation du prochain budget de l’État. Il met également en lumière les principales difficultés relevées dans l’exécution du budget 2026.
Les parlementaires estiment que les futurs arbitrages budgétaires devront répondre en priorité aux besoins des territoires en matière de santé, d’infrastructures, d’éducation, d’agriculture et d’emploi. À ces secteurs s’ajoutent notamment l’eau et l’assainissement, l’élevage, la sécurité, l’industrie, la pêche, le commerce, l’environnement ainsi que le renforcement de l’intégration africaine.
Selon le rapport, ces priorités doivent s’inscrire dans une stratégie cohérente de développement territorial, de transformation économique et d’équité sociale.
Une exécution budgétaire jugée contrastée
Le document dresse également un état des lieux de la situation budgétaire. Il rappelle que l’économie sénégalaise a enregistré une croissance de 6,7 % en 2025, avec des recettes budgétaires de 4 477,1 milliards de francs CFA pour des dépenses de 5 864,6 milliards, soit un déficit représentant 6,44 % du PIB, inférieur aux prévisions de la loi de finances rectificative.
Au premier trimestre 2026, les recettes se sont élevées à 1 139,5 milliards de francs CFA, contre 1 482,7 milliards de dépenses, pour un déficit de 343,2 milliards.
Malgré ces performances, les députés s’inquiètent de la faiblesse de l’exécution des investissements directement réalisés par l’État. À fin mars 2026, leur taux d’exécution ne représentait que 0,3 % des crédits ouverts, alors que les dépenses de fonctionnement et les transferts progressaient à un rythme plus soutenu.
Des investissements ciblés pour les secteurs prioritaires
Dans le domaine agricole, les parlementaires plaident pour des investissements renforcés afin d’accélérer la souveraineté alimentaire. Ils mettent notamment l’accent sur la maîtrise de l’eau, les aménagements hydroagricoles, la mécanisation, l’accès aux intrants, le stockage, les chambres froides, la transformation locale et la structuration des chaînes de valeur.
En matière d’eau et d’assainissement, ils recommandent d’améliorer durablement l’accès à l’eau potable dans les zones rurales, périurbaines et enclavées, tout en accélérant les projets de drainage et de lutte contre les inondations.
Pour l’éducation, le rapport insiste sur la résorption des abris provisoires, la construction et la réhabilitation d’établissements scolaires, le développement du préscolaire, le renforcement des cantines scolaires ainsi que le recrutement et une meilleure répartition des enseignants.
Dans l’enseignement supérieur, les députés souhaitent l’achèvement des chantiers universitaires, le renforcement des œuvres sociales, le paiement régulier des bourses, le développement des infrastructures numériques et le soutien à la recherche.
Le secteur de la santé figure également parmi les principales priorités, avec un accent particulier sur les infrastructures sanitaires de proximité, la modernisation des plateaux techniques, la disponibilité des médicaments ainsi que le recrutement de personnels qualifiés, notamment dans les zones les moins couvertes.
Les attentes portent aussi sur le désenclavement des territoires grâce à l’achèvement des grands axes routiers, la réhabilitation des routes nationales et secondaires, l’aménagement des pistes rurales ainsi que la construction de ponts et d’ouvrages de franchissement.
Les députés jugent en outre essentiel de renforcer les politiques en faveur de l’emploi des jeunes, de l’entrepreneuriat, de l’économie sociale et solidaire, ainsi que des initiatives portées par les femmes.
Une meilleure gouvernance des investissements
Le rapport met également en évidence plusieurs contraintes structurelles affectant l’exécution budgétaire, parmi lesquelles les retards dans la mise à disposition des crédits, les lenteurs des procédures de passation des marchés publics, les difficultés de mobilisation des financements extérieurs, l’insuffisance du suivi-évaluation et la faible territorialisation des investissements.
Les parlementaires soulignent également les insuffisances des données de performance transmises par certains ministères, compliquant l’évaluation de l’efficacité des politiques publiques.
Pour améliorer la préparation du budget 2027, les commissions permanentes formulent neuf recommandations, dont la transmission régulière des données budgétaires à l’Assemblée nationale, le suivi des engagements ministériels, la territorialisation des investissements, l’accélération des projets en retard, un meilleur suivi des financements extérieurs et le renforcement des mécanismes de suivi-évaluation.
Une convergence avec le DPBEP 2027-2029
Le rapport relève enfin une convergence entre les conclusions des auditions parlementaires et les orientations du Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP) 2027-2029.
Ce document prévoit notamment 2 697 milliards de francs CFA, soit 34,4 % des investissements publics, pour le développement du capital humain et de l’équité sociale, ainsi que 2 359,9 milliards destinés à la promotion d’une économie compétitive.
Les députés estiment toutefois que le principal défi réside désormais dans la capacité à traduire ces orientations en réalisations concrètes, à travers des projets suffisamment matures, des financements sécurisés et une exécution plus rapide des investissements.
Ils appellent ainsi le Gouvernement à faire du budget 2027 un véritable levier de transformation économique et sociale, fondé sur une meilleure efficacité de la dépense publique, un contrôle parlementaire renforcé et une prise en compte plus équilibrée des besoins des territoires.

