Le Premier Ministre Ousmane Sonko a présenté, lors du Conseil des ministres du mercredi 08 avril 2026, deux dossiers à forte portée structurelle : une réforme en profondeur de l’École nationale d’Administration (ENA), pilier de la formation des cadres de l’État, et une nouvelle doctrine de formalisation de l’économie informelle, secteur qui concentre une part considérable de l’activité économique nationale. Deux chantiers pensés, selon lui, comme des leviers indispensables à la transformation du Sénégal.
L’ENA à réinventer : former le manager public de demain
C’est par la question du capital humain qu’Ousmane Sonko a entamé sa communication. Pour le Premier Ministre, la transformation du Sénégal ne pourra se faire sans des ressources humaines hautement qualifiées, capables de conduire efficacement les politiques publiques arrimées à la Vision 2050. Et c’est précisément à l’École nationale d’Administration que revient ce rôle central.
Pourtant, l’ENA telle qu’elle fonctionne aujourd’hui ne répond plus aux exigences de l’heure. Le Premier Ministre a pointé les limites du décret n°2011-1704 du 06 octobre 2011 qui régit encore l’institution, et jugé indispensable de la repenser de fond en comble. « Il s’agit de réinventer le profil adéquat du manager public », a-t-il indiqué, en plaidant pour une approche globale, anticipative, inclusive et intégrée.
Pour conduire cette réforme, un Comité de pilotage sera mis en place sous la supervision du Ministre, Secrétaire général du Gouvernement. Cadre permanent de concertation ouvert à l’ensemble des acteurs concernés, ce comité sera chargé d’engager les consultations nécessaires et de formuler des propositions en cohérence avec les politiques publiques sectorielles.
Sur le plan concret, les réformes annoncées sont à la fois juridiques, institutionnelles, pédagogiques et numériques. Parmi les mesures phares : l’élaboration d’un nouveau décret abrogeant et remplaçant le texte de 2011, la modernisation des outils de gestion et des ressources financières, la reconfiguration des sections de formation, la mise au centre du numérique dans les enseignements, la création d’un Institut de Formation à Distance (IFD), l’adaptation au système Licence-Master-Doctorat (LMD) et l’ouverture d’un parcours doctoral — une première pour cette institution.
L’ENA, a rappelé Sonko, est « un véritable ascenseur social et un levier de cohésion nationale ». Sa réforme n’est donc pas un simple ajustement administratif, mais un impératif de souveraineté.
L’informel : une fragilité structurelle à surmonter
Le second volet de la communication du Premier Ministre a été consacré à l’économie informelle, qualifiée sans ambages de « fragilité structurelle de notre modèle de développement ». Le diagnostic posé est sévère : faible productivité, assiette fiscale étroite, couverture sociale insuffisante et pilotage institutionnel fragmenté.
Sonko a également tiré un bilan critique de la Stratégie nationale intégrée de Formalisation de l’Économie informelle (SNIFEI 2022-2026), estimant qu’elle « n’a pas produit l’ensemble des résultats escomptés ». Il a en conséquence ordonné une évaluation indépendante et rigoureuse de cette stratégie, qui devra déboucher sur une doctrine entièrement rénovée.
Le changement de philosophie est net : la formalisation ne doit plus être perçue comme une contrainte pesant sur les acteurs de la base, mais comme « un levier de compétitivité, de création d’emplois décents et de transformation structurelle de notre économie », selon les propres termes du Premier Ministre. L’approche doit désormais inciter fortement à la formalisation tout en sanctionnant les situations de fraude organisée.
Pour structurer cette nouvelle politique, Ousmane Sonko a présenté une typologie de l’informel en quatre catégories distinctes, à chacune desquelles devront correspondre des réponses adaptées : l’informel de survie, qui concerne les acteurs en situation de grande précarité ; l’informel de transition, pour ceux en voie de structuration ; l’informel d’optimisation, pratiqué par des opérateurs qui choisissent délibérément d’éviter les obligations formelles ; et enfin l’informel illicite, qui relève de la fraude caractérisée.
Parmi les arbitrages stratégiques retenus figurent l’opérationnalisation effective du statut de l’entreprenant, l’immatriculation comme condition obligatoire d’accès aux avantages publics, la mise en place d’une protection sociale visible et accessible pour les travailleurs du secteur, et une lutte renforcée contre la fraude organisée, avec une approche interministérielle coordonnée.
Pour passer des annonces aux actes, le Premier Ministre a fixé un délai serré. Il a demandé au Ministre, Secrétaire général du Gouvernement, de lui soumettre dans un délai de quinze jours une proposition d’organisation d’un Conseil interministériel dédié à la formalisation. Ce Conseil aura pour mission d’adopter une stratégie nationale rénovée, assortie d’une feuille de route opérationnelle, d’objectifs chiffrés par ministère et d’arbitrages budgétaires et réglementaires clairs.
Deux réformes, deux ambitions : moderniser la haute fonction publique pour mieux servir l’État, et faire entrer dans le circuit formel une économie qui en est largement absente. Pour Ousmane Sonko, ces deux chantiers sont indissociables d’une transformation profonde et durable du Sénégal.
C.T.N

