Le réveil a été brutal pour des milliers de travailleurs et de voyageurs de Dakar, la capitale du Sénégal. Le mot d’ordre de grève de 72 heures, décrété par les syndicats des transports routiers, a transformé les gares routières en zones de désolation et les arrêts de bus en lieux d’incertitude.
Dès huit heures, le décor est planté à l’échangeur de la Patte d’Oie. Une marée humaine s’est formée le long de la chaussée. Les regards sont fixés sur l’horizon, espérant l’apparition d’un mythique « Ndiaga Ndiaye ». En vain. « 7 heures m’ont trouvé ici. Et je n’ai pas vu un seul car. On vient de m’apprendre que les transporteurs sont en grève », nous confie un jeune homme. L’inquiétude gagne les visages à mesure que les minutes s’égrènent. Plus loin dans la file, un ouvrier lâche au téléphone : « Je vais devoir trouver un autre moyen pour venir ; on a dit que les transporteurs sont en grève. Je serai certainement un peu en retard. »
Fait rare pour un début de semaine, une fluidité inhabituelle a été constatée sur les grands axes de Dakar. L’absence des cars et des minibus de transport privé a dégagé les routes, mais au détriment de la mobilité des citoyens. Aux arrêts de bus, la tension est palpable.
Le transport interurbain n’est pas en marge du mot d’ordre. À la gare des Beaux Maraîchers de Pikine, le choc est total pour les voyageurs interurbains. Les véhicules y sont « soigneusement rangés », moteurs éteints. Les « coxeurs » (rabatteurs), d’ordinaire si bruyants, se contentent d’informer les nouveaux arrivants de la situation. « Il y’a pas de véhicule ». Pour certains, cette grève brise bien plus qu’une routine de travail. Une femme, l’air hagard, exprime son désarroi :« Je dois assister à l’enterrement d’un proche et on me dit qu’il y a grève. Moi je ne suis pas au courant ; sinon j’allais prendre mes précautions.»
Face à ce blocage, les usagers se ruent sur les rares alternatives disponibles. Les bus de la société nationale « Dakar Dem Dikk » et les lignes « Tata » sont pris d’assaut, arrivant aux arrêts déjà saturés. Dans ce chaos logistique, les véritables maîtres de la route ce lundi sont les « car rapide » et les mototaxis.
F. Bakary Camara

